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Emmanuel Macron, étoile montante de la politique française

Il n'a pas quarante ans, n'a jamais été élu, et se dit au-dessus des partis, ni de droite ni de gauche. Et pourtant, Emmanuel Macron est aujourd'hui un des favoris à l'élection présidentielle française.

Un texte de Jean-François Bélanger

Ils ont bravé la pluie qui s’abat sur la place des Terreaux à Lyon. Ce grand quadrilatère situé devant l’hôtel de ville, d’ordinaire bondé un vendredi soir, est presque désert. Qu’importe, Marc, Allan, Louise et Augustin s’entêtent à y distribuer des tracts annonçant la venue prochaine de leur candidat Emmanuel Macron à Lyon.

Ils s’appellent volontiers entre eux « les marcheurs ». Un surnom qu’ils tirent du mouvement lancé par l’ancien ministre socialiste devenu candidat présidentiel, « En Marche ! ».

Ils ont entre 20 et 30 ans et n’ont pour la plupart pas d’histoire d’implication en politique. Sauf Allan, qui avoue avoir adhéré au Parti socialiste pendant un peu plus d’un an, avant de se retirer.

Plus j’avançais, plus j’avais l’impression que le Parti socialiste était incapable de se renouveler; il était un peu sclérosé. Avec Emmanuel Macron, j’ai trouvé quelqu’un de dynamique, de moderne, de progressiste, de libéral, et qui arrive avec de nouvelles méthodes.

Allan Bouamrane, Jeunes avec Macron, Lyon

Marc Pommepuy, qui à 29 ans est le plus âgé du petit groupe, se classe volontiers parmi les jeunes qui étaient déçus de la politique. Il ne votait plus, ou alors à contrecœur. Et pourtant, il avoue avoir été séduit par la position et la démarche de Macron. « On a envie d’une nouvelle voie, un peu comme vous au Canada, vous avez Justin Trudeau », explique-t-il, avant de poursuivre : « Je pense qu’il apporte un renouveau et on sent une réelle dynamique derrière lui. »

Louise Pilot, étudiante de 19 ans, s’apprête à voter pour la première fois à l’élection présidentielle. Une perspective qui l’a poussée à s’impliquer dans la vie démocratique de son pays. Bénévole, elle consacre maintenant une dizaine d’heures par semaine à faire la promotion d’Emmanuel Macron. « C’est un candidat novateur qui nous plaît vraiment dans ce système où on voit les mêmes têtes depuis que je suis née. », dit-elle.

Leurs tracts distribués, ils se dirigent vers le Palais des sports de Lyon, où doit se tenir le lendemain le grand rassemblement qui doit marquer le vrai début de la campagne d’Emmanuel Macron. Les tâches ne manquent pas : il faut disposer les chaises, décorer la salle, coordonner les différents comités : accueil, ambiance…

La salle peut contenir plus de 8000 personnes. Les organisateurs ont bon espoir de la remplir. Ils ont même disposé un écran géant à l’extérieur pour ceux qui ne pourraient pas rentrer. La précaution peut sembler présomptueuse. L’invité de marque du lendemain était un illustre inconnu il y a deux ans et demi lorsque François Hollande a fait appel à lui pour succéder au ministre de l’Économie qui venait de démissionner. Emmanuel Macron était alors un proche conseiller du président. Ancien banquier d’affaires à la banque Rothschild, il présente un profil inhabituel pour un ministre socialiste.

Très rapidement, il a attiré l’attention, car il a tenu des propos un peu iconoclastes, surprenants pour un membre d’un gouvernement de gauche; des propos qui pouvaient être assimilés à des propos de droite.

Nicolas Prissette, auteur de Emmanuel Macron, en marche vers l’Élysée

Il remet en question la semaine de travail de 35 heures et le statut de la fonction publique. Et surtout, il n’a pas la langue dans sa poche. « Dans ce contexte de gauche dévastée, Emmanuel Macron est apparu comme une personnalité nouvelle, capable d’incarner un renouveau politique et c’est ce qui a suscité sa popularité », explique Prissette.

Le Trudeau français

Très vite, la presse française l’adopte, lui consacrant en deux ans pas moins de 8000 articles. Son profil atypique, moins de 40 ans, jamais élu, et marié à son ancienne enseignante de français qui a 24 ans de plus que lui, séduit les magazines people.

L’hebdomadaire Paris Match lui consacre une première couverture au printemps 2016. Tous les exemplaires s’envolent en un temps record.

« On a compris que ça voulait dire quelque chose, qu’il se passait quelque chose autour de lui et que ce n’était pas qu’une bulle médiatique », explique Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique à Paris Match, qui compare volontiers le parcours de Macron à celui de Justin Trudeau. « Il est très malin; il sait comment fonctionne la communication », dit-il.

Paris Match consacre deux autres couvertures au jeune ministre et à son épouse, exploitant l’angle people de ce couple original. Le concurrent, VSD, lui offre sa une à quatre reprises.

Résultat, le jeune ministre devient rapidement le plus populaire du gouvernement français. Il fonde son propre parti et finit par annoncer son intention de se présenter à l’élection présidentielle. Il se dit au-dessus des partis, ni de droite ni de gauche, et fait campagne au centre. Un créneau risqué dans une France qui aime les étiquettes claires. Mais le pari semble fonctionner.

Stratégie Obama

Sa stratégie électorale est calquée sur celle de Barack Obama et s’appuie sur l’aide de milliers de jeunes bénévoles, très actifs sur les réseaux sociaux, sur Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram. Moins d’un an après sa création, son mouvement politique revendique 170 000 adhérents; davantage que le parti socialiste. Et les sondages le créditent de 20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, ce qui le place en 2e position, juste derrière Marine Le Pen du Front national.

Il faut dire qu’Emmanuel Macron est le principal bénéficiaire des déboires que connaît François Fillon, le candidat de la droite, empêtré dans le « PenelopeGate », le scandale des présumés emplois fictifs de sa femme.

Il est 16 h à Lyon, le samedi 4 février. Le palais des sports ferme ses portes. Il est rempli à pleine capacité. Impossible de faire entrer plus de monde. Sur les écrans géants, Emmanuel Macron apparaît alors. Micro à la main, il s’adresse à la foule. « La salle est pleine, 8000 personnes. Et vous êtes 8000 dehors, alors tout le monde ne pourra pas rentrer aujourd’hui. »

Il fait son entrée dans la salle, acclamé comme une rock star. Les militants, sous le charme, brandissent des affiches, des drapeaux français ou européens. Il s’avance sur la scène, carrée, disposée au milieu de l’aréna; remercie les militants; leur dit qu’il les aime farouchement. Puis se lance dans un discours-fleuve, multipliant les piques à l’endroit de Donald Trump, mais aussi de ses adversaires français, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Il met la gauche et la droite dos à dos, les décrit comme engoncés dans leur conservatisme respectif.

Aujourd’hui, gauche et droite sont divisées en leur sein. Nous avons en commun une ambition immense. Réconcilier les Frances entre elles qui se sont trop souvent divisées et éloignées.

Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle

Il se moque de ceux qui parlent de taxer les robots pour préserver les emplois des ouvriers, mais ajoute dans la foulée : « Nous ne pouvons plus glorifier le capitalisme sans nous évertuer à en limiter ses excès ».

Dans la salle, Marc, Allan, Louise et Augustin exultent et applaudissent à tout rompre. « On sent l’engouement autour de lui; on sent qu’on n’est pas tout seuls et que le mouvement prend vraiment de l’ampleur. Je pense qu’on a des chances de gagner, dit Marc Pommepuy des Jeunes avec Macron.

La campagne électorale, qui a déjà connu bien des rebondissements, ne fait que commencer. Elle pourrait réserver encore bien des surprises d’autant que le statut de favori ne s’est pas révélé très payant lors des primaires, à gauche comme à droite.

Emmanuel Macron, qui n’a jamais été élu, risque de voir la partie se compliquer et ses opposants s’organiser au fur et à mesure qu’il présente les détails de son programme. Ce n’est qu’au soir du 23 avril prochain que l’on saura si l’étoile montante de la politique française n’est pas seulement qu’une étoile filante.

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