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Familles de migrants séparées à la frontière mexicaine : « C’est le chaos »

La politique américaine de « tolérance zéro » à l'endroit des candidats à l'immigration qui traversent illégalement la frontière depuis le Mexique sème la confusion dans les centres de détention des États-Unis, où des enfants, arrachés à leurs parents, se retrouvent « confus » et « complètement abandonnés », témoignent des intervenants.

Michael Garcia Bochenek, conseiller juridique de la division Droits des enfants de Human Rights Watch, est l'un des rares observateurs à avoir eu accès à ces centres juvéniles à la frontière. En entrevue à Radio-Canada, il fait état de scènes de cris et de pleurs, d’enfants confus qui ne savent pas quoi faire.

Tout juste revenu du Texas, M. Bochenek explique que ce qu'il a vu est invraisemblable. Il dit avoir du mal à comprendre comment les États-Unis ont pu en arriver là.

« C'est le chaos », soutient-il, racontant avoir vu une petite fille en couche, seule dans une cage depuis quatre jours, sans que personne ne soit en mesure de savoir qui elle est.

Il ajoute que la séparation est cruelle, puisqu'elle se fait souvent sans préavis quand les parents s'absentent, le temps de répondre aux accusations d'immigration illégale devant un tribunal.

« Dis-leur de ne pas s’enlacer »

Troublé par les scènes de séparation, Antar Davidson, un intervenant auprès des jeunes dans un centre à Tuscon, en Arizona, raconte avoir démissionné en guise de protestation.

M. Davidson travaillait pour Southwest Key, un organisme sans but lucratif qui gère 26 refuges pour ces enfants d'immigrants en Arizona, au Texas et en Californie. Il se rappelle les pleurs incessants des enfants à l'heure du coucher.

Il se dit hanté par le souvenir de trois enfants brésiliens – deux frères et une sœur – que les gardiens ont tenté de séparer.

« Les petits se sont accrochés à leur grand frère et nous ont suppliés de ne pas les séparer. [Les agents] m'ont crié: "Dis-leur de ne pas s'enlacer!" », raconte-t-il.

Peu de ressources

À l’exception d’un dépliant, les parents ne reçoivent aucune explication. Ils doivent se fier à l’information contenue sur une page pour leur expliquer en anglais et en espagnol la marche à suivre pour éventuellement retracer leurs enfants. Là encore, ils pourraient attendre des semaines, voire des mois, sans aucune garantie de retrouver leurs enfants.

En vertu de la loi, les enfants d’immigrants qui se retrouvent seuls doivent être conduits à l’un des établissements du Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis, où ils sont détenus pour trois jours.L’agence américaine est alors responsable de trouver un refuge ou une maison d’accueil pouvant recevoir ces enfants en attendant que leurs parents comparaissent devant la justice.Selon Steven Wagner, qui travaille pour l’agence américaine, des « centres spécialisés, offrant des soins aux enfants qui ont des besoins particuliers ou qui sont en bas âge [moins de 13 ans] » ont été mis en place.Mais ces centres défendus par le Département de la Santé et des Services sociaux demeurent difficiles à localiser, le gouvernement refusant de divulguer leur emplacement pour des raisons de sécurité.

Le 6 avril, le président Trump a mis fin à la politique « attraper et relâcher » (catch and release) grâce à laquelle un immigrant illégal pouvait être libéré et circuler librement en sol américain avant que la justice statue sur son sort.

Entre le 5 mai et le 9 juin, 2342 enfants ont été séparés de leur famille, selon les chiffres publiés mardi par les Douanes et la Protection des frontières.

Le gouvernement est incapable aujourd'hui de dire combien d'entre eux ont été réunis, faute de feuille de route.

La condamnation de cette politique américaine est universelle. À Genève, l'Unicef parle d'abus, mais avoue qu'elle ne peut pas s'ingérer dans les politiques américaines.

D'après le reportage de Tamara Alteresco

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