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Faut-il s'attendre à une nouvelle guerre des missiles en Syrie?

Donald Trump a des missiles « beaux et nouveaux et intelligents », et il l'a fait savoir mercredi dans un tweet. Il n'en fallait pas plus pour que le monde entier s'attende à un bombardement américain sur la Syrie.

Un texte de Vincent Champagne

La tension est montée de plusieurs crans depuis l'attaque chimique présumée de samedi dernier, à Douma. Les Occidentaux affirment détenir les preuves qu’elle provient du gouvernement syrien de Bachar Al-Assad. Celui-ci et son allié russe nient toute responsabilité. D’autres observateurs estiment qu’il s’agit assurément d’un geste de désespoir des djihadistes en train de perdre le combat.

Quoi qu’il en soit, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni étudient leurs options pour coordonner une réponse internationale aux côtés des États-Unis. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est emparé de la question. La Russie demande l’apaisement.

« Toute cette histoire-là, à mes yeux, est profondément pathétique », affirme Jonathan Paquin, professeur au département de sciences politiques à l’Université Laval.

« Lorsqu’il y a détection d’utilisation de gaz, ça fait réagir Donald Trump. C’est à ce moment-là qu’il veut mener des frappes. Sinon, ce conflit ne l’intéresse pas vraiment », dit M. Paquin.

Il y a un an, l’armée américaine a lancé 59 missiles de croisière Tomahawk sur la base aérienne de Shayrat à la suite d’une attaque chimique ayant fait des dizaines de morts, dont des enfants.

Le président « est passé à autre chose le lendemain, note Jonathan Paquin. L’idée, c’est de marquer un grand coup, montrer que les États-Unis sont outrés. Manifestement, les médias se régalent de ce genre d’événement, parce que c’est spectaculaire. On va voir des images de missiles Tomahawk partant de porte-avions américains, et le lendemain, on va continuer à parler de… François Legault! »

Différentes stratégies possibles

Tout dépend de l’ampleur de la crise. S’il y a une attaque américaine – car cela reste hypothétique – elle pourrait prendre deux formes, explique Steven Zaloga, chercheur chez Teal Group, une entreprise indépendante qui vend ses analyses de l’industrie aérospatiale et militaire à différents gouvernements et aux manufacturiers.

Il pourrait y avoir un des bombardements de missiles à partir d’avions. Ce serait une réponse très forte.

« La façon traditionnelle de mener ce type d’attaque, c’est d’avoir une première vague qui s’occupe des défenses antiaériennes de l’ennemi, explique M. Zaloga. Ils attaqueraient les missiles de défense antiaérienne des Syriens, leurs radars et les centres de commandes. »

Il s’agirait d’une véritable déclaration de guerre. Il est plutôt probable, estime M. Zaloga, que la stratégie retenue soit celle de l’utilisation des missiles de croisière Tomahawk, comme en 2017.

La caractéristique des missiles de croisière, c’est l’altitude à laquelle ils voyagent, soit entre 20 et 200 m. Cette proximité du sol les rend difficiles à détecter. Le relief peut empêcher les radars de « voir » les missiles, à cause des montagnes ou encore des bâtiments. Mais c’est surtout la courbure de la terre qui empêche leur détection.

Les Syriens ont plusieurs douzaines de radars, affirme Steven Zaloga. Les Russes aussi ont déployé des équipements, soit sur leurs bases aériennes en Syrie, soit sur leurs navires de guerre.

« Les États-Unis savent où ils sont situés, dit M. Zaloga. Ils peuvent tirer les Tomahawks d’une certaine façon pour qu’ils volent autour. Ils connaissent la portée de ces systèmes, alors ils peuvent tout simplement voler autour. »

Comment intercepter un missile

Dans le brouhaha des déclarations faites par les uns et les autres, il y a celle de l’ambassadeur russe au Liban, qui a dit que les missiles américains seraient interceptés et détruits s’ils étaient lancés vers la Syrie. Sachant qu’aucun missile américain n’a été intercepté lors du bombardement d’avril 2017, certains se demandent pourquoi ce serait différent cette fois-ci.

Pour détecter un missile et éventuellement le détruire, il faut trois composantes, explique Rémi Landry, lieutenant-colonel à la retraite et analyste des questions militaires.

Tout d’abord, ça prend les missiles d’interception. Ils sont plus petits et n’ont pas nécessairement de charge explosive. La vitesse et la masse suffisent à détruire un missile d’attaque.

Il faut également tout un réseau de radars, qui peut détecter les missiles lancés par l’ennemi. Enfin, il est impératif de pouvoir compter sur un bon système de communication.

« C’est beau avoir des radars un peu partout sur le sol, mais il faut que ces radars-là soient capables de communiquer entre eux en temps réel et avec les bases de lancement. Ça prend un système très performant et protégé contre les interférences », explique M. Landry.

Une fois qu’un missile d’interception est lancé, il atteint une vitesse très rapide afin de rattraper l’engin d’attaque.

« À partir d’une certaine distance, le missile va avoir sa propre tête chercheuse, qui va cibler l’émission de chaleur, explique Rémi Landry. Quand il a établi le contact avec le missile de croisière, il va être en mesure de le suivre. Il va se barrer dessus. »

Les Russes et les Syriens qui voudraient contrecarrer une attaque américaine ou d’un autre pays allié doivent donc compter sur le succès de tous les éléments de leur défense antiaérienne. Le problème, c’est que la puissance militaire américaine est dix fois supérieure à celle des Russes en termes de budget.

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