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Gülen accusé du meurtre de l'ambassadeur Karlov, Moscou et Ankara collaborent

Ankara impute l'assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie au réseau du prédicateur Fethullah Gülen, tandis que des enquêteurs russes se sont joints mardi à leurs collègues turcs pour tenter de déterminer les raisons qui ont poussé Mevlüt Mert Altintas à commettre le meurtre.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a clairement attribué le meurtre du diplomate russe à Fethullah Gülen, selon ce que rapporte l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

Lors d'un entretien avec son homologue américain John Kerry, le chef de la diplomatie turque a déclaré que « la Turquie et la Russie savent que derrière l'attaque contre l'ambassadeur de Russie à Ankara Andreï Karlov, il y a FETO », acronyme désignant le réseau de M. Gülen.

Le prédicateur turc, exilé aux États-Unis depuis la fin des années 1990, nie catégoriquement toute implication. Dans un communiqué publié peu de temps après le meurtre de l'ambassadeur Karlov, Fethullah Gülen dit être « choqué et profondément attristé » par les événements.

Ce n’est pas la première fois que cet ancien allié du président Erdogan est montré du doigt. Il avait été désigné comme l’instigateur de la tentative de coup d’État qui avait secoué la Turquie à la mi-juillet.

Ankara a réclamé à plusieurs reprises son extradition, mais Washington estime que cette décision appartient à la justice.

Un jeune policier turc, Mevlüt Mert Altintas, a tué de plusieurs balles lundi l’ambassadeur Andreï Karlov, affirmant vouloir venger la ville d'Alep, que les forces syriennes, appuyées par la Russie, s’apprêtent à reconquérir entièrement. Il a été abattu par les forces de sécurité.

Selon les autorités, Altintas a réussi à éviter le portique de sécurité à l’entrée de la salle en présentant son insigne de policier aux agents de sécurité. Le quotidien turc Hürriyet soutient qu’il avait réservé une chambre d’hôtel près de la galerie d’art, et qu’il était officiellement en congé de maladie.

Au moins six de ses proches ont été placés en garde à vue depuis l’assassinat, selon l’agence Anadolu, dont ses parents, sa sœur et son colocataire à Ankara.

D’autres pistes

Les slogans lancés par Altintas pourraient laisser croire qu'il a agi au nom d'organisations extrémistes.

Le journal Hürriyet rapporte par exemple que le meurtrier a lancé, après son geste : « Nous sommes ceux qui avons prêté allégeance à Mahomet pour le djihad ». Un slogan utilisé dans des vidéos de propagande de Fatah al-Cham, un groupe syrien se réclamant jusqu’à récemment d’Al-Qaïda.

Fatah al-Cham est l’un des groupes qui combattaient le régime du président syrien Bachar Al-Assad à Alep-Est. Après plus de quatre ans d’insurrection armée, Alep-Est est cependant tombée la semaine dernière, un peu plus d’un an après que la Russie se fut lancée dans la bataille aux côtés de Damas.

Depuis des mois, la Turquie a aussi été frappée par des attentats revendiqués par le groupe armé État islamique, et par d’autres perpétrés par des groupes liés à l’insurrection kurde, qu’Ankara tente d’écraser dans l’est du pays.

Collaboration russo-turque sur l'enquête

Par ailleurs, le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dimitry Peskov, a fait savoir mardi qu’une équipe de 18 enquêteurs, agents des services secrets et diplomates russes, a été dépêchée en Turquie pour participer à l’enquête.

Des médias turcs rapportent qu’ils ont pris part à l’autopsie du corps de l’ambassadeur Karlov. Selon CNN Turk, qui cite des rapports médicaux, Altintas aurait atteint sa cible à neuf reprises.

L’attentat contre l’ambassadeur russe s’est produit dans le quartier des ambassades, dans le cœur de la capitale turque, déjà secouée cette année par d’autres attentats et le putsch raté de la mi-juillet.

De nouvelles questions sur la sécurité des lieux ont été soulevées mardi, après qu’un homme muni d’un fusil à pompe eut tiré des coups en l’air devant l’ambassade américaine. Washington a immédiatement fermé son ambassade ainsi que ses missions diplomatiques à Istanbul et à Adana pour la journée.

Les autorités avaient déjà déployé des policiers supplémentaires et des camions équipés de lances à eau pour renforcer la sécurité autour de l’ambassade russe. L’ambassade iranienne a également fermé ses portes par mesure de précaution.

Des relations à raffermir

Les ministres des Affaires étrangères russe et turc ont profité d’une rencontre à Moscou, avec leur homologue iranien, pour assurer que le meurtre de l’ambassadeur Karlov ne modifiera en rien leurs relations.

« L'objectif principal de l'assaillant était de porter préjudice aux relations russo-turques et de compromettre les progrès qu'on avait atteints par nos efforts communs ces derniers temps », a commenté le ministre turc Mevlüt Cavusoglu. « La Russie comme la Turquie se rendent compte que nous ne devons pas permettre aux organisateurs du crime d'atteindre leur but », a-t-il ajouté.

Le numéro un de la diplomatie turque a en outre annoncé que la rue d'Ankara où se trouve l'ambassade russe portera le nom d'Andreï Karlov.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a pour sa part appelé à ne pas faire de « concessions aux terroristes » dans la crise syrienne.

Au terme de la rencontre, M. Lavrov a annoncé que la Russie, l'Iran et la Turquie ont adopté une « Déclaration de Moscou » visant à mettre fin au conflit en Syrie. Ils s'y engagent, selon lui, à oeuvrer à la mise en place d'un cessez-le-feu dans l'ensemble du pays et à organiser des négociations de paix au Kazakhstan.

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