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France : rupture ou dernière chance au libéralisme économique?

Comme journaliste, j'hésite à faire écho aux sondages qui ne donnent qu'une image, à un moment précis, de ce que pense un groupe de gens. Je ne remets pas en question la science des sondeurs, mais je pense que leurs enquêtes fournissent surtout de la bonne information sur les tendances à long terme. Dans le cadre de l'élection présidentielle en France, c'est à cette trame de fond qu'il faut s'intéresser d'abord et avant tout.

Une analyse de Gérald Fillion

Mais, derrière les sondages quotidiens en France, qui montrent une lutte serrée entre Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, il faut s’intéresser à ce qui est fondamental, c’est-à-dire au rejet de plus en plus répandu du libéralisme économique, dont les effets ont été désastreux pour bien des travailleurs ou qui sont perçus comme étant plus négatifs que positifs par plusieurs personnes.

Dans les circonstances, si les Français choisissent dimanche au premier tour de l’élection présidentielle le candidat centriste Emmanuel Macron, favorable au libre-échange, ou François Fillon, candidat de la droite, conservateur et ultralibéral, on ne pourra pas croire pour autant que les citoyens de l'Hexagone ont choisi l’économie de marché telle qu'elle est développée depuis 30 ou 40 ans.

L’analyste géopolitique de la Financière Banque Nationale Angelo Katsoras jette un éclairage instructif sur cette question dans une étude publiée le 12 avril. Il rappelle d'abord que le Front national de Marine Le Pen attire un électorat important et solide, qui pourrait faire en sorte que la candidate d’extrême-droite pourrait dépasser les 40 % si elle accède au second tour. Des sondages lui donnent 46 % si François Fillon est son opposant au second tour, lui qui été malmené par les scandales durant toute la campagne. Avec un faible taux de participation, « une victoire de Marine Le Pen ne peut pas être totalement exclue », affirme Angelo Katsoras.

« Le fait qu’un parti dont un des objectifs est de faire voler en éclat l’Union européenne et la zone euro obtienne un niveau d’adhésion aussi élevé, écrit l’analyste, est en lui-même une mise en cause stupéfiante de la classe politique dirigeante traditionnelle. »

Et attention à Jean-Luc Mélenchon, leader de la gauche, qui a le vent dans les voiles. « Malgré sa divergence d’opinions avec Marine Le Pen sur de nombreux points, dit Angelo Katsoras, comme elle, il se montre critique à l’égard de l’Union européenne, veut sortir de l’OTAN, est opposé au libre-échange, est favorable à un resserrement des liens avec la Russie et veut abaisser l’âge de la retraite. M. Mélenchon veut aussi imposer les revenus de plus de 33 000 euros par mois à 90 % et restructurer la dette publique. »

Le message qu'il faudra capter

Ainsi, dès le premier tour de l’élection, les candidats Mélenchon et Le Pen vont chercher plus de 40 % des électeurs dans les sondages. Et donc, Angelo Katsoras est d’avis que « le risque le plus important en cas d’élection d’Emmanuel Macron serait qu’il interprète à tort sa victoire comme un appui à l’économie de marché, aux réformes du marché et à une poursuite de l’intégration de l’Union européenne quand, en réalité, le résultat serait attribuable en grande partie à l’infortune des autres candidats des grands partis. »

Les tendances depuis 2004 sont claires en Europe. Les citoyens du continent voient de moins en moins positivement l’Union européenne. Ainsi, en 2004, 69 % des Français avaient une opinion favorable à l’Union. Aujourd’hui, c’est 38 %. Même tendance en Italie, en Allemagne, en Espagne, au Royaume-Uni, en Grèce.

Les jeunes Français se sont montrés très favorables au discours de Marine Le Pen. Et ils semblent de plus en plus nombreux également à adhérer aux propositions de Jean-Luc Mélenchon. Si les citoyens français choisissent un candidat libéral au second tour, on peut d’ores et déjà croire qu’en 2022 les candidats des extrêmes seront plus forts encore si le prochain président poursuit une politique libérale.

« Le soutien des jeunes au parti d’extrême droite, ajoute Angelo Katsoras, est attribué au fait que ce groupe démographique est celui qui a été le plus touché par le chômage et les emplois temporaires mal payés. En outre, en raison de leur situation économique précaire, beaucoup d’électeurs du Front national tendent à considérer les immigrants et réfugiés comme des concurrents pour l’emploi et les avantages sociaux. Quant aux électeurs plus âgés, même s’ils ne sont pas nécessairement emballés par l’Union européenne, ils ont tendance à ne pas soutenir le Front national parce que la sortie de la zone euro mettrait en danger leurs emplois et leurs retraites. »

Un coup de pied dans le système?

En attendant, tout est possible dimanche. Marine Le Pen offre une rupture avec l’Europe et veut fermer les frontières de la France. Jean-Luc Mélenchon est en mode rupture également, avec l’économie de marché principalement. Face à eux, des candidats plus près du système libéral actuel avec Emmanuel Macron et François Fillon.

Si le monde économique et les marchés financiers espèrent Emmanuel Macron ou François Fillon, les Français espèrent surtout des réformes qui feront baisser ce taux de chômage, collé à 10 %, et faire croître une économie extrêmement décevante depuis des années. Iront-ils jusqu’au coup de pied ultime dans le système avec Le Pen ou Mélenchon ou donneront-ils encore une chance à un candidat qui saura humaniser le capitalisme contemporain et créer des emplois? 

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