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G7 : quand les amis de Donald Trump ont arrêté de vouloir jouer avec lui

Jusqu'à tout récemment, la menace que pouvait poser le président américain aux intérêts de ses alliés traditionnels était presque théorique. Mais depuis le retrait américain de l'accord nucléaire iranien, et surtout, l'imposition de droits de douane sur l'aluminium et l'acier, ils ont bien saisi l'ampleur des dommages que pouvait causer Donald Trump. Et ils n'ont plus envie de faire encore semblant d'être amis avec lui.

Une analyse de Fannie Olivier

Dans la cour d’école, le chef de la bande – le plus fort, celui qui a le plus d’influence – s’est transformé graduellement en petite brute. Un bully qui bombe le torse, qui écrit en majuscule sa façon de penser sur les réseaux sociaux, qui menace de se bagarrer.

Pendant un bon moment, ses camarades ont continué de le cajoler, de le complimenter, de le ménager, pour rester son ami.

Jusqu’à ce qu’il se mette à asséner des coups.

Bang. Un premier coup a été livré le 8 mai dernier, quand Donald Trump s’est retiré de l’accord nucléaire iranien, contre l’avis de ses alliés européens.

Puis, re-bang, un deuxième coup moins d’un mois plus tard, celui qui fait mal à l’économie : l’imposition de tarifs douaniers sur les importations d’aluminium et d’acier, en utilisant le prétexte de « sécurité nationale » pour déjouer les règles du commerce international.

Donald Trump semble même remettre en question l’amitié de son meilleur copain en évoquant – à tort – la responsabilité canadienne dans l’incendie de la Maison-Blanche au début du 19e siècle.

Au sein du G7, plus personne ne semble avoir encore le goût de jouer avec lui – sauf peut-être le petit nouveau venu de l’Italie, assermenté depuis une semaine.

Le président français, Emmanuel Macron, a d’ailleurs lancé que ça lui était « égal » que la bande passe de sept à six membres. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a quant à lui déploré que l’ordre mondial soit « défié, non par les suspects habituels, mais, de façon surprenante, par son principal architecte et garant : les États-Unis ».

Pommes de discorde

Comme si les points de divergence entre les États-Unis et ses partenaires du G7 n’étaient pas déjà assez nombreux, Donald Trump est venu jeter un autre pavé dans la mare juste avant de décoller pour Charlevoix en plaidant pour le retour de la Russie dans le groupe. La Russie de Vladimir Poutine avait été écartée du G8 quand elle a annexé la Crimée en 2014. La suggestion du président américain a été accueillie plus que froidement, sauf du côté de l’Italie.

Depuis le début de l’année, 450 membres des Forces canadiennes dirigent l’opération Reassurance de l’OTAN en Lettonie, dans le but justement de contrer les visées expansionnistes de la Russie. Dans ce contexte, on voit mal comment le Canada voudrait inviter la Russie à sa table.

D’ailleurs, selon Reuters, les États-Unis eux-mêmes demandent aux autres pays de l’OTAN d’envoyer plus de bataillons en Europe de l’Est, pour dissuader la Russie de gagner du terrain. Le plaidoyer de Donald Trump pour un retour du pays dans le G8 paraît pour le moins incongru.

Même s’ils restent polis, les alliés de Donald Trump ont laissé tomber le sourire forcé et ils haussent désormais le ton envers celui qui ne fait rien pour rétablir les ponts avec ses partenaires.

Est-ce que cette nouvelle stratégie fonctionnera davantage? Donald Trump – dont la politique étrangère est avant tout motivée par des considérations de politique intérieure – n’a pas prouvé depuis le début de sa présidence qu’il pouvait être à l’écoute.

Parler plus fort dans les oreilles d’un sourd ne signifie pas qu’on sera davantage entendu.

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