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Erdogan harangue les foules en faveur du « oui » au référendum

Samedi, au moment de ses derniers rassemblements de campagne, Recep Tayyip Erdogan a appelé les électeurs turcs à soutenir massivement son projet de réforme constitutionnelle lors du référendum de dimanche.

Les tout derniers sondages prédisent une victoire étriquée du « oui » au référendum, qui vise à remplacer la démocratie parlementaire par un pouvoir présidentiel fort – ce dont Erdogan dit avoir absolument besoin pour affronter les défis politiques et sécuritaires du pays.

Les instituts de sondage n'excluent pas un vote pour le « non » dissimulé et difficile à évaluer dans les rangs des soutiens traditionnels du parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP).

Ces soutiens se disent inquiets des tendances autoritaires d'Erdogan, le fondateur de l'AKP, notamment après le limogeage ou la suspension de plus de 120 000 fonctionnaires depuis le coup d'État manqué de juillet.

Etyen Mahcupyan – qui a été le principal conseiller de l'ancien premier ministre Ahmet Davutoglu, figure clé de l'AKP – déclarait ainsi, dans le quotidien Karar de jeudi, qu'il voterait « non ».

Faisant allusion à l'échec du putsch de juillet dernier, le président turc a promis que sa réforme permettrait de poursuivre la lutte contre le terrorisme.

Ce rassemblement dans le quartier de Tuzla, sur fond de drapeaux turcs et de portraits géants du président turc, était l'une des quatre dernières rencontres où Erdogan devait prendre la parole à quelques heures du vote de dimanche.

« Demain, ce sera très important : vous devez absolument aller voter! » a lancé Recep Tayyip Erdogan à la foule. « N'oubliez pas que le vote, c'est notre honneur! »

Cinquante-cinq millions d'électeurs sont appelés à se rendre dans les 167 140 bureaux de vote, qui ouvriront dimanche, à 7 h, dans l'est du pays, et fermeront à 17 h. Les électeurs turcs de l'étranger ont déjà voté.

Une victoire du oui pourrait représenter le plus grand bouleversement politique en Turquie depuis la fondation de la république sur les cendres de l'Empire ottoman, il y a près d'un siècle.

« Il touche les gens »

Cette réforme, présentée sous la forme de 18 amendements et voulue par Erdogan, prévoit notamment la suppression du poste de premier ministre, ainsi que la possibilité pour le président de dissoudre le Parlement et de prendre certains décrets.

Les partisans du président estiment son projet de renforcement de la fonction présidentielle comme la juste récompense d'un dirigeant qui a remis les valeurs de l'islam au cœur de la vie publique, qui s'est fait le défenseur d'une classe ouvrière pieuse et qui a construit des aéroports, des hôpitaux et des écoles.

« Ces 15 dernières années, il a réussi tout ce qui semblait autrefois impossible et impensable pour les Turcs : des ponts, des tunnels sous-marins, des routes, des aéroports... », s'enthousiasme Ergin Kulunk, 65 ans, un ingénieur à la tête d'une association qui finance la nouvelle mosquée géante voulue par Erdogan à Çamlica, sur la plus haute colline d'Istanbul.

« La plus grande qualité du chef est qu'il touche les gens. Je l'ai vu à une récente réunion serrer littéralement un millier de mains. Il ne fait pas ça pour la politique : cela vient du cœur », ajoute l'ingénieur avec, en fond sonore, une télévision qui diffuse un des rassemblements de campagne du chef de l'État.

Des craintes de dérive autoritaire

Les opposants de la présidentialisation – les tenants de la laïcité, les Kurdes et même certains nationalistes – craignent une dérive autoritaire avec un président qu'ils jugent attaché au pouvoir et qui ne tolère pas la moindre opposition. Ils tiennent à la démocratie, à la liberté d'expression et aux principes laïques mis en place par le fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk.

« Il essaie de détruire la république et l'héritage d'Atatürk », déclare Nurten Kayacan, 61 ans, une habitante d'Izmir qui participe à une petite manifestation pour le « non » à Istanbul.

« Si le oui l'emporte, nous sommes partis pour le chaos. Il ne sera le président que de la moitié du pays », dit-elle.

Erdogan est arrivé à la présidence – qui était alors une fonction essentiellement honorifique – en 2014, après avoir été premier ministre pendant plus de 10 ans.

Depuis, il a continué à dominer la politique en raison de sa forte personnalité et n'a jamais fait mystère de sa volonté d'obtenir plus de pouvoirs. Il surfe sur une vague de patriotisme depuis le coup d'État manqué du 15 juillet.

Il présente la Turquie comme étant en danger, menacée par des forces extérieures et ayant besoin d'une direction forte pour lutter contre la menace de l'État islamique et des combattants autonomistes kurdes, sans compter celle des ennemis de l'intérieur et de leurs appuis étrangers.

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