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En France, la grève s'étend aux centrales nucléaires

Le mouvement de grève des syndiqués de la Confédération générale du travail (CGT) visant à forcer le gouvernement à retirer sa réforme controversée du Code du travail s'étend maintenant aux 19 centrales nucléaires du pays. Le gouvernement assure qu'il ne pliera pas devant cette contestation sociale.

Selon une porte-parole de la CGT, Marie-Claire Cailletaud, les travailleurs de ces centrales débraieront mercredi soir pour une durée de 24 heures afin de participer à la journée nationale contre la loi travail, jeudi. Le personnel de quatre centrales thermiques classiques se joindra aussi au mouvement.

Le débrayage dans les centrales nucléaires entraînera des baisses de charge, mais non l'arrêt des opérations, a précisé Mme Cailletaud. « On n'arrête pas une centrale nucléaire comme ça, ce n'est pas comme une centrale thermique ou un barrage hydraulique », a-t-elle déclaré.

Depuis le début de la semaine, les syndiqués de la CGT perturbent les activités des raffineries et des dépôts de carburant du pays. Des actions syndicales perturbent aussi le transport maritime, aérien et ferroviaire.

Mardi, 20 % des stations d'essence du pays se sont trouvées en situation de pénurie, selon le gouvernement, après que de nombreux dépôts de carburant eurent été bloqués pendant des heures par des syndiqués.

Des départements ont dû rationner le carburant, voire réquisitionner des stations d'essence pour les services prioritaires. De longues files se sont formées devant des stations d'essence, particulièrement dans le Nord.

Onze de ces blocages ont finalement été démantelés, mais six des huit raffineries du pays tournent toujours au ralenti, quand elles ne sont pas carrément à l'arrêt.

Les stocks stratégiques à la rescousse

« Tout sera mis en œuvre pour assurer l'approvisionnement » en carburant, a assuré mercredi le président François Hollande, face à la possibilité que le mouvement des grévistes ne paralyse encore davantage le pays.

Le secrétaire d'État aux Transports, Alain Vidalies, a révélé mercredi que « 3 jours de stocks sur 115 disponibles avaient été utilisés jusqu'à présent », une information confirmée par l'Union française des industries pétrolières.

Dans les faits, la France est loin de se trouver en situation de pénurie, puisque l'industrie pétrolière est contrainte par la loi de constituer des réserves stratégiques équivalentes à trois mois de consommation moyenne de carburant.

Encore faut-il que les transporteurs routiers y aient accès. Étant donné la tournure des événements, ces derniers disent craindre un ralentissement critique de l'activité économique du pays.

« Le carburant est un élément indispensable de notre métier », affirme le patron d'une société parisienne, Pascal Barré. « Si on ne peut plus livrer dans les magasins, les grandes surfaces, on va mettre la France à genoux. »

Les organisations patronales, le Medef et la CGPME, affirment que « les difficultés d'approvisionnement en carburant commencent à impacter l'activité économique » en France et pressent le gouvernement d'agir pour éviter des faillites.

Le gouvernement utilisera « tous les moyens à sa disposition »

Pour l'heure, le gouvernement du premier ministre Manuel Valls maintient la ligne dure, tout en demeurant discret sur les moyens qu'il entend mettre en œuvre.

« Quand vous avez un groupe minoritaire qui bloque un système au détriment de toute une population et de l'activité économique, il n'y a aucune espèce de raison que cela perdure », a déclaré le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, sur France 2.

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a pour sa part rejeté l'idée de réquisitionner des employés dans les raffineries en grève, comme le réclame la droite. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait eu recours à ce moyen en 2010.

« Tant que le gouvernement refuse de discuter, il y a des risques que la mobilisation s'amplifie », a toutefois prévenu le président de la CGT, Philippe Martinez, sur les ondes de France Inter.

« M. Hollande, dans son programme des élections présidentielles, n'a jamais dit "je vais casser le Code du travail" », a-t-il ajouté. « Au-delà de la loi travail, c'est toute une série de choses qui ne va pas, et la loi travail, en quelque sorte, c'est le reflet de tout ce mécontentement que nous connaissons depuis des années. »

Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, qui appuie le mouvement de contestation dans certains secteurs, dit également « ne pas être dans l'esprit d'arrêter la mobilisation ».

La réforme du Code du travail de la ministre Myriam El Khomri permet notamment aux entreprises de négocier une modulation des heures de travail d'une semaine à l'autre, à condition qu'une moyenne de 35 heures soit respectée en bout de piste.

La loi facilite aussi la mise à pied de travailleurs, le gouvernement estimant que les entreprises embaucheront davantage si elles peuvent faire marche arrière en cas de difficultés économiques.

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