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Élection présidentielle en Russie : Poutine contre 7 autres candidats

L'élection présidentielle aura lieu en Russie le 18 mars prochain. Son résultat ne fait à peu près aucun doute. Vladimir Poutine, qui est au pouvoir depuis 1999, sera réélu à la présidence de la Russie pour un autre mandat de six ans.

« C’est une sorte de référendum, dit Alexandre Baunov, analyste au Centre Carnegie, à Moscou. La question qui se pose est : "Avez-vous plus confiance en moi ou en quelqu’un d’autre?" Et le programme consiste essentiellement à dire : "Ramenez-moi au Kremlin. Moi et mon équipe savons le mieux ce qu’il faut faire pour gouverner ce pays". »

Vladimir Poutine n’avait même pas jugé bon de présenter un programme, jusqu’à son grand discours de jeudi dernier au Conseil de la fédération, un peu plus de deux semaines avant l’échéance électorale.

Il y en a eu pour tout le monde. Il a promis de baisser de moitié le nombre de pauvres, d’augmenter les pensions et l’espérance de vie, de diminuer les hypothèques, tout ça dans une Russie protégée par de nouvelles armes nucléaires ultrasophistiquées.

Le problème, c’est que personne ne peut mettre ses promesses à l’épreuve. S’il y a bel et bien sept autres candidats à la présidence, ils jouent le rôle de figurants.

Débat télévisé sans Poutine

Le candidat du Parti communiste, Pavel Grudinin, au physique qui rappelle autant Staline que Charlie Chaplin, va chercher tout au plus 15 % dans les sondages.

La majorité des sympathisants du Parti ne voit aucune contradiction dans la candidature de cet entrepreneur milliardaire. « Il a une expérience en gestion, c’est suffisant pour moi », dit Jenny Ington, chercheuse en mathématiques à l’Université de Moscou, venue l’applaudir au rassemblement organisé par le Parti à l’occasion du 100e anniversaire de l’Armée rouge.

Il y a aussi Ksenia Sobchak, fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg Anatoli Sobchak, également grand ami et mentor de Vladimir Poutine. À la tête du mouvement Contre tous, elle va chercher quelques points de pourcentage à peine dans les sondages.

Plusieurs se demandent si elle ne sert pas simplement de faire-valoir à Vladimir Poutine qui, selon Alexandre Baunov, du Centre Carnegie, lui aurait donné personnellement sa « bénédiction » pour participer à cette élection.

Avec cinq autres candidats, Pavel Grunidin et Ksenia Sobchak ont débattu à quelques reprises à la télévision, mais en absence de Vladimir Poutine!

L’exercice a pris l’allure d’un divertissement plutôt que d’un débat sur les programmes, avec des insultes et des verres d’eau qui revolaient.

Candidature interdite

La candidature du principal opposant et du plus féroce critique du président, Alexei Navalny, a été interdite. Celui-ci appelle aujourd’hui au boycottage de l’élection. Son appel, largement repris dans plusieurs grandes villes du pays lors des manifestations du mois de janvier, est violemment réprimé, et Navalny est fréquemment arrêté.

Fin février, lors d’une manifestation des opposants à Vladimir Poutine, qui commémoraient l’assassinat de Boris Nemtsov, assassiné au pied du Kremlin en 2015, une participante nous a dit : « Cette année, pour la première fois, je n’irai pas voter. Dans notre pays il y a de la torture, on tue des gens dans les postes de police. De quel genre d’élection parle-t-on? Les élections dans un camp de prisonniers, c’est exagéré. »

Le taux d’abstention est devenu le plus grand adversaire de Vladimir Poutine. Pour asseoir sa légitimité, avec cet exercice électoral qui frise le burlesque, Vladimir Poutine a besoin de faire sortir le vote.

Pas étonnant que des annonces de plus en plus farfelues soient apparues sur le web pour inciter les Russes à voter. Desparodies de films pour adultes aux menaces à peine voilées d’une déferlante gaie en cas de victoire d’un autre candidat, tous les moyens sont bons pour faire augmenter le taux de participation.

Certes, Vladimir Poutine ne compte pas sur des résultats comme en Tchétchénie en 2012, où il est allé chercher l’appui de 99,8 % des électeurs, avec un taux de participation de 99,6 %. Mais il serait rassuré de savoir qu’au moins 70 % de ses concitoyens se sont rendus aux urnes.

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