Retour

Hillary Clinton n'a pas écrit l'histoire, mais les femmes du Congrès l'ont-elles fait?

Battue par son rival républicain Donald Trump, la candidate démocrate à la présidentielle a à peine touché le plafond de verre. Dans les deux chambres du Congrès, la domination masculine demeure intacte. À la tête des États? C'est encore pire. Mais une poignée de femmes - issues de minorités - ont cependant abattu des barrières.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

« Le désir de changement s'est fait entendre pendant la campagne, mais l'élection n'a pas changé grand-chose pour la place qu'occupent les femmes en politique », constate Debbie Walsh, directrice du Center for American Women and Politics (CAWP) de l'Université Rutgers, au New Jersey.

À ce chapitre, le scrutin du 8 novembre donne-t-il tout de même des raisons d'être optimiste? « C'est une dure journée pour répondre à cette question », admet-elle quelques jours après l'élection.

« Avant le jour du vote, nous pensions être ceux qui rappelleraient aux gens que, même si l'élection d'une femme à la présidence était très significative, le problème de la sous-représentation féminine dans l'ensemble des postes électifs était loin d'être réglé », admet-elle.

On peut néanmoins trouver une « petite goutte de bonnes nouvelles, dit-elle, dans le fait qu'Hillary Clinton ait remporté le vote populaire », avec 47,7 % des voix, contre 47,4 % pour le président élu, selon le décompte le plus récent.

Ces démocrates qui ont écrit l'histoire en couleurs

« Il y a une autre petite lueur d'espoir », ajoute la directrice du CAPW. C'est que nous aurons un nombre record de femmes issues de minorités qui serviront au Congrès. » Elles seront dorénavant 37, dont quatre au Sénat.

Neuf d'entre elles, toutes démocrates, font partie de la cohorte des 12 nouvelles recrues féminines, soit trois au Sénat et six à la Chambre. 

Emily's List, un comité d'action politique pro-choix qui travaille à faire élire des démocrates, se réjouit de la diversité ethnique du 115e Congrès, qui entrera en fonction en janvier prochain.

Malgré ces gains, les femmes noires, latino-américaines et d'Asie-Pacifique peinent encore à prendre leur place : elles composeront 8,5 % du prochain Congrès.

Sur les 37 élues qui sont issues des minorités, seules sont républicaines.

Les choses stagnent au Congrès

« Les élections législatives ont elles aussi apporté leur lot de déceptions, ajoute Mme Walsh. Avec un gain au Sénat, mais une perte à la Chambre des représentants, le nombre d'élues restera inchangé. »

Un siècle après l'élection de Jeanette Rankin, première femme au Congrès, celui-ci comptera donc 21 sénatrices et 83 représentantes. 

Parmi les nouvelles recrues en janvier prochain, il y aura Maggie Hassan. En battant la sénatrice républicaine Kelly Ayotte, la gouverneure du New Hampshire a remporté l'une des luttes les plus médiatisées, mais aussi l'une des plus serrées, avec 48 % des voix contre 47,9 %.

« Un résultat frustrant », admet la directrice du CAWP, qui estimait que la proportion de femmes au Congrès pourrait atteindre 25 %. Un objectif que les sondages disaient réalisable une dizaine de jours avant le scrutin.

Effet collatéral à long terme de cette lente progression : les postes de présidents de commissions, attribués en fonction de l'ancienneté, resteront encore majoritairement aux mains des hommes.

Le Parti républicain toujours en reste

Dès janvier 2017, les démocrates compteront deux femmes de plus au Congrès.

Avec autant de femmes en moins, le Parti républicain, lui, recule. Globalement, les femmes du Parti démocrate seront trois fois plus nombreuses que leurs consoeurs du GOP.

Le caucus démocrate au Congrès compte environ un tiers de femmes. Au sein du GOP, la proportion chute à quelque 10 %. Ces proportions sont approximatives, puisque l'issue de cinq courses reste à déterminer.

Les femmes gouverneures? Il y en a encore moins!

Avant l'élection, il y avait 6 femmes à la tête des 50 États. Dès janvier, il y en aura une de moins. L'une des rares gouverneures, Maggie Hassan au New Hampshire, a préféré briguer un siège au Sénat, et c'est un républicain qui lui succédera.

L'une des deux seules femmes à briguer l'un des 12 postes de gouverneur en jeu, Sue Minter, a mordu la poussière au Vermont.

En contrepartie, la communauté LGBTQ enregistre un gain de taille : Kate Brown, qui avait succédé au gouverneur démissionnaire de l'Oregon, l'an dernier, est devenue la première gouverneure ouvertement bisexuelle à remporter une élection dans tout le pays.

Un précédent au Minnesota

Dans un des Parlements d'État, au Minnesota, une nouvelle élue démocrate de 34 ans, musulmane, a créé un précédent salué par plusieurs en accédant à la Chambre des représentants de l'État.

Ilhan Omar, une ancienne réfugiée, est devenue la première Somalo-Américaine élue à l'échelle du pays. Une douce revanche alors que, pendant la campagne électorale, Donald Trump avait présenté l'immigration somalienne comme un problème au Minnesota.

Selon le Washington Post, 40 femmes autochtones ont en outre été élues aux parlements d'État.

Et pour la suite des choses? « Il faut faire plus pour s'assurer que les femmes briguent des postes électifs à tous les niveaux », estime Debbie Walsh. « Quand les femmes se présentent, elles gagnent dans les mêmes proportions que les hommes », insiste-t-elle. Mais elle craint néanmoins que la défaite d'Hillary Clinton soit un frein à leur désir de se lancer en politique.

« Les femmes n'ont pas encore une voix égale dans l'élaboration des politiques. Elles ne sont pas à la table décisionnelle », constate-t-elle.

À en croire ce que disait Donald Trump il y a un an, la parité ne sera pas non plus au rendez-vous dans son Cabinet. « Je ne voudrais pas ça. Parce que je vais vous dire : je veux la meilleure personne à chaque poste. Je vais nommer les meilleures personnes pour le job », avait-il averti.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu'est-ce qui se passe quand tu fais une détox de cellulaire?