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Ingérence russe : Facebook, Twitter et Google épinglés pour leur mollesse au Congrès

La comparution de hauts responsables de Facebook, Google et Twitter devant trois commissions du Congrès américain, mardi et mercredi, a permis d'en apprendre un peu plus sur la nature et l'ampleur de l'ingérence russe dans la vie politique américaine. Les solutions pour contrer cette influence demeurent cependant incertaines. Tour d'horizon.

Selon de nouveaux chiffres publiés en marge de ces comparutions, mardi devant les élus de la commission judiciaire du Sénat et mercredi devant les commissions du renseignement du Sénat et de la Chambre, l’influence russe s’est avérée plus importante que prévu. Ainsi :

  • Facebook a identifié 80 000 publications soupçonnées d’être liées à des intérêts russes, qui ont été vues de prime abord par 29 millions d’Américains. Avec les partages et les commentaires, la portée de ces publications a atteint 126 millions d’utilisateurs entre janvier 2015 et août 2017.
  • Twitter a recensé 36 746 comptes automatiques (bots) liés à la Russie, ayant publié 1,4 million de tweets portant sur les élections entre le 1er septembre et le 15 novembre 2016; ces messages ont pu être vus 288 millions de fois en bout de piste.
  • Google a identifié 18 comptes YouTube ayant mis en ligne 1108 vidéos totalisant 43 heures de matériel, qui ont été visionnées 309 000 fois entre juin 2015 et novembre 2016.

Ces nouvelles données ont donné lieu à quelques actes de contrition de la part des trois géants d’Internet, qui étaient représentés non pas par leurs plus hauts dirigeants, mais par leurs directeurs des services juridiques, une situation qui leur a attiré des critiques bien senties.

L'autodiscipline plutôt qu'une nouvelle loi

« Nous avons manqué des signaux », a par exemple reconnu Colin Stretch, le directeur juridique de Facebook. « L’ingérence étrangère que nous avons vue est répréhensible et scandaleuse, et elle ouvre un nouveau front pour notre entreprise, notre secteur et notre société », a-t-il aussi dit.

La compagnie, qui compte aujourd’hui 2 milliards d’utilisateurs dans le monde, a d’ailleurs été la principale cible des élus des deux partis, qui n’ont pas raté l’occasion de ventiler leurs frustrations.Le sénateur démocrate Al Franken s’est montré particulièrement mordant dans ses remarques. « Comment Facebook, qui s’enorgueillit d’être capable d’analyser des milliards de données, […] trouve-t-il le moyen de ne pas se rendre compte que les publicités électorales, payées en roubles, venaient de Russie? », a-t-il notamment lancé.

M. Stretch s’est défendu en soulignant qu’il serait « relativement facile » pour des acteurs mal intentionnés de payer des publicités dans une autre devise.

« Comment faites-vous si une société américaine bidon […] qui a une boîte postale comme adresse vient dépenser 50 millions de dollars pour manipuler les résultats d’une élection », s’est aussi fait demander le directeur juridique de Twitter, Sean Edgett. « Je pense que c’est un problème », a-t-il admis. « Nous allons devoir trouver un bon système pour comprendre qui sont vraiment ces clients. »

Colin Stretch a également admis que Facebook n’a « pas la capacité de savoir qui est chacun de ces annonceurs, là, aujourd’hui, maintenant », confirmant du coup qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire avant que sa firme soit en mesure d’identifier le véritable commanditaire d’une publicité.

Les représentants et les sénateurs des deux partis ont profité de ces comparutions pour interroger les directeurs des services juridiques sur un projet de loi sur les « publicités honnêtes », qui imposerait des règles contraignantes pour mieux contrôler les publicités politiques.

Ces règles permettraient de soumettre les géants d’Internet aux mêmes règles qui s’appliquent pour les publicités diffusées dans les médias traditionnels, qu’il s’agisse de la presse écrite ou électronique.

Les trois hommes se sont cependant montrés peu favorables à une telle approche, prônant l’autodiscipline et mettant de l’avant les différentes actions que leurs entreprises ont déjà mises de l’avant ou qui sont sur le point de l’être. « Le problème dépasse telle ou telle entreprise », a notamment argué Colin Stretch de Facebook.

Ce dernier a également fait valoir que Facebook entendait trouver un moyen de renforcer le contrôle de l’identité des annonceurs et de donner plus d’informations sur les commanditaires de publicités, surtout si elles sont de nature politique. La firme compte aussi renforcer son équipe de modération avec 1000 employés de plus au cours des prochains mois.

« C’est à vous d’agir, sinon nous agirons », a lancé la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, qui représente notamment les électeurs de la Silicon Valley.

« Le Congrès ne va pas prescrire des algorithmes, alors il y a des limites à ce que nous pouvons raisonnablement faire », a toutefois admis le représentant démocrate Adam Schiff, après la comparution des trois directeurs des services juridiques devant la commission du renseignement de la Chambre des représentants.

Des ingérences toujours en cours

Les audiences ont par ailleurs permis de montrer quelques exemples illustrant comment des trolls, liés notamment à l’Internet Research Agency, une société de Saint-Pétersbourg liée aux services de renseignements russes, se sont ingérés dans la vie politique américaine.

Leur approche consistait essentiellement à publier des articles sur des sujets de société susceptibles de créer des divisions – l’immigration, le racisme, les brutalités policières, les armes et l’islam –, et non pas à diffuser du matériel portant directement sur le républicain Donald Trump ou son adversaire démocrate Hillary Clinton.

Un exemple parmi d’autres : un groupe baptisé Heart of Texas a « organisé » un événement destiné à « stopper l’islamisation du Texas » le 21 mai 2016; un autre, United Muslims of America, invitait parallèlement les Texans à se présenter au même endroit et à la même heure pour « sauver la connaissance islamique ».

Les deux événements, qui ont coûté 200 $ US en publicité, n’étaient en fait que de pures inventions russes. Elles ont tout de même attiré des manifestants et des contre-manifestants, qui se sont affrontés sous le regard de journalistes locaux, qui ont rapporté l’événement.

La publication de tels messages se poursuit d’ailleurs toujours. Les audiences ont par exemple braqué les projecteurs sur le fait que des comptes russes ont tweeté des messages appuyant ou critiquant les joueurs de football qui s’agenouillent pendant l’hymne national américain pour protester contre la situation des Noirs aux États-Unis.

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