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Hariri est « libre de ses mouvements », croit le chef de la diplomatie française

Le premier ministre libanais Saad Hariri « est libre de ses mouvements », a déclaré vendredi matin le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, au lendemain d'une visite-surprise du président français Emmanuel Macron à Riyad.

Cette déclaration contredit les propos de plusieurs politiciens libanais, qui estiment que le fils de l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, assassiné en 2005, est retenu contre son gré par la monarchie saoudienne.

Dans une allocution télévisée enregistrée dans la capitale saoudienne, Saad Hariri a annoncé samedi qu’il démissionnait de son poste, affirmant que sa vie était menacée et accusant l’Iran de semer la zizanie au Liban par l’entremise du mouvement chiite Hezbollah.

Il n’a pas fait la moindre apparition publique ni la moindre déclaration depuis. Il s’est toutefois rendu mercredi à Abou Dhabi, dans les Émirats arabes unis, avant de revenir à Riyad, et il a rencontré jeudi de multiples ambassadeurs étrangers, dont celui de France.

Le président libanais Michel Aoun a pour sa part rencontré jeudi l’ambassadeur français au Liban, quelques heures avant que M. Macron ne rencontre le nouvel homme fort du régime saoudien, le prince héritier Mohamed ben Salmane.

La diplomatie française, qui a toujours entretenu des liens étroits avec son ancienne colonie, se trouve donc dans une situation unique, et les propos du ministre Le Drian sur les ondes de la radio Europe 1 offrent un premier éclairage sur le sujet.

Saad Hariri « s'est rendu à Abou Dhabi la veille du passage du président Macron, donc on pense qu'il est libre de ses mouvements », a commenté le chef de la diplomatie française.

Le ministre Le Drian a tout de même convenu que « la situation libanaise est le sujet le plus préoccupant du moment ». Le Liban « s'orientait vers une solution nouvelle, avec une nouvelle Constitution, des élections à venir. Le départ du premier ministre Hariri remet une période d'incertitude », a-t-il regretté.

M. Macron n’a pas commenté ses échanges avec le nouveau prince héritier du royaume wahhabite. L’Élysée s’est contenté de déclarer dans un communiqué que les deux hommes « ont échangé longuement sur l'importance de préserver la stabilité de la région, lutter contre le terrorisme et surtout travailler à la paix ».

Avant de s’envoler pour Riyad, le président français avait déclaré qu’il profiterait de l’occasion pour rappeler « toute l'importance qu'a la stabilité et l'intégrité du Liban ». Il a aussi indiqué que « des positions très dures » exprimées par l'Arabie saoudite « vis-à-vis de l'Iran […] ne sont pas conformes à ce que je pense ».

Le président Aoun demande le retour d'Hariri

Au Liban, le président Aoun a poursuivi vendredi le marathon de discussions qu’il mène depuis la démission surprise du premier ministre Hariri. Il a notamment rencontré vendredi le chargé d'affaires saoudien au Liban, Walid Al-Bukhari.

Selon la plateforme Al Djahid et une source d’Associated Press, le chef de l’État lui a dit qu’il jugeait « inacceptables » les conditions dans lesquelles M. Hariri a remis sa démission, et a demandé à ce qu’il rentre au Liban.

« Après une semaine d'assignation à résidence, volontaire ou non, il est grand temps que cheikh Saad [Hariri], avec lequel nous sommes d'accord pour poursuivre le processus de construction et de stabilité de l'État, revienne », a pour sa part déclaré le leader druze libanais Walid Joumblatt sur son compte Twitter. « Il n'y pas d'alternative », a-t-il ajouté.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui s'était exprimé dimanche sur le sujet, a réitéré vendredi dans une allocution télévisée que M. Hariri « est détenu en Arabie saoudite » et qu'on lui « interdit » de rentrer au Liban. « Il est assigné à résidence », a-t-il assuré, avant de demander à l'Arabie saoudite de la « libérer ». Il a aussi accusé Riyad d'avoir demandé à Israël de « frapper le Liban ».

Le président Aoun et le président du Parlement Nabih Berri ont déjà fait savoir qu’ils ne pouvaient reconnaître une démission faite depuis l’étranger. Dans les circonstances, le gouvernement dirigé par M. Hariri, qui comprend des membres du Hezbollah, est toujours considéré en fonction.

La démission de M. Hariri est en outre survenue le jour même où la monarchie saoudienne a annoncé avoir procédé à une spectaculaire purge anticorruption qui s’est soldée par l’arrestation de plus de 200 personnes, dont des princes et des ministres, selon des chiffres publiés jeudi.

Personne ne sait avec certitude si cette purge a un lien avec la démission de M. Hariri, mais la coïncidence entre les deux événements alimente les rumeurs. En plus d’être premier ministre du Liban, Saad Hariri dirige Saudi Oger, une entreprise de construction saoudienne jadis très puissante, mais aujourd’hui en faillite.

La démission de Saad Hariri s’inscrit par ailleurs dans un contexte de tensions croissantes entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, qui ont rompu tout lien diplomatique en janvier 2016 et qui n’hésitent pas à se menacer ouvertement.

Cette rivalité est exacerbée par les conflits armés au Yémen et en Syrie, où l’Arabie saoudite et l’Iran appuient des factions opposées.

Le Liban constitue aussi une caisse de résonance de ce conflit. Alors que l’Arabie saoudite est un soutien de M. Hariri, l’Iran est le parrain du mouvement chiite Hezbollah, qui est à la fois une milice armée et un parti politique.

L'Arabie saoudite et certains de ses alliés le Koweït, Bahreïn et les Émirats arabes unis, ont appelé jeudi leurs ressortissants à quitter le Liban, agitant ainsi le spectre que le pays ne replonge dans un nouveau conflit armé.

Des dizaines de ressortissants de ces pays quittaient bel et bien le Liban lundi, selon ce qu’a constaté Associated Press à l’aéroport international de Beyrouth, qui porte le nom de Rafic Hariri.

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