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John Kerry à La Havane aujourd'hui pour rouvrir l'ambassade américaine

Le drapeau américain a été hissé vendredi devant l'ambassade des États-Unis à Cuba, une première depuis 54 ans, au cours d'une cérémonie symbolique du rapprochement entre les deux pays à laquelle a assisté le chef de la diplomatie américaine, John Kerry.

Trois Marines américains ont hissé la bannière étoilée sous les yeux de trois de leurs aînés, aujourd'hui à la retraite, qui l'avaient abaissée en 1961, deux ans après l'arrivée au pouvoir des révolutionnaires conduits par Fidel Castro.

Conséquence de la guerre froide et des tensions persistantes entre Washington et La Havane, le drapeau américain n'avait plus flotté depuis cette année-là devant le bâtiment situé sur le front de mer de la Havane.

John Kerry, premier secrétaire d'État américain en visite à Cuba depuis 70 ans, a déclaré lors de la cérémonie qu'il était évident à ses yeux que « le chemin de l'isolement réciproque et de la séparation qu'ont emprunté les États-Unis et Cuba n'est pas le bon ».

Dans une déclaration traduite précisément en espagnol et retransmise en direct à la télévision cubaine, John Kerry a également déclaré que Washington continuerait de plaider en faveur de réformes démocratiques à Cuba.

« Nous restons convaincus que le peuple cubain pourrait bénéficier d'une véritable démocratie dans laquelle le peuple serait libre de choisir ses dirigeants », a lancé le chef de la diplomatie américaine.

« Nous continuerons à appeler le gouvernement cubain à remplir ses obligations à l'égard de l'ONU et des dispositions sur les droits de l'homme, obligations partagées par les États-Unis et par chaque pays dans les Amériques », a ajouté Kerry.

Divergences

Répondant indirectement à son invité, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a rappelé que son pays et les États-Unis entretenaient « d'importantes divergences sur la sécurité nationale, les droits de l'homme et les modèles politiques ».

Il n'a pas manqué de souligner que les États-Unis étaient eux-mêmes confrontés à des problèmes intérieurs non résolus. « Cuba n'est pas le pays où se produisent des actes de discrimination raciale ou des brutalités policières provoquant des morts. Le territoire où des gens sont torturés et détenus dans un vide légal ne relève pas de la juridiction de Cuba », a-t-il ajouté en référence à la base militaire de Guantanamo.

Le retour symbolique du drapeau américain intervient un peu moins de huit mois après l'annonce par le président cubain, Raul Castro, et l'américain, Barack Obama, d'une reprise des relations diplomatiques.

Dans l'intervalle, Barack Obama a usé de ses pouvoirs présidentiels pour assouplir les règles en vigueur en matière de voyages et de commerce entre les deux pays mais le Congrès, contrôlé par les républicains, résiste à son appel à mettre fin à l'embargo commercial visant Cuba.

Le drapeau cubain a quant a été lui été de nouveau hissé à Washington le 20 juillet, jour de la reprise formelle des relations diplomatiques entre les deux pays.

Pour autant, la normalisation en profondeur des relations s'annonce plus complexe: Cuba réclame entre autres la fin de l'embargo, la restitution de la base navale de Guantanamo, dans l'est du pays, et la fin des émissions de radio et de télévision diffusées à Cuba depuis le sol américain.

Les États-Unis, eux, demandent au régime de Raul Castro une amélioration de la situation des droits de l'homme, la possibilité pour les réfugiés ayant obtenu le droit d'asile de revenir à Cuba et une indemnisation des Américains dont les biens ont été nationalisés lors de l'arrivée de Fidel Castro au pouvoir en 1959.

« Un honte »

Le chef de la diplomatie américaine devait rencontrer des dissidents cubains à La Havane, mais seulement après la cérémonie pour éviter de froisser les autorités locales.

Les opposants au rapprochement entamé à l'initiative de Barack Obama et de son homologue cubain ont dénoncé le manque d'égard réservé aux dissidents.

« C'est une honte que, sur le sol de notre ambassade à La Havane, le régime cubain peut dicter au gouvernement américain qui peut et qui ne peut pas assister à la cérémonie », a jugé dans un communiqué Bob Menendez, sénateur du New Jersey et lui-même d'origine cubaine.

L'ambassade américaine est restée fermée de 1961 à 1977, année de sa réouverture en tant que simple « section d'intérêts ».

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des employés ont apposé un écriteau sur lequel on peut lire « Ambassade des États-Unis d'Amérique » au-dessus de l'entrée du bâtiment.

Selon le département d'État américain, le précédent chef de la diplomatie américaine qui avait posé le pied à Cuba, avant John Kerry, était un certain Edward Stettinius, qui y avait fait une brève escale le 9 mars 1945 sur le chemin du retour d'une conférence internationale à Mexico.

La reprise des relations diplomatiques signifie que les diplomates américains pourront plus facilement se déplacer dans l'île et que leurs effectifs pourront augmenter. Cuba a déjà réduit le nombre des gardes affectés à la surveillance des activités de l'ambassade.

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