Mille jours sans eau potable. C'est le triste anniversaire que vont souligner jeudi les résidents de Flint, au Michigan.

Un texte de Philippe Leblanc

En avril 2014, la municipalité criblée de dettes et sous tutelle a changé sa source d’approvisionnement en eau potable pour effectuer des économies. Mais l’eau puisée dans la rivière Flint qui sillonne la ville s’est avérée corrosive et a rongé la vieille canalisation municipale. Les tuyaux rouillés ont alors libéré du plomb dans l’eau.

Dans la salle de bain, le petit Casimir Conn se brosse les dents avant de partir à l’école. Le petit bonhomme qui vient d’avoir 5 ans utilise de l'eau en bouteille, car le taux de plomb à la maison est de 200 fois la limite permise, selon les tests effectués par la municipalité en avril.

La ville nous fournit des filtres à eau, mais je n’ose pas leur faire confiance. On ne se lave même pas à la maison. Nous devons aller chez mes parents, à 25 minutes de route d’ici, pour nous laver.

Sarah Conn, la mère de Casimir

Le petit Casimir a été testé pour le taux de plomb dans le sang à pareille date l’an passé. C’est lors de ce test que nous l’avons rencontré. Par chance, les résultats ont révélé un taux normal, mais sa mère demeure inquiète à cause des risques pour son développement. Le plomb peut affecter les facultés cognitives.

Distribution d'eau embouteillée

En ville, les résidents font encore la file devant les centres de distribution d'eau mis sur pied par l’État du Michigan, les églises et les banques alimentaires il y a un an lorsque l’état d’urgence a été déclaré à Flint.

Il n’y a aucune limite aux nombres de bouteilles que les résidents peuvent emporter. Ils s’en servent pour se laver, faire la cuisine et même nourrir les animaux.

C’est frustrant et nous aurions même dû être reconnus par le gouvernement fédéral comme zone sinistrée. Mais notre population est majoritairement noire et hispanique et le taux de chômage est très élevé, alors, pendant longtemps, nos résidents n’ont pas eu de voix.

Karen Weaver, mairesse de Flint

Karen Weaver a été élue à l’automne 2015, et elle n’est donc pas tenue pour responsable pour le scandale de l’eau contaminée. Elle a déclaré l'état d'urgence l’an passé et obtenu près de 400 millions de dollars d'aide de l'État du Michigan et de Washington.

Un objectif : devenir un leader de la qualité de l'eau

« Aussi difficile que ça soit, ajoute-t-elle, il faut être patient, car nous voulons que dans quelques années, Flint soit devenu un modèle pour la qualité de l’eau potable. »

Pour cela, il faut d’abord remplacer la canalisation corrodée des 39 000 résidences de la ville. Les travaux sont en cours, même en hiver. Des équipes s’affairent à remplacer les tuyaux rouillés, corrodés, dans un quartier près de la nouvelle usine de traitement de l’eau.

Grâce au financement obtenu du Michigan et de Washington, l'objectif est de 7000 maisons cette année. Mais la qualité de l’eau ne sera pas optimale tant que le réseau complet n’aura pas été modernisé.

« Tirez les leçons de ce qui est arrivé ici, lance la mairesse Weaver, n’hésitez pas à investir pour remplacer vos infrastructures vieillissantes. Sinon, il y aura plusieurs autres Flint partout sur le continent et nous le vivrons ici comme un nouvel échec. »

Personne n'a encore été tenu pour responsable de ce désastre sanitaire. Les procès de 13 anciens employés de l'État du Michigan et de la ville, accusés de négligence et d'avoir caché la contamination aux résidents, commenceront ce printemps.

Une facture salée pour de l'eau dont personne ne se sert

Le plus exaspérant dans tout ça pour Sarah Conn, qui participe à un recours collectif contre l’État dans le scandale de l’eau contaminée, c’est qu’elle continue de recevoir des factures salées pour l’eau de l’aqueduc, plus de 50 $ par mois. L’eau est extrêmement chère à Flint, même avec un rabais de 65 % accordé par l’État.

« C’est ajouter l’insulte à l’injure, affirme Sarah Conn. Pourquoi est-ce que je paierais pour de l’eau empoisonnée? Je dois 558 $ en ce moment, mais je ne paierai que le minimum pour éviter qu’on débranche le service à la maison. »

De beaux projets sont cependant nés de cette crise sanitaire.

Le petit Casimir Conn fréquente maintenant une nouvelle garderie pour les enfants exposés au plomb, Cummings Great Expectations. L'établissement est parrainé par la réputée Université du Michigan. Les éducateurs font un rapport hebdomadaire sur la progression des enfants et sont particulièrement attentifs aux problèmes cognitifs potentiels. On y sert même des repas santé dans l’espoir de minimiser les effets du plomb chez les enfants.

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