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Human Rights Watch salue ceux qui s’élèvent contre le populisme autoritaire

Dans son Rapport mondial 2018, l'organisme de défense des droits et libertés souligne le travail accompli dans plusieurs pays, dont le Canada, pour combattre la montée de l'intolérance et de la xénophobie canalisée par des gouvernements populistes qui s'attaquent aux minorités et aux droits de la personne.

Un texte de Stéphane Bordeleau

Selon Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW), l’arrivée à la présidence des États-Unis de Donald Trump, en novembre 2016, a consacré la montée en puissance dans le monde de gouvernements populistes qui séduisent les masses en « diabolisant les minorités, en attaquant les droits de la personne et en fragilisant les institutions démocratiques ».

D’après lui, les démagogues canalisent la colère et la peur des gens face aux inégalités économiques, aux changements culturels et à la menace d'attaques terroristes pour alimenter la xénophobie, qui devient, du même coup, un puissant véhicule pour accéder au pouvoir au nom de la défense de l'identité et de la nation.

Un phénomène réversible

Cependant, constate l’organisme qui a étudié la situation dans plus de 90 pays, de nombreux gouvernements et organisations citoyennes se sont mobilisés en 2017 pour faire contrepoids à la montée des régimes hostiles aux droits.

Ce fut notamment le cas aux États-Unis, où les assauts répétés de Donald Trump contre la presse, ses déclarations à saveur raciste et ses politiques anti-immigration ont suscité de nombreux actes de résistance de la part « d'organisations populaires, de groupes de défense des droits civiques, de journalistes, d'avocats, de juges, et même d'élus appartenant au même parti que Donald Trump ».

L'exemple français

En France, les électeurs ont aussi tourné le dos au populisme xénophobe du Front national en élisant Emmanuel Macron à la présidence du pays, alors que l’extrême droite entrait en force au gouvernement autrichien et qu’elle gagnait du terrain lors des élections aux Pays-Bas.

Selon Kenneth Roth, Emmanuel Marcon a réussi à repousser la « campagne haineuse » du Front national en proposant aux Français une approche différente, qui soutient les principes démocratiques plutôt que de blâmer les immigrants pour les problèmes que vit le pays.

Dans son rapport, HRW constate que le courant populiste autoritaire qui se répand en Europe a également rencontré de la résistance en Pologne, où les politiques controversées du gouvernement d’Andrzej Duda, qui remet en cause des principes de l'État de droit et l'indépendance de la justice, ont soulevé de vives protestations de la part de l'Union européenne.

L’organisme de défense des droits de la personne souligne aussi la résistance des forces démocratiques au Venezuela contre les politiques autoritaires du président Nicolas Maduro qui contourne la Constitution pour asseoir son pouvoir à long terme à la tête du pays.

Les femmes ont marqué des points

Parmi les autres initiatives qui ont contribué à lutter contre le populisme autoritaire, HRW souligne entre autres la marche des femmes aux États-Unis et la naissance du mouvement #MeToo, la décision du Canada de faire de l’égalité entre les sexes un point central de ses politiques d’aide au développement ainsi que les efforts déployés par la Tunisie, la Jordanie et le Liban qui ont abrogé les lois qui permettaient aux auteurs de viols d'échapper à la justice en épousant leur victime.

Human Rights Watch applaudit également la création par les Pays-Bas, la Belgique et les pays scandinaves d’un fonds international pour compenser les réductions de budget des États-Unis dans les programmes de santé reproductive des femmes. Le Canada a également annoncé une aide internationale de 650 millions de dollars en 2017 pour favoriser l’éducation sexuelle, aider à la planification familiale et faciliter l’accès à des avortements légaux et sécuritaires.

Les droits de la personne toujours bafoués dans plusieurs pays

En dépit de ces « bonnes nouvelles », les dérives du populisme autoritaire ont malgré tout progressé dans le monde en 2017, constate Human Rights Watch, notamment en Turquie, où le président Recep Tayyip Erdogan a poursuivi les purges dans l’appareil d’État tout en poursuivant le « démantèlement » du système démocratique du pays.

L’organisme montre aussi du doigt l’Égypte, où le président Abdel Fattah Al-Sissi poursuit la répression contre la dissidence politique au nom de la stabilité et de la sécurité du pays, alors qu’en Chine, le gouvernement de Xi Jinping effectue toujours lui aussi une « répression intense » face à ceux et celles qui critiquent le régime ou qui s’opposent à ses vues.

En Iran, les autorités ont aussi violemment réprimé, fin 2017, un mouvement de contestation qui s'est étendu à travers 80 villes et communes du pays et qui s'est soldé par une vingtaine de morts et des centaines de blessés et d'arrestations.

En Russie, les « attaques en règle » du gouvernement de Vladimir Poutine contre la liberté d'expression au nom de la lutte contre l'extrémisme ont aussi été vertement dénoncées par Human Rights Watch en 2017.

En définitive, Kenneth Roth lance une mise en garde aux grandes puissances démocratiques dont les « tergiversations » créent un « vide favorable » à l’influence du discours populiste et xénophobe, mais aussi aux atrocités souvent commises en toute indifférence dans des pays comme le Yémen, la Syrie, la Birmanie ou le Soudan du Sud.

C’est d’abord aux grandes puissances démocratiques qu’il revient de dénoncer les abus et de veiller au respect du droit, rappelle HRW.

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