Il faut éviter de comparer les jeunes démocraties d'Afrique avec celles en Occident qui ont des siècles d'histoire, selon l'économiste béninois Gilles Yabi. Rencontre.

Un texte de Michel Désautels, animateur de Désautels le dimanche

Au cours des derniers mois, nos reportages et entrevues consacrés au continent africain nous ont permis de mesurer les immenses défis et possibilités qui attendent les 54 pays de cette région du monde. Jeunesse, démographie, économie, éducation, santé, équité entre les femmes et les hommes : nous avons pu constater que tous les Africains ne sont pas égaux dans la course à la modernité.

Mais tous les progrès en ces matières sont tributaires de l’état des démocraties africaines. Et j’emploie le pluriel volontairement, pour rendre compte des idées de notre invité de cette semaine sur la question.

Gilles Yabi est un économiste qui a été journaliste pour l'hebdomadaire Jeune Afrique et directeur du projet Afrique de l’Ouest pour l’International Crisis Group. Membre du Réseau de recherche sur les opérations de paix associé à l’Université de Montréal, ce Béninois a créé le WATHI, un laboratoire citoyen d’Afrique voulant réunir la réflexion de spécialistes de toutes nationalités de partout sur la planète qui sont intéressés par la qualité de vie des citoyens de la région, aujourd’hui et demain.

Questionné sur l’état de la démocratie en Afrique, Gilles Yabi insiste pour remettre la question en contexte.

Les démocraties africaines sont jeunes, très jeunes, dit-il. Les plus anciennes remontent au début des années 1960, avec la fin des colonisations française, anglaise, belge et allemande. Les anciennes colonies portugaises se sont émancipées plus tard encore. Il serait donc injuste d’évaluer leur qualité à l’aune des démocraties occidentales qui ont des siècles d’histoire. Il insiste aussi sur le fait qu’après une ou deux décennies de grands espoirs portés par les pères des indépendances, de longues périodes de noirceur ont été vécues sous de nombreuses juntes militaires, dont certaines subsistent encore.

Gilles Yabi précise que de vraies démocraties ne peuvent exister s’il n’y a pas partage de richesse, de liberté de presse ou d’alternance politique. Tous ne peuvent y parvenir en même temps, mais tous doivent y tendre, selon lui.

J’ai rencontré Gilles Yabi à Dakar en mars dernier. Notre entretien a été réalisé sur la terrasse d’un hôtel très chic au bord de la mer, près de la plage de Fann, un lieu qui illustre bien les contrastes et les contradictions qui cohabitent sur le même territoire – calme et luxe d’un côté, et de l'autre, chaos et pollution sur la route de la Grande Corniche toute proche.

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