Après quatre jours de pourparlers à Mexico, le Canada, les États-Unis et le Mexique semblent avoir réalisé peu de progrès en vue de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Lorsque chacune des délégations présentait ses priorités, les autres refusaient apparemment d'en discuter.

Les trois pays signataires de l’ALENA sont réunis depuis vendredi à Mexico pour cette deuxième ronde de négociations, dont le ton se serait avéré plus négatif que le mois dernier à Washington.

La source qui s’est confiée à La Presse canadienne sur le déroulement des pourparlers a cependant tenu à rappeler qu’il était « normal de voir les parties s'entêter en début de discussions ».

Au départ, seules des questions techniques ont été abordées, mais les négociateurs sont depuis entrés dans le vif du sujet. L’envoyé spécial de Radio-Canada à Mexico, Jean-Michel Leprince, rapporte que les négociations se sont ainsi corsées en allant crescendo depuis vendredi.

L’environnement, avec ou sans changements climatiques?

L'horaire des discussions, obtenu par La Presse canadienne, montre que l'environnement a été abordé lundi, et qu’il le sera à nouveau mardi.

Bien que le Canada et les États-Unis veuillent tous les deux introduire un nouveau chapitre à ce sujet, ils ne s’entendent pas sur les changements climatiques, qui ne sont qu’un « canular », selon le président américain Donald Trump.

Les États-Unis ont d’ailleurs exprimé leur intention de quitter l’Accord de Paris, si cher au gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau.

Le Canada voudrait que le nouvel ALENA favorise des mesures pour combattre les changements climatiques, alors que les États-Unis ne veulent se limiter qu'à des clauses pour empêcher les pays signataires d’en faire moins pour protéger l’environnement afin d’attirer les investisseurs.

Les États-Unis refuseraient également d’entendre le Canada au sujet des visas professionnels, qui n’incluent pas en ce moment le secteur numérique. Or, la politique américaine d’immigration risque peu d’être ajustée pour permettre l’entrée massive de travailleurs canadiens.

La main-d’œuvre, les règles sur les pièces automobiles, la propriété intellectuelle et le « Buy American Act » sont autant de priorités qui risquent de diviser les trois parties.

Encore et toujours la gestion de l’offre

Le Canada est lui aussi intraitable lorsqu’il est question de modifier son système de gestion de l’offre. Il est hors de question d’y toucher, avait d’entrée de jeu précisé la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. Les Américains auraient demandé à ce que les contrôles canadiens sur l’importation de volailles et de produits laitiers soient assouplis.

L’agriculture est d’ailleurs un enjeu qui concerne les trois pays.

Le maïs, par exemple, est au cœur de l’alimentation des Mexicains, et plus du tiers est importé directement des États-Unis. Le Mexique importe aussi du porc, du poulet, des produits laitiers, du soja et du blé américains.

« Le Mexique importe presque la moitié de ses aliments des États-Unis », précise Jean-Michel Leprince.

Le Mexique importe beaucoup plus de produits agroalimentaires qu’il n’en exporte aux États-Unis. Ce marché demeure donc important pour les Américains, même s'ils veulent rééquilibrer leur déficit commercial avec leur voisin.

Selon l'envoyé spécial de Radio-Canada, le Mexique est en effet le plus grand marché du lobby agricole américain.

« Les agriculteurs américains ont envoyé il y a des mois une lettre très claire au président Trump en disant qu’il fallait défendre l’ALENA parce qu’il était très important pour eux », rappelle pour sa part le président de la chambre de commerce Canada-Mexique, Armando Ortega.

Une entente coûte que coûte?

Les besoins du Mexique en matière d’investissements énergétiques, comme pour le gaz naturel, représentent par ailleurs un marché potentiel énorme autant pour le Canada que pour les États-Unis.

Malgré tout, le président Donald Trump a menacé à plusieurs reprises de déchirer l’ALENA et de quitter la table des négociations.

D’ailleurs, le Mexique travaille sur un plan B si tout devait échouer. « Ce ne serait pas la fin du monde, estime Armando Ortega. Le Mexique est le pays qui a le plus d'accords de libre-échange au monde, soit 12 avec plus de 40 pays. »

Le Mexique négocie d'ailleurs en ce moment des accords avec le Brésil et l'Union européenne et n’écarte pas non plus la possibilité de s’allier au Canada, si les États-Unis venaient à faire chambre à part.

Aucune décision ne risque cependant d’être prise d’ici mardi, soit le dernier jour des négociations tenues à huis clos au Mexique.

Les trois parties devraient se réunir à nouveau, cette fois au Canada, d'ici le début octobre.

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