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« Il n'y aura plus de guerre sur la péninsule coréenne », déclarent les leaders des deux Corées

Au terme d'un sommet historique fort en symboles tenu à Panmunjom, dans la zone démilitarisée, le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in se sont formellement engagés vendredi à oeuvrer en faveur « de la paix, de la prospérité et de l'unification de la péninsule coréenne ».

« Les deux leaders déclarent solennellement devant les 80 millions de Coréens et le monde entier qu'il n'y aura plus de guerre sur la péninsule coréenne et qu'une nouvelle ère de paix a commencé », affirment-ils en préambule d'une déclaration commune publiée par la présidence sud-coréenne.

Ils « partagent l'engagement ferme de mettre rapidement fin aux divisions et aux confrontations qui constituent un vestige de la guerre froide », ajoute le texte, afin « d'aborder audacieusement une nouvelle ère de réconciliation, de paix et de prospérité nationale » et « d'améliorer et de cultiver les relations intercoréennes d'une manière plus active ».

Le document détaille ensuite une série de mesures visant à rétablir les relations entre les deux pays, à encadrer des discussions visant à mettre un terme aux tensions militaires de part et d'autre du 38e parallèle et à parvenir, en bout de piste, à un « régime de paix » sur la péninsule.

Après avoir signé cette « déclaration de Panmunjom », au terme d'une journée de chaleureux témoignages d'amitié, MM. Kim et Moon se sont donné l'accolade. Ils se sont ensuite réunis en soirée pour un banquet en compagnie de leurs épouses, avant que le président Kim ne prenne le chemin du retour.

Les deux Corées se concerteront étroitement pour s'assurer de ne pas « répéter le passé malheureux qui a vu tourner court de précédents accords intercoréens », a assuré de son côté Kim Jong-un.

Techniquement, les deux pays sont toujours en guerre, puisque la guerre de Corée (1950-1953) s'est conclue par un armistice signé par la Corée du Nord, la Chine et les États-Unis, au nom du commandement unifié des forces militaires multinationales soutenant la Corée du Sud.

À ce sujet, la déclaration de Panmunjom souligne que les deux pays « affirment le principe de déterminer la destinée de la nation coréenne de leur propre chef ». Ils n'en conviennent pas moins « de rechercher activement des rencontres triparties comprenant les deux Corées et les États-Unis, ou quadripartites comprenant les deux Corées, les États-Unis et la Chine, en vue de déclarer la fin de la guerre et d'établir un régime de paix permanent et solide ».

Une série de mesures précises

Au-delà des déclarations d'intention, la déclaration de Panmunjom comprend plusieurs mesures précises visant à parvenir aux objectifs poursuivis. Parmi ceux-ci :

  • la tenue de « discussions régulières et franches, par des rencontres et par liaison téléphonique directe, sur des questions vitales pour la nation, pour renforcer la confiance mutuelle » et « l'élan positif » vers l'avancement des relations intercoréennes « de même que la paix, la prospérité et l'unification de la péninsule coréenne ». Le président Moon a d'ailleurs « accepté de se rendre à Pyongyang cet automne »;
  • la mise en oeuvre de tous les accords et de toutes les déclarations entre les deux pays, dont l'implantation d'une série d'ententes de nature économique déjà convenues en octobre 2007. Cela inclut aussi le projet de développer des liens routiers et ferroviaires liant Séoul, en Corée du Sud, à Sinuiju, située dans le nord-ouest de la Corée du Nord, à la frontière chinoise;
  • la cessation complète de « tous les actes hostiles dans tous les domaines, notamment sur la terre, sur la mer et dans les airs » qui pourraient être source de tensions militaires et d'affrontements, et la fin de la propagande diffusée par des haut-parleurs le long de leur frontière commune. Des accords de non-agression sont mis en oeuvre et les deux conviennent de se démilitariser de manière progressive;
  • la poursuite d'un « objectif commun d'obtenir, au moyen d'une dénucléarisation totale, une péninsule coréenne non nucléaire » et la recherche active du « soutien et de la coopération de la communauté internationale » en vue de cet objectif;
  • la création d'une zone de paix maritime à la Ligne de limite du Nord, qui constitue la frontière maritime entre les deux pays en mer Jaune, afin d'empêcher les accrochages militaires et de garantir la sécurité des activités de pêche;
  • la création d'un groupe mixte de liaison doté de bureaux dans la région de Kaesong, située en Corée de Nord, près de la frontière avec le Sud, visant à faciliter les échanges et la coopération (Kaesong est une zone économique spéciale qui a accueilli pendant plusieurs années des usines gérées par des industriels sud-coréens, mais employant des Nord-Coréens);
  • la tenue d'échanges, de visites et d'entretiens au plus haut niveau, dont la tenue d'activités conjointes réunissant les gouvernements centraux et régionaux, des parlementaires, des partis politiques et des organisations civiles à des dates symboliques. Cela inclut des participations conjointes à des événements sportifs, comme cela s'est produit lors des Jeux olympiques de Pyeongchang;
  • la résolution de problèmes humanitaires engendrés par la division de la péninsule coréenne, dont les enjeux entourant la réunion de familles séparées par la guerre, en collaboration avec la Croix-Rouge intercoréenne. Une première réunion aura lieu le 15 août, Jour de la libération nationale du joug japonais.

Un sommet salué de toutes parts

Le président américain Donald Trump, qui doit aussi rencontrer Kim Jong-un fin mai ou début juin, n'a pas tardé à saluer sur son compte Twitter les derniers développements, tout en demeurant prudent.

M. Trump s’est également exprimé vendredi, soulignant « l'enthousiasme » de Pyongyang en faveur d'un accord tout en avertissant qu'il ne se ferait « pas avoir » par Kim Jong-un avant leur rencontre très attendue.

« Nous allons, je pense, parvenir à une solution. Et sinon, nous quittons la salle. Avec grand respect », a déclaré le président Trump depuis le bureau ovale.

Répondant aux journalistes à la Maison-Blanche, le président Trump s’est montré optimiste. Il a affirmé : « Je ne crois pas qu'il n'y ait jamais eu cet enthousiasme de leur part pour parvenir à un accord ».

Tout en déclarant que le Canada voit d'un bon œil cette volonté de parvenir à une solution diplomatique, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, appelle à la prudence et souligne qu’il faut s'assurer que les pourparlers historiques entre les deux Corées mènent bien à la dénucléarisation de leur péninsule.

« La Chine applaudit l'étape historique franchie par les deux dirigeants, nous admirons le courage et la résolution politique dont ils ont fait montre », a pour sa part déclaré une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, en conférence de presse.

Le gouvernement chinois, qui est le principal soutien diplomatique et économique de Pyongyang, espère que cette rencontre « portera des fruits positifs » et ouvrira « une nouvelle voie vers une paix et une stabilité durables dans la péninsule », a-t-elle ajouté.

« Je veux saluer ce pas positif vers une résolution d'ensemble de plusieurs questions concernant la Corée du Nord », a commenté le premier ministre japonais Shinzo Abe à la presse. « Nous espérons fortement que la Corée du Nord va engager des actions concrètes par cette rencontre et au travers d'un sommet entre les États-Unis et la Corée du Nord ».

« Ce sont des nouvelles très positives! », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Ce « dialogue direct » entre les deux leaders coréens « ouvre certaines perspectives », a-t-il dit, tout en jugeant « prématuré » de parler d'une éventuelle signature d'un traité de paix.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a salué le « courage et le leadership » qui ont permis de parvenir à la déclaration de Panmunjom, a fait savoir son porte-parole, Stéphane Dujarric.

Il demande maintenant aux parties de « rapidement mettre en œuvre » toutes les mesures visant à bâtir des relations de confiance et la réconciliation intercoréenne afin d'établir « un dialogue sincère » et d'effectuer des « progrès vers une paix durable et une dénucléarisation vérifiable de la péninsule coréenne ».

Franchir des frontières

Plus tôt dans la journée, Kim Jong-un et Moon Jae-in se sont serré la main dans la zone démilitarisée, chacun de son côté du muret de béton qui marque la séparation des deux Corées.

Avant le début des discussions officielles, l'homme fort de la Corée du Nord a traversé la frontière pour fouler le sol sud-coréen à Panmunjom, le « village de la trêve », un symbole de détente.

« Je suis heureux de vous rencontrer », a lancé Moon Jae-in à Kim Jong-un en guise d'accueil.

Les deux hommes se sont ensuite rendus à la Maison de la paix, une structure de verre et de béton située dans la partie sud du village de Panmunjom, où l'armistice fut signé.

Le dirigeant nord-coréen s'est dit « inondé par l'émotion ».

À l’instar de l'agence officielle nord-coréenne KCNA, qui annonçait des discussions « en toute franchise », Kim Jong-un s’est dit engagé à garder « un état d'esprit franc, sérieux et honnête ».

Ce dernier, qui a été derrière l’accélération du programme nucléaire et balistique de la Corée du Nord depuis son arrivée au pouvoir en 2011, est le premier leader nord-coréen à mettre le pied en Corée du Sud depuis 65 ans.

À l'issue de la rencontre matinale, Kim Jong-un a franchi à nouveau la frontière, accompagné d'une dizaine de gardes du corps.

En après-midi, les dirigeants se sont retrouvés pour planter un pin. Selon Séoul, cet arbre représente « la paix et la prospérité sur la ligne de démarcation militaire, qui est le symbole de la confrontation et de la division depuis 65 ans ».

Les deux premiers sommets intercoréens, en 2000 et 2007, avaient eu lieu à Pyongyang, en Corée du Nord.

Vers une rencontre avec Trump

Le sommet organisé vendredi avec le président sud-coréen doit ouvrir la voie à une autre rencontre très attendue : celle réunissant Kim Jong-un et le président américain Donald Trump.

C'est ce sommet, prévu fin mai ou début juin, qui inquiète davantage Benoît Hardy-Chartrand, spécialiste de la Corée du Nord et chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand. C’est là, croit-il, qu'il y a « beaucoup plus de risques de déraillement des pourparlers ».

En réaction aux discussions intercoréennes à Panmunjom, Washington a dit souhaiter que le sommet mène à « un avenir de paix ». Dans un communiqué, la Maison-Blanche espère que les pourparlers permettront « d'aller vers un avenir de prospérité pour toute la péninsule coréenne ».

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