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Entre traumatisme et ruines, la vie scolaire reprend à Mossoul

Les établissements scolaires de la partie est de Mossoul, reprise au groupe armé État islamique (EI), cherchent à retrouver un semblant de normalité après deux années sous la férule des djihadistes, durant lesquelles ils ont été soit fermés soit obligés d'enseigner des notions militaires comme la fabrication d'explosifs.

Quarante mille élèves, qui pour la plupart étaient restés chez eux depuis la prise de la ville par le groupe armé État islamique en juin 2014, vont reprendre dans les semaines à venir les cours au sein de 70 établissements.

Des enseignants et des parents ont raconté à Reuters quelle éducation les djihadistes avaient fait dispenser aux élèves qui avaient assisté aux cours ces deux dernières années. Il importait notamment de suivre des leçons de chimie pour savoir fabriquer des bombes ou des cours de mathématiques pour apprendre à faire l'inventaire des caches d'armes.

« En maths, mon garçon âgé de six ans comptait les fusils. Dans d'autres cours, on lui parlait d'attentats suicide », explique Michouane Younis, dont le fils fréquente l'école de garçons de Koufa. « Il a perdu deux années très importantes », résume-t-il.

La vie reprend progressivement son cours dans Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak où le groupe armé État islamique avait proclamé son califat. Les marchés et les échoppes rouvrent dans la partie orientale et l'on vend de nouveau au grand jour des marchandises que l'EI avait prohibées, comme les cigarettes.

Séquelles psychologiques

Pourtant les traces de la guerre restent visibles partout, et les combats ne font rage qu'à quelques kilomètres de là, l'armée irakienne cherchant désormais à reprendre la partie à l'ouest du Tigre.

À l'école de Koufa, les garçons portent de nouveaux cartables bleus fournis par l'Unicef et jouent dans la cour, sur fond de bâtiments réduits à l'état de décombres. L'une des cours d'école du quartier a été transformée en cimetière, avec des dizaines de monticules de terre signalant les tombes toutes fraîches.

Le retour à la normalité ne sera pas chose facile pour les enfants, traumatisés par la vie sous le joug de l'EI puis par la bataille pour la reconquête de Mossoul.

Ils risquent de souffrir de handicaps psychologiques de la même façon que leurs enseignants, dont bon nombre ont dit à Reuters avoir été menacés de pendaison s'ils ne continuaient pas d'assurer leurs cours.

Notre rôle est plus important maintenant qu'il ne l'était voici deux ou trois ans, parce qu'il faut tenir compte de l'état psychologique des enfants avant même de leur enseigner quoi que ce soit.

Omar Khoudor Ali, directeur de l'école de garçons de Badayel

« Pour ce faire, nous avons besoin d'une meilleure coordination entre enseignants et au sein du système éducatif. »

« Je dois leur faire oublier le groupe armé État islamique et les aider à redevenir libres », dit un enseignant de l'école de filles de Badayel, qui a préféré s'exprimer sous le couvert de l'anonymat, par peur de représailles des djihadistes, toujours présents à quelques kilomètres de là.

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