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Fuir l'ouragan Irma ou affronter sa colère, le dilemme des Floridiens

Les plages de Miami sont désertes, ses rues abandonnées, ses stations-service en panne sèche et ses supermarchés ont été dévalisés. Le ciel est encore bleu et la température clémente, mais plus pour très longtemps. L'œil de l'ouragan Irma est attendu en Floride dimanche matin et apportera son lot de vents violents dès samedi matin. Beaucoup ont pris la poudre d'escampette.

« Tous les Floridiens doivent être prêts à évacuer », a martelé le gouverneur de l’État, Rick Scott.

L’appel à fuir du gouverneur a été entendu par la plupart des résidents. Certains ont décidé de prendre la route sur le tard, et se retrouvent coincés dans des bouchons sur l’autoroute.

D’autres ont choisi de rester sur place et d’affronter les éléments. Prendre la route n’est pas forcément la décision la plus prudente, estime Linda Faille-Roy, agente immobilière dans la région de Fort Lauderdale, sur la côte est de la Floride.

« Donc, on a pris la décision de rester. Je pense que c’est la meilleure chose à faire pour l’instant », estime-t-elle.

Elle a pris ses précautions et a sécurisé sa maison et les propriétés de ses clients. Elle est consciente que si la situation s’aggrave, les secours ne pourront pas nécessairement lui venir en aide. « De toute façon, quand on vit en Floride, tous les ans, on se prépare pour cela aussi ».

« On sait, si cela arrive, ce que l’on doit faire dans les premières journées, soit avoir de l’eau, de la nourriture et de l’essence, et pouvoir sécuriser nos propriétés ». Quand cela est fait, après, on prend le risque de rester, explique-t-elle.

Elle s’arme de patience et assure qu’elle finit toujours par trouver du ravitaillement. « Il faut être là lorsque les camions de livraison arrivent », reconnaît-elle.

Julie Lavoie, une Québécoise établie depuis 10 ans à West Palm Beach, n’abandonnera pas sa maison non plus. Elle ne se trouve pas dans une zone d’évacuation obligatoire.

Cette agente immobilière a trois maisons et une maison mobile et craint que tout cela soit anéanti dans les prochaines 48 h.

Elle s’est préparée du mieux qu’elle a pu en barricadant ses maisons et en colmatant chaque porte pour prévenir une éventuelle crue des eaux. Elle a coupé l’eau, l’électricité et le gaz, en plus de ramasser tout ce qui, à l’extérieur, pouvait se transformer en projectile au passage de l’ouragan.

Autoroutes congestionnées

Toutefois, bon nombre de résidents de la côte est de la Floride ont mis les voiles et doivent prendre leur mal en patience.

« Malgré que l’ordre d’évacuation ait été donné plus tôt cette semaine, il y a toujours des retardataires qui sont sceptiques, et c’est ce qui crée des situations comme on a en ce moment-ci, où les gens sont à la dernière minute », note le conseiller principal en mesures d’urgence et sécurité civile, gestion de crise et reprise des opérations lors de sinistre, Daniel Dancause.

Il souligne que les réseaux de distribution de carburant sont épuisés et que les gens sont nerveux, ce qui les poussera à des comportements « disgracieux ».

« Les gens vont tenter de fuir, mais pas nécessairement par les routes autorisées, et il restera toujours malheureusement des dommages collatéraux, des gens qui vont devoir subir la tempête alors que s’ils avaient évacué plus tôt, ils seraient beaucoup plus éloignés qu’à ce moment-ci ».

Le spécialiste des situations d’urgence souligne toutefois qu’il leur reste de 24 à 48 h pour arriver à bon port. Ceux qui seront en panne sèche verront leur véhicule poussé vers les bas-côtés et ses occupants se trouveront un siège dans une autre automobile.

Michel Séguin est parvenu à fuir, mais il admet que cela a été pénible. Il a mis 7 h pour parcourir les quelque 350 km qui séparent Hollywood d'Orlando.

L’éditeur du Carrefour de la Floride est parti jeudi vers minuit, pensant que voyager de nuit serait une sinécure.

À 25 km de West Palm Beach, il est resté coincé dans un embouteillage d’une trentaine de kilomètres et a fait demi-tour.

Arrivé dans la petite localité de Four Peas, il a eu la chance de trouver une station-service qui n’était pas encore en pénurie de carburant.

Il a fait le plein, a acheté une carte routière précise de la Floride et a emprunté de petites routes, plus vers l’ouest.

« Manquer d’essence dans ce genre de situation, ce n’est pas facile. Moi, ce que je conseille aux gens, si vous voyez que c’est bloqué, essayez d’emprunter des petites routes où il y a une population moindre que le fameux parcours de Fort-Lauderdale-Orlando ».

« La route sera plus longue, cela prendra plus de temps, mais cela fera en sorte que vous allez vous rendre à destination ».

Il est arrivé sans encombre à Orlando où tout est à la normale. « On peut s’approvisionner en essence, il y a de l’eau à profusion, les supermarchés sont ouverts. Ce n’est pas la même ambiance du tout que dans le sud, c’est sûr ».

Il n’a pas pu emporter tout ce qu'il voulait avec lui, alors, il a tenté de protéger sa maison, mais il s’en remet à mère Nature.

« On essaye autant que possible de barricader, mais jusqu’à quel point on peut barricader une maison, un condo? Cela peut passer par le haut comme cela peut passer par le bas. Cela peut être inondé, comme le toit peut être arraché ».

Il se sent en sécurité, c’est tout ce qui compte pour le moment, même s’il sait très bien que l’ouragan se dirigera vers le nord.

« Orlando est dans le centre de la Floride, cela n’a jamais été un endroit de prédilection pour les ouragans », lance-t-il, optimiste, ajoutant qu'Irma se sera calmé d’ici là et aura perdu de sa puissance.

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