Une mère de famille qui a perdu sa fille en a fait son combat, et de plus en plus d'experts et de politiciens y pensent sérieusement. 

Un reportage de Michel Labrecque à Désautels le dimanche

L'Ontarienne Donna May était à New York ces derniers jours pour manifester contre la guerre aux drogues. Elle portait sur elle la photo de sa fille, Jac, morte à 35 ans d'une surdose d'opiacés, ces substances à base d'opium comme l'héroïne et le fentanyl.

La manifestation s'est déroulée en marge de l'assemblée spéciale de l'ONU sur la politique des drogues. C'est d'ailleurs à cette réunion que le Canada a confirmé son intention de légaliser le cannabis l'an prochain.

C'est aussi à la rencontre onusienne qu'on a constaté que le pari pris il y a 20 ans d'éradiquer toutes les drogues était perdu. Des pays comme le Mexique disent que la guerre à la drogue fait plus de mal que de bien, et qu'il faut changer les choses. D'autres pays, comme le Pakistan, veulent maintenir la ligne dure, basée sur la criminalisation et la prohibition.

La lutte de Donna May

Parmi les manifestants figurent surtout des mères d'Amérique latine, d'Europe et du Canada. Donna May raconte que sa fille toxicomane vivait avec elle.

« Je l'ai trouvée inconsciente. Je l'ai emmenée à l'urgence, mais les médecins n'ont jamais compris ce qui lui arrivait. Ils ne lui ont pas administré la naloxone. »

Depuis cette histoire, Donna May s'est mise à militer en faveur d'une réforme plus humaine des politiques face aux drogues.

Il y a un seul centre d'injection supervisée au Canada : Insite, à Vancouver. Le gouvernement conservateur voulait le fermer, mais la Cour suprême a tranché en faveur de son maintien.

La nouvelle ministre de la Santé, Jane Philpott, a annoncé que les choses allaient changer. Lors de son discours devant l'assemblée spéciale de l'ONU, elle a dit que sa rencontre avec Donna May avait été déterminante dans cette décision. Il y aura bientôt des centres d'injection supervisée à Montréal, à Toronto et à Ottawa, entre autres.

Elle a aussi promis de rendre plus accessible la naloxone, ce fameux médicament qui fait des miracles en cas de surdose.

Légaliser le cannabis, un premier pas?

Mais c'est l'annonce d'un projet de loi sur la légalisation du cannabis en 2017 qui a fait les manchettes des médias. Qu'en pense Donna May?

L'idée de légaliser toutes les drogues fait peur à beaucoup de gens. Pour plusieurs, légaliser le cannabis est déjà un pas difficile à franchir. Alors, légaliser l'héroïne, la cocaïne et la multitude de nouvelles drogues comme le fentanyl?

« C'est mon travail d'éduquer les gens », dit Donna May. L'ancienne secrétaire juridique fait cela à temps plein.

« Vous préférez vraiment que les jeunes achètent n'importe quoi dans la rue? », demande-t-elle. Avec la crise actuelle du fentanyl, il y a des substances qui viennent d'Asie, qu'on mélange avec d'autres drogues comme l'oxycodone ou la marijuana.

Une idée farfelue?

De plus en plus d'experts et de politiciens y pensent très sérieusement. La Commission globale de politique en matière de drogues a livré un message similaire à celui de Mme May jeudi lors d'une conférence de presse en marge de l'assemblée spéciale de l'ONU.

Cette ONG est composée d'ex-chefs d'État et d'autres leaders d'opinion, comme l'homme d'affaires Richard Branson et l'ex-juge en chef de la Cour suprême du Canada, Louise Arbour.

Cela ne veut pas dire qu'on doit rendre tout disponible au coin de la rue ni que les drogues sont une bonne chose, ajoute-t-elle. Il faut juste changer de paradigme, comme on a fait avec l'alcool il y a un siècle.

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