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Gabon : la procureure de la CPI se penchera sur la crise postélectorale

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé jeudi qu'elle procédera à un examen préliminaire concernant la situation au Gabon, pays divisé par des violences postélectorales qui ont engendré des morts et des arrestations par centaines.

Le gouvernement gabonais lui a demandé le 21 septembre d'ouvrir une enquête, lui faisant part de « faits relevant de l'incitation à commettre le crime de génocide » et de « crimes contre l'humanité » qu'il attribue aux militants favorables au candidat d'opposition Jean Ping.

La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, affirme dans un communiqué que son bureau « procédera à un examen préliminaire de la situation afin de déterminer si les critères imposés pour l'ouverture d'une enquête sont réunis ».

Violences postélectorales

Après l'annonce, le 31 août dernier, de la victoire du chef de l'État sortant, Ali Bongo Ondimba - avec moins de 6000 voix d'avance -, le pays a connu un pic de violences de 48 heures. Six personnes ont été tuées dans les émeutes qui ont suivi l'annonce des résultats. Des centaines de personnes ont été arrêtées début septembre. Un certain nombre ont été relâchées.

D'autres personnalités ont été arrêtées de façon plus ciblée fin septembre.

Accusant M. Bongo et son équipe de fraude électorale, Jean Ping avait saisi la Cour constitutionnelle pour contester les résultats, mais celle-ci a rejeté son recours le 23 septembre et confirmé la victoire d'Ali Bongo. Jean Ping maintient toujours qu'il est le vainqueur de l'élection.

Les allégations du gouvernement Bongo

Dans sa requête à la CPI, la République gabonaise soutient que « les propos tenus par Monsieur Jean Ping à l'occasion d'un meeting constituent une incitation au crime de génocide », évoquant une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux où le candidat disait vouloir « se débarrasser des cafards ».

Parmi les accusations de crime contre l'humanité, les autorités gabonaises évoquent « des faits de violences, saccages et des incendies criminels » contre des bâtiments de la République gabonaise et des instructions données à des individus de « tirer sur la foule et participer ainsi à l'instauration d'un climat de violence et de terreur auprès de la population civile ».

La requête évoque aussi des « actes de torture perpétrés dans les locaux du quartier général de campagne de Monsieur Jean Ping [...] ».

L'opposition dit mener sa propre enquête

L'avocat de Jean Ping, Emmanuel Altit, nie les allégations contenues dans la requête du gouvernement gabonais à la CPI. « Ils n'avancent que des préparations à commettre des crimes. Nous enquêtons sur de véritables crimes. C'est toute la différence », a-t-il dit, ajoutant que « plusieurs dizaines de civils ont été tués ». Il précise que l'enquête de l'opposition serait transmise « prochainement » à la procureure de la CPI et « compléterait sa propre enquête ».

Lors d'un rassemblement à son domicile de Libreville, jeudi, Jean Ping a invité Amnistie internationale et la procureure de la CPI à venir enquêter sur place.

« Président élu par vous, peuple gabonais, je réaffirme urbi et orbi que je ne reconnaîtrai pas le pouvoir d'Ali Bongo qui a les mains souillées du sang de nos compatriotes », a-t-il affirmé.

« J'appelle chaque Gabonaise et chaque Gabonais à une résistance active jusqu'à la fin de la forfaiture », a-t-il poursuivi.

« Nous demandons à la communauté internationale de prendre des sanctions ciblées à l'encontre des personnes qui se sont rendues coupables de ce coup d'État militaro-électoral », a-t-il insisté.

Jean Ping, ancien chef de la diplomatie, propose par ailleurs l'ouverture d'un « dialogue national inclusif » pour « mettre en place les fondements d'une nouvelle République ».

Lors de son investiture, Ali Bongo avait dit « tendre la main à toutes les Gabonaises et à tous les Gabonais » pour une réconciliation nationale.

La famille Bongo dirige le Gabon depuis un demi-siècle. Ali Bongo, 57 ans, a succédé à son père, Omar, à la mort de celui-ci en 2009.

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