Retour

France : le tueur répondait à un appel du chef de l'État islamique

L'homme qui a assassiné deux fonctionnaires de police français lundi, avant d'être abattu, a affirmé avoir répondu à un appel de l'émir du groupe armé État islamique (EI), qui avait invité ses partisans à « tuer des mécréants chez eux avec leur famille », a révélé mardi le procureur de la République, François Molins.

Larossi Abballa a fait cette déclaration lors des négociations menées par le RAID, l'unité d'élite de la police française, alors qu'il était retranché dans la résidence de ses victimes, à Magnanville, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Paris.

« Au cours des négociations avec le RAID, le tueur a indiqué être musulman pratiquant et faire le ramadan, il a précisé avoir prêté allégeance trois semaines plus tôt au
commandant des croyants de l'État islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi », a déclaré M. Molins en conférence de presse.

Un homme lié de longue date à la mouvance islamiste

L'homme de 25 ans, né en France, était sur écoute électronique depuis plusieurs mois, à la demande d'un magistrat antiterroriste, parce qu'il était soupçonné de participer à une filière envoyant des combattants en Syrie.

Ces écoutes n'avaient cependant pas permis de déceler le « moindre élément » permettant d'anticiper son geste, selon M. Molins.

Larossi Abballa avait par ailleurs été arrêté en 2011 et condamné en 2013 à trois ans de prison, dont six mois avec sursis, dans le cadre du procès d'une filière d'acheminement de djihadistes vers le Pakistan.

En raison du temps passé en détention provisoire, il avait été libéré peu après avoir reçu sa sentence.

Selon le procureur Molins, Abballa avait strictement respecté les conditions de libération qui lui avaient été imposées, se présentant aux autorités qui encadraient sa probation jusqu'en novembre dernier, comme requis. Le service pénitentiaire avait noté son « discours lisse » et sa « pratique toujours assidue de la religion », a dit M. Molins.

Par ailleurs, trois personnes ont été placées en garde à vue relativement à cet attentat terroriste. Il s'agit de trois hommes âgés de 27, 29 et 44 ans. Deux d'entre eux ont été arrêtés en matinée, l'autre, quelques heures plus tard. Aucun détail sur leurs liens présumés avec le tueur n'a été révélé par le procureur.

Une liste de cibles potentielles à son domicile

Larossi Abballa a assassiné à coups de couteau un commandant adjoint de police du commissariat des Mureaux lundi, entre 20 h et 21 h 20, devant son domicile. Selon le procureur Molins, l'assaillant connaissait la victime, alors habillée en civil. 

Selon le maire de Magnanville, le policier de 42 ans avait auparavant travaillé au commissariat de Mantes-la-Jolie, commune où habitait Larossi Abballa.

Le terroriste est ensuite entré dans la maison du policier, où se trouvait sa conjointe, une femme de 36 ans qui était agente administrative à Mantes-la-Jolie, et leur enfant de 3 ans et demi. 

Arrivé sur place après que la police eut été avisée par un voisin, le RAID, l'unité d'élite de la police française, a tenté de négocier avec lui, en vain. Les policiers ont finalement donné l'assaut après qu'Abballa eut coupé tout contact avec eux. Ils l'ont abattu sur place vers minuit.

Le corps de la femme a ensuite été découvert, tandis que le garçonnet a été retrouvé « sain et sauf, mais en état de sidération », a affirmé le procureur Molins.

« L'Euro sera un cimetière »

Larossi Abballa a publié une vidéo de revendication de son geste à 20 h 52. Cette vidéo de 12 minutes a été envoyée à une centaine de contacts, a dit le procureur Molins.

Selon le journaliste spécialisé en djihadisme David Thomson, on peut entendre Abballa dire que « L'Euro sera un cimetière », en référence au tournoi de soccer qu'accueille la France en ce moment. On y verrait également l'enfant, derrière lui, pendant qu'il dit « je ne sais pas encore ce que je vais faire avec lui ».

Deux tweets de revendication ont aussi été publiés sur un compte que le terroriste avait ouvert la semaine dernière. L'attaque a été revendiquée peu après par l'EI, par l'entremise de son agence Amaq.

Larossi Abballa a été formellement identifié grâce à ses empreintes digitales.

Une liste de cibles potentielles mentionnant des noms de personnalités publiques et des professions (rappeurs, journalistes, policiers) a été retrouvée dans la résidence des victimes par la suite.

Les policiers ont aussi récupéré trois téléphones, trois couteaux « dont un ensanglanté sur la table ». Dans son véhicule, ils ont retrouvé un coran et deux livres intitulés La croyance authentique et L'explication des trois fondements.

Une attaque terroriste qui ébranle la France

Céline Berthon, secrétaire générale du syndicat des commissaires de la police nationale, a estimé sur Europe 1 que le modus operandi de l'attaque constituait une « déflagration ».

Le meurtre des deux policiers a eu lieu sept mois après les attentats de Paris et de Saint-Denis, qui ont fait 130 morts.

Hollande veut des moyens supplémentaires contre le terrorisme

François Hollande a demandé mardi que des « moyens supplémentaires puissent être déployés » et « la vigilance portée à son niveau maximal » contre « la menace terroriste », au lendemain de l'assassinat d'un couple de policiers par un djihadiste présumé.

Le chef de l'État n'a pas précisé quels autres moyens il souhaitait voir mis en oeuvre.

Les deux victimes « ont été frappées parce qu'ils étaient policiers, c'est [le sens - NDLR] que le terroriste, nous verrons avec quelles complicités, a voulu donner à son acte », a dit le président lors d'une déclaration à l'Élysée.

« Je serai aux côtés des forces de sécurité de notre pays qui éprouvent en ce moment même une très grande tristesse et une très grande colère », a-t-il ajouté.

Le chef de l'État a précisé que l'homme tué avait deux enfants, dont l'un, âgé de trois ans et demi, a été retrouvé sain et sauf par les forces de sécurité après l'attaque.

Les deux enfants seront reconnus pupilles de la Nation, a annoncé François Hollande.

 

Plus d'articles

Commentaires