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Guerre de mots entre Riyad et Téhéran après la mort de l'ex-président Saleh

L'Arabie saoudite et l'Iran ont étalé mardi leurs divergences de vues sur la situation au Yémen, au lendemain de la mort de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, tué lundi par des rebelles houthis dans la capitale, Sanaa. Sur le terrain, un calme précaire règne après une nouvelle nuit de bombardements par l'aviation saoudienne.

Allié depuis plus de trois ans aux Houthis, qui sont des chiites réputés proches de Téhéran, l’ex-président Saleh avait retourné sa veste la semaine dernière pour tendre la main à l’Arabie saoudite, qui dirige une coalition de pays arabes sunnites résolue à contrer ces rebelles. Il l'a payé de sa vie.

Dans une première réaction à la mort de l’ex-président Saleh, le Conseil des ministres saoudiens, réuni sous la présidence du roi Salmane, a dit qu'il espérait « voir le soulèvement du peuple yéménite contre les milices houthies confessionnelles, terroristes et soutenues par l'Iran, débarrasser le Yémen frère de leurs exactions, leurs menaces et leurs extorsions », selon un communiqué.

Dans un discours retransmis à la télévision d’État, le président iranien Hassan Rohani a plutôt prophétisé que le Yémen « sera libéré des mains des agresseurs » et que la population du pays leur fera « regretter » leurs actions.

Le commandant en chef des Gardiens de la Révolution, Mohammed Ali Jafari, a pour sa part dénoncé « les traîtres saoudiens qui cherchent à créer l'insécurité dans les pays de la région sous l'ordre et avec le soutien des États-Unis et en se rangeant aux côtés des Israéliens », selon des propos rapportés par l'agence Fars.

La Ligue arabe, qui ne comprend pas l’Iran, s’est quant à elle résolument rangée dans le camp saoudien, poids lourd de l'organisation. Elle a avancé que la mort de l’ex-président Saleh menaçait de provoquer une « explosion » au Yémen. Elle a également qualifié les Houthis de « terroristes ». Selon l'organisation, « tous les moyens doivent être déployés pour débarrasser le peuple yéménite de ce cauchemar ».

Le Yémen n'est qu'un des théâtres du conflit qui oppose l'Arabie saoudite sunnite à l'Iran chiite depuis des années. Les deux pays, qui ont rompu leurs relations diplomatiques depuis près de deux ans, appuient également des camps opposés en Syrie et au Liban.

Le fils de l’ex-président, Ahmed Ali Saleh, a pour sa part appelé les Yéménites à venger son père, dans un discours diffusé par la chaîne saoudienne Al-Ekbaria. Il a invité les partisans de son père à reprendre le Yémen aux « miliciens iraniens houthis » et s’est dit prêt à conduire la bataille « jusqu’à ce que le dernier Houthi soit chassé du Yémen ».

S’il dispose d’une certaine autorité en tant qu’héritier de son père, Ahmed Ali Saleh est cependant mal placé pour mener un combat à l’heure actuelle : il est actuellement assigné à résidence aux Émirats arabes unis, où il a déjà été ambassadeur.

Journée calme après une nuit de bombardements

À Sanaa, la situation était calme mardi matin, après une nuit de bombardements menés par l'aviation de la coalition. Aucun affrontement majeur ne semble toutefois avoir lieu sur le terrain depuis l’annonce de la mort de l’ex-président Saleh.

Un haut responsable houthi, Saleh Al-Sammad, a d’ailleurs annoncé « la fin des opérations de sécurité et la stabilisation de la situation », selon la chaîne de télévision Al-Massira, liée aux houthis. Il a toutefois ordonné aux combattants de « prendre des mesures contre les saboteurs et tous ceux qui ont collaboré avec eux ».

Le coordonnateur humanitaire de l'ONU au Yémen, Jamie McGoldrick, a déclaré qu'après cinq jours de combats et 25 frappes aériennes durant la nuit, les combats avaient cessé à Sanaa et que les avions de l'ONU et de la Croix-Rouge avaient pu y atterrir.

« Nos équipes [...] font maintenant tout leur possible pour approvisionner les hôpitaux en médicaments, en matériel chirurgical et en carburant », a d’ailleurs confirmé sur Twitter le directeur du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Proche-Orient, Robert Mardini.

Selon un bilan communiqué plus tôt dans la journée par le CICR, les combats qui ont éclaté il y a près d’une semaine à Sanaa ont fait 234 morts et 400 blessés, dont 383 gravement atteints. La veille, l’organisation recensait plutôt 125 morts et 238 blessés.

Ces chiffres, qui ne font pas de distinction entre combattants et civils, ne tiennent cependant compte que des victimes des combats de rue; le CICR ne comptabilise pas celles qui sont attribuables aux frappes aériennes de la coalition.

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