Des images de blindés et des bandes sonores de slogans, de tirs et de cris de l'époque : voilà entre autres ce qui attend les visiteurs d'un petit musée à Hong Kong.

La cité semi-autonome est le seul endroit en Chine où il est permis de commémorer la répression dans le sang par l’armée d’une révolte pour la démocratie sur la place Tiananmen de Pékin, le 4 juin 1989.

Les organisateurs tentent de plonger les visiteurs dans l’atmosphère de l’époque. Par exemple, en les plaçant, dès les premiers pas, devant des photos de blindés, comme ceux devant lesquels s’était tenu debout, il y a 28 ans, Wang Weilin, le jeune manifestant dont les images ont fait le tour du monde.

Plus loin, des vélos tordus et rouillés sont accrochés pour symboliser le transport des blessés, selon Lee Cheuk-yan, qui était sur place et qui est le secrétaire de l’Alliance de soutien des mouvements démocratiques de Chine qui finance ce musée.

Dans une première salle où il y a notamment une civière, il explique que l’Alliance a voulu illustrer la grève de la faim qu’ont menée des manifestants et des étudiants, avec le slogan : « Maman, j’ai faim, mais je ne peux manger ».

Plus loin, il y a des tentes. Lee Cheuk-yan raconte qu’il y avait un débat à l’époque chez les manifestants qui avaient commencé à s'y rassembler à la mi-avril : « doit-on quitter Tiananmen ou non? ».

Devoir de mémoire et poursuite du combat

En plus de réclamer un changement politique en Chine, l'Alliance veut que Pékin traduise en justice les responsables de la répression de la place Tiananmen. Les militants exigent aussi du parti communiste qu'il dise exactement combien il y a eu de victimes, de morts. Différents organismes de défense des droits croient qu'il y en aurait eu des centaines, voire des milliers lors de la répression violente qui s'est déroulée dans la nuit du 3 au 4  uin 1989.

Jusqu’ici, aucun chiffre officiel n'a été dévoilé. Le sujet est d'ailleurs tabou en Chine. Vendredi dernier, le ministère des Affaires étrangères a répété que le pays avait depuis longtemps tiré ses propres conclusions sur les événements de l’époque. Une porte-parole a dit souhaiter que l’on s’intéresse davantage aux multiples changements positifs au sein de la société chinoise.

Catherine, une Hongkongaise venue visiter le musée avec une amie, trouve important d’en savoir plus sur un événement qui s’est déroulé l’année de sa naissance.

Elle croit que, de nos jours, il est délicat d’aborder un sujet sensible qui parle en mal du pouvoir en Chine, dit-elle. Elle affirme qu'il faut du courage pour organiser une telle exposition.

L’endroit où se trouve ce June 4th Museum est plutôt confidentiel, niché à l’étage d’un centre culturel et artistique. Il s'agit d'un emplacement temporaire.

L’Alliance dit avoir dû quitter son local permanent, qui avait une meilleure visibilité, sous la pression d’autres propriétaires motivés, à son avis, par des raisons politiques.

Pour Lee Cheuk-yan, cela illustre à quel point les libertés sont menacées à Hong Kong par le pouvoir à Pékin.

Ces libertés d’expression et d’association avaient été promises au territoire lors de la rétrocession à la Chine par la Grande-Bretagne, le 1er juillet 1997.

Les militants citent comme preuve de menaces l’interpellation récente de plusieurs partisans hongkongais prodémocratie ou encore le fait que la nouvelle chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, ait été désignée par le parti communiste à Pékin, lors d’élections qui n’étaient pas un véritable suffrage universel.

Lee Cheuk-yan assure que son mouvement compte profiter de la veillée aux bougies qu'il organise ce dimanche soir sur la place Victoria à Hong Kong, comme depuis 28 ans pour commémorer le 4 juin 1989, afin d'exprimer son mécontentement et son inquiétude à l’approche du 20e anniversaire de la rétrocession.

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