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Journalistes tués en direct : l'horreur, puis le vide

Faut-il s'étonner de la vitesse à laquelle les États-Unis sont revenus à leur train-train quotidien après l'exécution en direct de deux journalistes? Après tout, le pays est bien habitué à ce cruel rituel trop familier. Pour les caméras, les politiciens ont répété les positions de leur parti. Et rapidement, ils sont passés à d'autres questions. Comme si rien ne pouvait changer.

Un billet de Yanik Dumont Baron correspondant à Washington

Les statistiques ont été citées souvent depuis la mort d'Alison Parker et d'Adam Ward. Plus de 80 Américains sont tués par balle chaque jour. De ce nombre, une cinquantaine sont des suicides. Le reste, des meurtres.

Des homicides, il y en a plus de 10 000 chaque année aux États-Unis. Peu font la manchette. Seuls les plus grands, les plus horribles. Souvent, l'appel à « plus jamais » est entendu, répété.

Après les exécutions en direct, c'est le père de la journaliste tuée qui a pris le flambeau. « Cette fois-ci, ce sera différent. Je vous le promets. Ceux qui résistent aux contrôles plus stricts sur les armes à feu se frottent à la mauvaise famille. Nous allons changer les choses », a déclaré Andy Parker. Sa douleur de père qui a perdu sa fille est compréhensible. Son désir d'éviter une répétition aussi. Mais peut-il s'accrocher à quelque chose de concret?

Après la mort de Parker et de Ward, les démocrates ont repris les mêmes arguments pour le contrôle des armes à feu, qui ont été répétés après d'autres massacres.

« Il y a tellement de preuves, que, si les armes n'étaient pas aussi facilement accessibles, si nous vérifions les antécédents de tous les acheteurs [...], peut-être que nous pourrions prévenir ce genre de carnage », a lancé la candidate démocrate Hillary Clinton.

Même le massacre d'une vingtaine d'enfants dans une école primaire n'a pas fait bouger les choses.

De l'autre côté de l'échiquier politique, le républicain Marco Rubio répondait ce qu'aurait pu répondre n'importe quel candidat de son parti. « Ce ne sont pas les armes qui ont commis ces crimes, mais des gens. Quelle loi au monde aurait pu l'empêcher de les tuer? »

Donald Trump a tenu des commentaires semblables, en supposant que le tueur souffrait de problèmes de santé mentale.

Les victimes, des dommages collatéraux?

En deux déclarations, voici donc l'état des choses dans le monde politique américain. On veut que ça bouge d'un côté. De l'autre, on ne voit pas le problème. Bien sûr, le puissant lobby des armes à feu est pour quelque chose dans le triste record que détiennent les États-Unis, soit celui du pays occidental où le plus de gens sont tués par des armes à feu. Et de loin.

Entre ces deux camps de politiciens, il reste les proches des victimes. Des milliers d'Américains. Des gens qui font partie d'un drôle de club : celui des parents, des amis d'une personne tuée par balles.

La mère de la journaliste exécutée, Barbara Parker, s'adressait à ceux-là lorsqu'elle a lancé son cri du cœur. « Si vous êtes parent, si vous êtes mère, si vous avez des enfants, pouvez-vous regarder votre enfant dans les yeux et lui dire qu'il pourrait être un dommage collatéral parce que certaines personnes veulent conserver ce qu'elles perçoivent comme un droit constitutionnel? »

Pour les candidats républicains, il semble que la réponse est oui.

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