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En permission au Canada, un ex-premier ministre burkinabé est poursuivi pour désertion

Le général Isaac Zida, qui a servi comme premier ministre du Burkina Faso pendant l'année qui a suivi la chute du président Blaise Compaoré, est poursuivi pour « désertion en temps de paix et refus d'obéissance » dans son pays d'origine.

Le militaire a obtenu en décembre 2015 une permission de deux mois pour visiter sa famille au Canada, mais il n'en est jamais revenu.

Un bref passage à la tête du pays

Isaac Zida accède au pouvoir le 1er novembre 2014, lorsque le président Compaoré est chassé par la rue après avoir passé 27 ans à diriger les destinées du Burkina Faso. Trois semaines plus tard, il cède le pouvoir au diplomate Michel Kafando, s'inclinant ainsi devant les pressions de la communauté internationale, des partis politiques et d'une bonne partie de la population, qui voient d'un mauvais oeil que le pays soit dirigé par un militaire.

Michel Kafando le nomme aussitôt premier ministre pour diriger un gouvernement de transition, qui survit à une tentative de coup d'État de l'ancienne garde rapprochée de l'ex-président Compaoré en septembre 2015. Deux mois plus tard, soit le 29 novembre, une élection permet à Roch Marc Christian Kaboré de devenir président. C'est la fin du gouvernement de transition.

Le mois suivant, Isaac Zida - redevenu simple militaire - obtient du nouveau président Kaboré une permission spéciale pour rejoindre sa famille au Canada. Cette permission prend fin le 15 février. Depuis, le président Kaboré somme le général Zida de regagner sa base.

Cette insistance s'explique peut-être par une série d'allégations de blanchiment d'argent, de détournements et d'enrichissement illicite envers les membres du défunt gouvernement de transition.

La transition s'est-elle enrichie aux dépens des Burkinabés?

Selon un audit réalisé en avril dernier par l'Autorité supérieure de contrôle d'État et de lutte contre la corruption, une bonne partie des commandes publiques passées pendant la période de transition ont été faites sur la base d'ententes directes et d'appels d'offres restreints; en tout, c'est 63,1 milliards de francs CFA (142 millions de dollars canadiens) qui auraient quitté les coffres du Trésor public « en violation massive des textes [de loi du pays] ».

Toujours selon le rapport, le général Zida, 18 membres de son gouvernement et des membres de leurs familles auraient également profité de cette période pour se faire attribuer des terrains dans Ouaga2000, un quartier chic de la capitale Ouagadougou.

Mais ce n'est pas tout : d'autres poursuites pourraient être lancées à l'encontre du général Zida pour son rôle dans la répression des manifestations survenues avant et après la chute du président Compaoré, qui ont fait au moins 30 morts et 600 blessés, en octobre et en novembre 2014.

Pour sa désertion, le général Zida ne risque rien de plus qu'une expulsion de l'armée sans salaire. Mais une condamnation pour actes illicites en tant que dirigeant du pays pourrait lui valoir une peine beaucoup plus lourde.

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