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Human Rights Watch dénonce le populisme à la Trump

L'avertissement de Human Rights Watch est sans équivoque : les droits de la personne sont sérieusement menacés par la montée du populisme dans le monde. À commencer par les États-Unis, où Donald Trump s'apprête à entrer en fonction « à l'issue d'une campagne alimentée par la haine et l'intolérance », affirme l'organisation dans la 27e édition de son rapport annuel.

Publié jeudi, le rapport de Human Rights Watch (HRW) couvre sur près de 700 pages l'évolution, et trop souvent l'érosion, des droits de la personne dans plus de 90 pays.

Les sombres constatations des auteurs du document ne se limitent toutefois pas aux États-Unis.

L'Europe aussi assiste à la montée d'un courant populiste qui « cherche à faire porter aux migrants la responsabilité des désordres économiques », affirme le directeur exécutif de Human Rights Watch, Kenneth Roth. Et il cite en guise d'exemple la campagne du Brexit, ayant mené au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne.

La montée du populisme constitue une grave menace pour les droits humains. Donald Trump et diverses personnalités politiques en Europe cherchent à renforcer leur pouvoir en misant sur le racisme, la xénophobie, la misogynie et le nativisme, mouvement qui s’oppose à l’immigration.

Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch

Ces dirigeants populistes « prétendent que le public accepte les violations des droits humains en tant que mesures prétendument nécessaires afin d’assurer la pérennité de l'emploi, d’éviter les évolutions culturelles ou d’empêcher les attentats terroristes », affirme encore Kenneth Roth.

Mais en réalité, le mépris des droits humains constitue la voie la plus susceptible de mener à la tyrannie.

Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch

« Un dangereux engouement pour les hommes forts »

Au-delà du populisme, il existe des régimes carrément autocratiques. À ce sujet, M. Roth cite notamment la Russie de Vladimir Poutine, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ou encore la Chine de Xi Jinping. 

En Chine, par exemple, le président Jinping, préoccupé par le ralentissement de la croissance économique, a réprimé la dissidence par une répression inégalée depuis le soulèvement de la place Tiananmen, décrie Human Rights Watch

L'organisation non gouvernementale de défense des droits de la personne estime que la victoire électorale de Donald Trump reflète « un dangereux engouement pour les hommes forts » qui s'est exprimé non seulement en Russie et en Chine, mais également aux Philippines et au Venezuela. Un engouement auquel les pays occidentaux n'ont opposé qu'une « réponse inaudible », critique Human Rights Watch.

Cependant, HRW salue le travail de la chancelière allemande Angela Merkel, du président américain sortant Barack Obama et du premier ministre canadien Justin Trudeau qui n'ont pas « surfé sur la vague populiste ». Au contraire du président français François Hollande; ce dernier, déplore HRW, « s'est inspiré du Front national pour faire de la déchéance de la nationalité un point central de sa politique anti-terroriste ».

Brimer les droits, au nom de la sécurité de l'État

HRW s'intéresse aussi aux dérives que pourraient engendrer les lois antiterroristes adoptées par des pays comme le Canada, l'Australie, le Brésil, la Chine, l'Égypte, Israël, la Tunisie et l'Arabie saoudite.

Car ces législations sont parfois formulées en des termes trop vastes et trop vagues. Résultat : ces lois destinées à assurer la sécurité peuvent en réalité brimer « manifestants pacifiques, journalistes, opposants politiques, défenseurs des droits humains et membres de groupes ethniques ou religieux », prévient HRW.

Au Canada, la loi antiterroriste de 2015 érige en infraction pénale le fait de sciemment "préconiser ou fomenter la perpétration d’infractions de terrorisme en général", sans définir l’expression "infractions de terrorisme en général".

Extrait du rapport mondial 2017 de Human Rights Watch

C'est en mai 2015 que la Loi antiterroriste, aussi connue sous le nom de projet de loi C-51, a été adoptée à la Chambre des Communes par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, appuyé par les libéraux de Justin Trudeau. 

Toutefois, lors de son accession au pouvoir à l'automne 2015, Justin Trudeau s'était engagé à revoir la loi, issue du projet C-51.

En vue d'abroger ou de modifier cette loi, le gouvernement a tenu des audiences publiques un peu partout au pays, l'automne dernier.

Des pouvoirs policiers accrus

L'organisation de défense des droits de la personne note aussi que le Canada fait partie des pays ayant « élargi les pouvoirs de la police ou du renseignement pour les affaires liées au terrorisme, souvent sans supervision suffisante ».

La loi antiterroriste de 2015 au Canada permet au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) de porter un coup d’arrêt à certaines activités qu’il juge illégales, voire de passer outre la Charte canadienne des droits et libertés, pour autant que le SCRS ait obtenu un mandat lors d’une audience tenue secrète.

Extrait du rapport mondial 2017 de Human Rights Watch

Selon Letta Tayler, chercheuse senior sur les questions liées à la lutte antiterroriste au sein de HRW, les mesures destinées à lutter contre le terrorisme « ont été adoptées à la hâte par les gouvernements, au lendemain d’attaques tragiques et en l’absence de débats approfondis ».

« Au regard de l’expérience passée, cette précipitation est porteuse du risque sérieux que le caractère exceptionnel de ces mesures ne devienne la norme sans avoir fait l’objet d’un examen public attentif et sans tenir compte de leur impact à long terme », écrit la chercheuse.

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