L'avenir s'annonce-t-il sombre pour les libertés et les droits garantis en vertu de la règle « un pays, deux systèmes », qui a encadré la rétrocession à la Chine par le Royaume-Uni il y a 20 ans? C'est du moins l'inquiétude d'une bonne partie des Hongkongais qui réclament plus de démocratie et qui accusent Pékin d'ingérence.

Les déclarations du président chinois Xi Jinping, le 1er juillet, n'ont rassuré en rien les Hongkongais. Le président chinois a énuméré ce que le gouvernement central va juger dorénavant inadmissible.

Tout ce qui pourrait mettre en péril la souveraineté nationale ou défier l’autorité de Pékin. Toute utilisation de Hong Kong pour s’infiltrer en Chine continentale. Tout acte de sabotage. Autant de lignes rouges à ne pas franchir.

Xi Jinping a assuré son attachement à la règle « un pays, deux systèmes », qui garantit des libertés et un système judiciaire indépendant à Hong Kong, tout en la disant confrontée à de nouveaux défis en raison des mouvements contestataires.

Le président ne cache pas qu’il aimerait voir relancer le projet de loi de sécurité nationale. Cependant, cette tâche incombera à la nouvelle chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, dont il a présidé l’investiture.

Une loi sur la sécurité nationale, prise 2

En 2003, plus d’un demi-million de Hongkongais avaient manifesté contre ce projet de loi découlant de l’article 23 de la Loi fondamentale, la mini-constitution de Hong Kong.

Quiconque aurait été reconnu coupable de trahison, de sédition, de sécession ou de subversion aurait été passible d’une peine pouvant aller jusqu’à la prison à vie.

Les protestataires jugeaient que ce projet de loi ratissait bien trop large et ils craignaient qu'il n’entraîne des abus. Les opposants avaient réussi à faire reculer le gouvernement local.

Jean-Philippe Béja, sinologue et directeur de recherche émérite au CNRS de Paris, explique que Pékin essaie d’identifier l’ensemble des oppositions, des plus modérées aux plus radicales, afin de montrer que l’on ne peut pas discuter avec eux.

« C’est une politique à très courte vue. Dans ces conditions, elle risque de créer beaucoup d’hostilité de la part de la population de Hong Kong », dit-il.

Que Pékin hausse le ton galvanise des militants comme Nathan Law. Il est l’une des figures de proue du mouvement prodémocratie. Il s’était illustré durant la révolte des parapluies de 2014 qui avait réclamé en vain un véritable suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif.

Le jeune député hongkongais – il a 23 ans – affirme que les propos de Xi Jinping traduisent la ligne dure de longue date de Pékin pour priver les citoyens de leurs droits.

« C’est pourquoi il faut s’accrocher, persévérer », lance-t-il, en marge de la marche traditionnelle prodémocratie du 1er juillet.

Martin Lee voyait la ligne rouge tracée samedi par Xi Jinping se dessiner depuis quelque temps déjà. L’avocat, qui a été député pendant 22 ans, est le fondateur du Parti démocrate de Hong Kong. Il était membre du Conseil législatif qui avait été démantelé le 1er juillet 1997, lors de la rétrocession.

Lorsque nous l’avons rencontré, la semaine dernière, Martin nous expliquait qu’il trouvait inquiétantes plusieurs déclarations de hauts dirigeants chinois.

Martin Lee ne croit pas que la vraie démocratie soit implantée à Hong Kong, selon lui, cette promesse contenue dans la règle « un pays, deux systèmes » n’est pas tenue, pour l’instant.

La loi sécuritaire en retour du suffrage universel?

Regina Ip, une députée pro-Pékin, réfute l’argument voulant qu’il y ait une érosion des libertés à Hong Kong. Elle cite en exemple le fait que le Conseil législatif soit composé de personnes élues plutôt que nommées.

Elle présente comme des « cas isolés de personnes ayant contrevenu aux lois en Chine continentale » les incidents qui inquiètent une partie des Hongkongais, par exemple la « disparition » de cinq libraires qui vendaient des ouvrages déplaisants à Pékin.

Regina Ip était secrétaire à la Sécurité lors de la première tentative en 2003 d'imposer la loi sur la sédition, la trahison, la sécession et la subversion. Et elle avance que si Hong Kong l'applique cette fois, le territoire s'attirerait la confiance de Pékin qui dirait alors oui au suffrage universel réclamé par les militants prodémocraties.

Des préoccupations quant à la préservation de la culture hongkongaise

Dire que la méfiance à l'égard de Pékin règne chez les prodémocrates est un euphémisme. Et c'est encore en deçà de la vérité chez des Hongkongais comme Angela.

L'étudiante de 19 ans veut que le territoire soit maître de son avenir. Elle prône l'indépendance. Elle fait partie de la faction indépendantiste des localistes, ce mouvement né dans la foulée de la révolte des parapluies de 2014.

Elle tient un exemplaire des dépliants qu’elle a tenté de distribuer à son école l’automne dernier, ce qui lui a d’ailleurs valu de perdre des amis et d’être en froid avec son père, entre autres.

Elle en lit un passage, qu’elle a elle-même rédigé : « De quoi sera fait l’avenir? Est-ce que dans 30 ans, nous entendrons parler cantonais ou mandarin à la télévision? Est-ce que les sous-titres seront en chinois traditionnel [l'usage à Hong Kong] ou en chinois simplifié [l'usage en Chine continentale]? Est-ce que les produits seront vendus en yuan ou en dollar de Hong Kong? »

C’est un résumé de plusieurs inquiétudes entendues chez des Hongkongais que nous rencontrons depuis une semaine.

Plusieurs dénoncent également la volonté d’imposer des cours « d’éducation patriotique », qui sont perçus comme une sorte de lavage de cerveau afin que la population se sente davantage chinoise.

Les partisans de Pékin, comme ceux croisés à un rassemblement tenu tout près de l’hôtel où logeait le président Xi, ne trouvent que des bienfaits à l’inclusion de Hong Kong à la Chine.

Joseph affirme que le territoire profite du développement économique de l’Empire du Milieu. Les inégalités sociales se sont toutefois creusées et la place économique de Hong Kong s'est beaucoup réduite depuis 1997 en matière de PIB. Il représentait alors presque 20 % de celui de la Chine, tandis que ce n'est plus que de 3% environ aujourd'hui.

Li arbore fièrement un badge d’une association qui unit Hong Kong à une ville de la Chine continentale. Plusieurs Chinois participent à ce rassemblement.

Carrie Lam a promis d’unir les Hongkongais, profondément divisés. Une tâche titanesque, sinon irréaliste, pour la chef de l’exécutif dont l’élection est contestée par une partie de la population.

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