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États-Unis : les femmes toujours peu nombreuses dans les luttes pour le Congrès

La candidature d'Hillary Clinton à la présidence marque peut-être un jalon dans l'histoire américaine, mais les femmes ont encore à prendre leur place en politique. L'élection de novembre ne bouleversera pas l'ordre établi, puisque les candidatures féminines pour les luttes du Congrès, largement dominé par les hommes, stagnent.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Le nombre de candidates, que ce soit à la Chambre des représentants ou au Sénat est beaucoup « moins historique » que ne l'a été l'investiture de l'ancienne secrétaire d'État à la tête du Parti démocrate, note le Center for American Women and Politics (CAWP) de l'Université Rutgers, au New Jersey, dans un communiqué publié jeudi.

Cette année, 183 femmes briguent l'un des 469 sièges de sénateurs et de représentants sous la bannière de l'un ou l'autre des deux grands partis. C'est une de moins qu'à la dernière élection.

« On parle moins de ce qui se passe au Congrès, mais les percées, si elles ne sont pas aussi rares, demeurent assez peu nombreuses », indique en entrevue à ICI.Radio-Canada.ca Raphaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand.

Pour rejoindre la tête du peloton en matière de parité parlementaire, les États-Unis ont fort à faire. Ils arrivent au 96e rang sur quelque 200 pays, selon les données de l'Union interparlementaire.

La situation au Sénat...

Au Sénat, 15 femmes, 11 démocrates et 4 républicaines, sont les candidates désignées de leur formation. En Louisiane, un État qui ne tient pas d'élection primaire, une démocrate fera aussi partie des candidats en lice.

En 2012, elles étaient 18 candidates.

... et à la Chambre des représentantes

À la Chambre des représentants, un total de 167 femmes - 120 démocrates et 47 républicaines - ont remporté les primaires de leur parti respectif en vue de l'élection du 8 novembre. Une 48e républicaine pourrait se joindre à elles si elle sort gagnante du processus de recomptage en cours.

C'est à peine plus que le record de 166 établi lors de la campagne de 2012.

« Les chiffres ont peu bougé au cours des dernières années », résume la directrice du CAWP, Debbie Walsh.

Cela dit, le nombre de femmes qui se sont présentées aux primaires a même diminué : elles étaient 274 candidates au fil de départ cette année, moins que les 298 en lice lors du cycle électoral de 2012.

Un Congrès largement masculin

Depuis les élections de mi-mandat de 2014, le Congrès, où siègent 535 élus, compte 104 femmes, un record.

Mais cela ne représente tout de même qu'une femme sur cinq élus. Et le contingent féminin des deux chambres du Congrès augmente très lentement.

Trois États, le Vermont, le Delaware et le Mississippi, n'ont même jamais envoyé de femme au Congrès.

Cela devrait toutefois changer au Delaware, où Lisa Blunt Rochester a battu ses cinq rivaux démocrates pour se présenter au poste de représentant de l'État. Comme l'État tend à voter démocrate, elle devrait devenir la première femme élue dans son État sur la scène fédérale.

« Il y a des courses très chaudes opposant des candidates très solides et de qualité », souligne en outre M. Jacob. Il donne en exemple la lutte sénatoriale pour le New Hampshire entre la sénatrice sortante, la républicaine Kelly Ayotte et Maggie Hassan, l'actuelle gouverneure de l'État.

Les femmes moins nombreuses chez les républicains

Comme cela a été le cas au cours des dernières années, le camp démocrate présente plus de femmes que le Parti républicain, fait remarquer le CAWP.

Au total, 136 femmes défendront les couleurs des démocrates, contre 51 pour le camp républicain.

Une réalité qui n'est pas surprenante : le caucus démocrate au Congrès compte présentement un tiers de femmes. Au sein du GOP, la proportion chute à 10 %.

Le fossé entre les deux partis a commencé à se creuser dans les années 1970.

Comment s'explique cette disparité entre les hommes et les femmes?

Les études montrent pourtant que les femmes se font élire dans les mêmes proportions que les hommes... lorsqu'elles arrivent à se présenter à l'élection générale. 

Le problème, c'est qu'elles sont moins souvent choisies comme candidates que les hommes, soulignait la directrice du CAWP lors d'une entrevue qu'elle nous a accordée cet été.

Avant d'affronter le rival de l'autre parti, elles doivent être élues pour représenter leur formation dans les élections primaires.

Chez les républicains, les positions plus tranchées dominent souvent le discours pendant ces primaires et amènent la formation plus à droite, expliquait Debbie Walsh. Or, si elles sont plus conservatrices que leurs consoeurs démocrates, les femmes républicaines tendent à être plus modérées que leurs homologues masculins sur le plan social, ajoutait-elle.

« Comme elles ont plus de difficulté à remporter les primaires, on en voit donc moins lors de l'élection générale », résumait la politologue.

« Les recherches font ressortir qu'une des raisons principales de cette disparité, c'est que les candidates féminines potentielles ne se croient pas qualifiées - ou en tout cas moins que les hommes - pour être candidates et éventuellement occuper des postes d'élus », explique Raphaël Jacob.

« Plusieurs groupes sont nettement sous-représentés, c'est une constante », souligne le chercheur, évoquant les Afro-Américains ou encore les Autochtones.

Mas il y a un groupe qui reste surreprésenté au Congrès.

En 2014, le Congrès était à 80 % blanc, à 80 % masculin et à 92 % chrétien.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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