Pas moins de 127 cm de pluie se seront abattus sur Houston au terme du passage de la tempête Harvey et selon Isabelle Thomas, professeure à l'Université de Montréal, cette ville s'en tirerait mieux si elle avait été aménagée de manière à absorber l'eau plutôt qu'à s'en protéger à tout prix.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Isabelle Thomas a vécu un an à Houston. Cette spécialiste des risques et des enjeux en aménagement urbain y avait été déplacée après que sa maison de La Nouvelle-Orléans eut été inondée jusqu'au toit, en raison du passage de l'ouragan Katrina. C'était en 2005.

Or, à Houston, la professeure montréalaise a été accueillie, si l'on peut dire, par l'ouragan Rita.

Avec Antonio Da Cunha, Isabelle Thomas publie ces jours-ci, aux Presses de l'Université de Montréal, La ville résiliente, comment la construire. En entrevue sur ICI Première et sur ICI RDI, elle s'est dite surprise que Houston n'ait pas davantage appris des leçons de 2005.

Résultat : « Houston met ses citoyens en danger parce qu'ils sont complètement piégés dans une situation absolument catastrophique », se désole-t-elle. Jusqu'ici, les autorités rapportent 13 décès liés ou soupçonnés d'être liés au passage de l'ouragan Harvey, maintenant tempête tropicale. Plus de 3500 personnes ont été secourues en date du 29 août.

Quatrième métropole des États-Unis après New York, Los Angeles et Chicago, Houston « est une ville de la démesure », selon Isabelle Thomas.

Fondée en 1836 et dotée du second port en importance du pays, Houston s'étale dans la plaine côtière du golfe du Mexique « sans barrières topographiques », décrit la professeure de l'UdeM.

Avec les précipitations des derniers jours, « cette eau s'écoule et, avec la gravité, s'accumule dans les cuvettes, ce qui fait une catastrophe », explique Isabelle Thomas.

Du béton qui n'éponge rien

Car Houston a été pensée en fonction du béton et de l'asphalte; l'automobile y est reine et les infrastructures routières n'ont de cesse de « rattraper » les quartiers résidentiels.

De dire Isabelle Thomas : « Beaucoup d’aménageurs développent de nouveaux quartiers dans les marais [et] dans les zones inondables qui auraient pu vraiment servir d’éponges aujourd’hui pour ces inondations ».

Houston compte 2,3 millions d'habitants, 6,3 millions en incluant sa grande région métropolitaine.

Tant les gens que les infrastructures essentielles comme des hôpitaux sont ainsi exposés aux inondations, explique Isabelle Thomas. « C’est une ville vraiment imperméable, dit-elle. C’est du béton. On n’a pas favorisé les infrastructures vertes, les parcs, les corridors verts. »

« Il y a une réflexion à faire »

En termes de risques, une ville côtière comme Houston est « surexposée » aux dérèglements climatiques, affirme Mme Thomas. « On se rend compte qu’il y a une réflexion à faire sur cet ouragan Harvey, qui est majeur et qui se stabilise au-dessus du sud des États-Unis plutôt que de se déplacer vers le nord du pays », précise-t-elle.

De plus, Houston souffre en quelque sorte d'avoir trop tenté de se protéger des inondations.

Comme l'explique Isabelle Thomas, les dispositifs de protection donnent aux promoteurs et autres développeurs la fausse assurance qu'ils peuvent « urbaniser des parcelles qui vont être toujours plus vulnérables ». Et la professeure cite en exemple la rupture d'une digue, mardi, dans le comté de Brazoria, au sud de Houston, ce qui a forcé les autorités à lancer un ordre d'évacuation aux résidents de ce secteur.

Le fait de « corseter » et d'« endiguer » les villes crée un faux sentiment de sécurité, croit Isabelle Thomas, qui insiste pour que l'on change de paradigme.

Vivre avec l'eau

Pour Houston, l'épreuve causée par l'ouragan Harvey fournira peut-être l'occasion de « rebondir » en reconstruisant une ville plus durable, plus vivable, plus résiliente.

« Aux Pays-Bas et en France, on a des quartiers qui [se] construisent justement en acceptant le risque », dit la professeure de l'UdeM. L'idée est de laisser passer l’eau et de protéger le bassin versant. Les citoyens eux-mêmes doivent être appelés à jouer un rôle, dit-elle, en prévoyant sur leur propre parcelle « des systèmes d’absorption de l’eau ».

Les leçons apprises en Europe

En France, les intempéries entraînées par la tempête Xynthia avaient fait 51 morts au printemps 2010, dont 33 étaient originaires de Vendée.

Isabelle Thomas, qui revient tout juste de cette région du littoral de l'Atlantique, y a constaté des changements. « Il est vrai que les maisons vendéennes qui étaient à un étage sont maintenant construites à deux étages, cite-t-elle. Il faut absolument avoir une sortie sur le toit. »

Dans le magazine américain The Atlantic, Thomas Debo, professeur en aménagement urbain de Georgia Tech, affirme que les villes présentent trop de surfaces imperméables et trop peu de mécanismes d'évacuation des eaux.

Le professeur Debo va plus loin en décrétant que certaines régions ne devraient tout simplement pas devenir des villes. « Certains secteurs de Houston dans le canal de dérivation, d'autres secteurs de La Nouvelle-Orléans submergés par Katrina, certaines parties de la Floride... Ces endroits n'auraient jamais dû être développés au départ », dit-il.

Isabelle Thomas conclut pour sa part qu'il faut « travailler avec l'existant et éviter à tout prix de continuer à construire dans ces zones ».

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