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Englué dans les Panama Papers, le PM pakistanais évite le pire, pour l'instant

Le premier ministre pakistanais Nawaz Sharif est loin d'en avoir fini avec le scandale des Panama Papers, qui a révélé que des membres de sa famille ont pu s'acheter de luxueux appartements à Londres grâce à des sociétés extraterritoriales gérées par le cabinet Mossack Fonseca.

Dans une décision rendue jeudi, la Cour suprême du Pakistan a conclu qu’elle ne disposait pas d’éléments justifiant de démettre le chef du gouvernement de ses fonctions à ce stade-ci.

Elle a cependant ordonné un complément d'enquête pour corruption, assurant que l’affaire demeurait au cœur de l’actualité.

Les cinq juges du plus haut tribunal du pays ont en fait ordonné la création, d’ici sept jours, d’une commission d’enquête conjointe comprenant, entre autres, des représentants du bureau anticorruption et des puissants services secrets de l’armée.

Cette commission devra présenter un rapport au tribunal d’ici deux mois.

La décision du tribunal a été consignée dans un document de 540 pages qui s’ouvre avec une citation de Balzac en épigraphe : « derrière toute grande fortune se cache un crime ».

Seuls deux des cinq juges ont cependant osé conclure que le premier ministre Sharif était « malhonnête ».

« Nous respectons le verdict de la Cour », a commenté après le verdict le ministre des Transports ferroviaires du gouvernement, Khawaja Saad Rafique. Les milieux d’affaires, qui apprécient M. Sharif, se sont réjouis de la décision, poussant la Bourse à la hausse.

Des enfants choyés

Les Panama Papers, publiés l’an dernier par le Consortium international des journalistes d’investigation, dont fait partie Radio-Canada, ont braqué les projecteurs sur la fortune de trois des quatre enfants de M. Sharif, dont sa fille Maryam Nawaz, considérée comme son héritière en politique.

La fuite de documents a montré qu’ils détenaient, directement ou par procuration, trois compagnies basées aux îles Vierges britanniques, soit Nescoll, Nielsen Enterprises et Hangon Property Holding, qui n’apparaissaient pas sur la déclaration de patrimoine de la famille du premier ministre.

Ces compagnies ont notamment été utilisées pour financer l’achat de plusieurs biens à l’étranger, dont des appartements situés le long de Park Lane, dans le quartier Mayfair, à Londres.

L’affaire a donné lieu à des allégations d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent, provenant notamment du parti PTI, dirigé par l’ancienne vedette du cricket Imran Khan.

Le premier ministre et son parti, le PLM-N, ont toujours démenti avoir quoi que ce soit à se reprocher. M. Sharif assure que sa fortune a été amassée en toute légalité et soutient être victime d’une vendetta politique pilotée par des adversaires.

Les Panama Papers ont éclaboussé de nombreux politiciens dans le monde, dont des chefs d’État et de gouvernement, ou des membres de leur entourage immédiat, mais très peu d’entre eux en ont payé jusqu'ici un réel prix politique.

Plusieurs viennent d’États autoritaires, comme la Chine, ou de monarchies du Golfe, et sont donc pratiquement inamovibles.

Le premier ministre islandais Sigmundur Davíð Gunnlaugsson est l’un des rares dont la carrière a basculé dans la foulée du scandale. Il a dû démissionner de son poste et a ensuite été battu lors d’un scrutin pour le poste de président de son parti.

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