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« J'espère bien qu'il y a des enregistrements », dit Comey de ses entretiens avec Trump

Dans le témoignage très attendu qu'il a livré jeudi devant le comité du renseignement du Sénat américain, l'ex-directeur du FBI James Comey affirme avoir consigné, par écrit, le contenu des neuf entretiens qu'il a eus avec Donald Trump, parce qu'il craignait que le président « puisse mentir » à leur sujet.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Cette comparution de l’ancien patron de la police fédérale américaine est cruciale pour l’enquête du comité sur une possible ingérence russe durant la campagne présidentielle.

James Comey, brutalement limogé par le président Trump le 9 mai dernier, a déclaré devant les sénateurs jeudi qu’il n’avait « aucun doute » que les Russes avaient interféré dans cette campagne.

L’ex-patron du FBI a précisé n’avoir pas de doute, non plus, que le gouvernement russe « était derrière » les intrusions visant le Comité national démocrate et les fuites subséquentes dans les médias.

La première des cyber-intrusions a eu lieu à la fin de l’été 2015, a rapporté James Comey.

M. Comey, qui témoigne à titre de simple citoyen, s’est dit par contre convaincu qu’aucun bulletin de vote n’avait été altéré durant le scrutin de 2016.

Par ailleurs, il nie catégoriquement que le président Trump, ou qui que ce soit d'autre de son administration, lui ait explicitement demandé de mettre un terme à l'enquête sur la présumée ingérence russe.

Par contre, James Comey affirme que Donald Trump lui a donné la « directive » d'abandonner toute investigation liée à son ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, figure clé tant dans les enquêtes du Congrès et dans celle du FBI. « Cela aurait pour effet de mettre un terme à une enquête criminelle en cours, a déclaré James Comey. Je n'ai pas obéi. »

Des délits potentiels sérieux

La quinzaine de sénateurs qui ont écouté au Congrès M. Comey - New-Yorkais et avocat de formation - tenteront de déterminer si les multiples requêtes de M. Trump à son endroit constituent une interférence politique et une entrave à la justice.

C'est à la suite d'un délit aussi sérieux que le Congrès avait lancé une procédure de destitution contre les présidents Richard Nixon et Bill Clinton, par le passé.

C'est la première fois que l’ancien directeur du FBI s'exprime publiquement depuis son congédiement. Son témoignage de deux heures et quarante minutes s'est déroulé devant une salle comble et a été retransmis sur toutes les grandes chaînes américaines.

Des mémos détaillés

C’est à la suite de sa toute première rencontre avec le président désigné, le 6 janvier, que James Comey a décidé de noter par le menu détail ses échanges avec Donald Trump.

Pourquoi? « En raison des circonstances, des sujets qui étaient discutés et de la nature de la personne avec qui j'en discutais », a expliqué James Comey.

Les circonstances, d’abord : « J’étais seul avec le président désigné », a dit James Comey. À la suite d’une réunion le 14 février dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, Donald Trump avait même demandé aux autres participants de sortir de la pièce, y compris le procureur général, supérieur hiérarchique de James Comey.

« À mon avis, il [le procureur général] avait le sentiment qu’il ne devait pas sortir, ce qui explique pourquoi il s’est attardé dans la pièce », a raconté James Comey au comité.

Ensuite, « la nature de la personne » qu’est Donald Trump : « J’étais honnêtement préoccupé qu’il puisse mentir à propos de la nature de nos échanges », a dit James Comey.

Nommé en 2013, l’ex-directeur de la police fédérale des États-Unis affirme n’avoir jamais éprouvé jusque-là le désir de documenter une rencontre qu’il avait eue - à titre de sous-procureur général - avec George W. Bush. Il n’avait pas non plus créé de mémos à la suite de ses deux rencontres avec Barack Obama.

Mais avec Donald Trump, « c’était difficile », de dire James Comey.

Des mémos coulés aux médias par l'entremise d'un ami

L'ancien patron du FBI a avoué avoir organisé la fuite des notes de ses rencontres avec M. Trump à la presse américaine. Il les a remises à un ami, professeur d'université.

Il en a décidé ainsi après que Donald Trump eut laissé entendre, le 12 mai, dans un tweet, qu'il existait des enregistrements de ces discussions susceptibles de contredire ces notes.

« En tant que simple citoyen, j'ai senti que j'avais la liberté de le faire, dit-il. J'ai pensé qu'il était très important que ça sorte. »

James Comey a admis durant son audition qu'il voulait, par cette fuite, précipiter la nomination d'un procureur spécial. De fait, le département de la Justice a nommé le 17 mai ce procureur spécial, Robert Mueller. Ce dernier est désormais en possession de ces notes, selon James Comey.

Donald Trump réplique par la bouche de son avocat

Dans un point de presse à Washington, peu après le témoignage de James Comey, l'avocat de Donald Trump a évoqué de possibles poursuites contre l'ancien patron du FBI pour les fuites aux médias qu'il admet avoir orchestrées.

L'avocat Marc Kasowitz a par ailleurs souligné que James Comey avait finalement confirmé publiquement que « le président ne faisait pas l'objet d'une enquête » concernant la présumée interférence russe.

Enfin, Me Kasowitz assure qu'en aucun temps Donald Trump n'a réclamé de James Comey qu'il fasse preuve de « loyauté », comme l'affirme ce dernier.

Jeudi, Donald Trump se trouvait à un sommet rassemblant gouverneurs et maires. Sans faire référence aux révélations de l'ex-patron du FBI, le président a lancé : « Nous allons nous battre et gagner ».

Le président « n'est pas un menteur », a pour sa part affirmé jeudi une porte-parole de la Maison-Blanche. « Franchement, je me sens insultée par cette question », a rétorqué Sarah Huckabee Sanders.

« L'impression que quelque chose d'important allait arriver » - James Comey

Donald Trump a soulevé le sujet de Michael Flynn en privé, avec James Comey, après avoir requis de tous les participants qu'ils quittent le bureau ovale, le 14 février dernier, soit au lendemain de la démission de M. Flynn.

Avant même que le président prononce le nom de son ancien conseiller à la sécurité nationale, le patron du FBI dit avoir eu « l'impression que quelque chose d'important allait arriver » et qu'il devait « se souvenir de chacun des mots qui allaient être prononcés ».

« J'ai 56 ans », a dit James Comey, signifiant par là que son expérience lui intimait la prudence.

D'après le compte-rendu de James Comey, Donald Trump lui a affirmé : « J'espère que vous pourrez trouver une façon d'abandonner cela, de lâcher Flynn ». Des mots que le patron du FBI d'alors a interprétés comme « une directive ».

Michael Flynn se trouvait alors « en danger au plan judiciaire », a expliqué James Comey devant le comité sénatorial. Une enquête du FBI était en cours relativement aux déclarations faites par Michael Flynn à ses contacts russes et sur le fait même qu'il entretenait ces contacts.

Au président du comité qui lui demandait si, à son avis, Donald Trump avait tenté de faire obstruction à la justice, James Comey a répondu qu'il revient au comité de trancher si cela avait été le cas, ou pas.

« Mais pourquoi n'avez-vous pas dit au président Trump : ''ce que vous me demandez n'est pas correct''? » a demandé pour sa part la sénatrice démocrate Dianne Feinstein à James Comey. Et M. Comey de répondre qu'il n'en a pas eu la force. « J'étais abasourdi par cette conversation », a-t-il déclaré.

Des « mensonges purs et simples »

James Comey accuse l’administration Trump d’avoir, au moment de son congédiement, répandu des « mensonges purs et simples » à son endroit et d’avoir terni sa réputation, ainsi que celle du FBI.

Un congédiement qu'il attribue à « l'enquête sur la Russie ». « J'ai été limogé pour que, d'une certaine façon, il y ait du changement dans la façon dont l'enquête sur la Russie était menée », estime James Comey.

James Comey affirme que, sous sa gouverne, le moral des troupes au FBI n'était pas affaibli et qu'il n'y régnait pas de « tumulte », comme l'a affirmé Donald Trump.

Chaque jour, j'ai tenté d'« aider cette grande organisation à être meilleure », a assuré l'ex-chef de la police fédérale.

James Comey affirme que de diriger le FBI a été « le plus grand honneur » de sa vie.

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