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Journée anti-Maduro sous haute tension au Venezuela

Des centaines de milliers de Vénézuéliens ont envahi les rues de Caracas jeudi pour réclamer la tenue d'un référendum sur la révocation du mandat du président Nicolas Maduro. Des partisans de ce dernier ont organisé une contre-manifestation, qui s'avère moins populaire.

Vêtus de blancs, agitant des drapeaux aux couleurs du pays et brandissant des pancartes où l'on pouvait lire des slogans hostiles au successeur d'Hugo Chavez, les manifestants anti-Maduro remplissaient en matinée trois grandes avenues de l'est de la capitale.

Conviés par la Table de l'unité démocratique (MUD), ils font pression pour que les autorités électorales organisent un référendum visant à mettre un terme au mandat du président, tel que le permet la Constitution du pays à la mi-mandat.

Ces autorités ont dévoilé début août un calendrier qui rend pratiquement impossible la tenue d'un tel référendum en 2016, ce qui change considérablement la donne pour les opposants, déterminés à mettre fin à 17 ans de chavisme.

Si le référendum se tient avant le 10 janvier 2017, et que M. Maduro perd, de nouvelles élections devront être organisées, comme le souhaitent les opposants. Le même résultat obtenu après cette date fatidique entraînerait plutôt l'installation au pouvoir du vice-président actuel.

« Ce que nous voulons aujourd'hui, c'est montrer que nous sommes organisés, que nous luttons pour une solution pacifique, démocratique, électorale et constitutionnelle », a expliqué le leader de l'opposition, Henrique Capriles.

Selon la MUD, 1 million de personnes sont venues réclamer du changement dans les rues de Caracas, un chiffre impossible à vérifier de source indépendante. Cela inclut notamment des Autochtones, qui ont parcouru 600 kilomètres depuis la forêt amazonienne pour être présents.

Plusieurs médias, dont l'Agence France Presse, estiment à tout le moins que des centaines de milliers de personnes étaient présentes, et Reuters avance qu'il pourrait s'agir de la plus importante manifestation du genre en une décennie.

À cette manifestation, baptisée « la prise de Caracas », les partisans du chef d'État socialiste ont répondu par une autre, surnommée « la prise du Venezuela », organisée dans le centre de la capitale. Des médias présents estiment que cette contre-manifestation est moins populaire que celle des opposants.

Habillés en rouge, couleur du chavisme, ces fidèles de Nicolas Maduro disent vouloir défendre la révolution bolivarienne chère à Hugo Chavez contre des élites cherchant, selon eux, à faire main basse sur l'industrie pétrolière.

Selon l'Institut Datanalisis, 80 % des Vénézuéliens veulent changer de gouvernement.

Les frictions entre partisans et adversaires du chavisme sont fréquentes au Venezuela et se multiplient depuis que M. Maduro a succédé à Hugo Chavez, emporté par un cancer. En 2014, des manifestations antigouvernementales s'étaient soldées par la mort de 43 personnes.

Plusieurs commerces de la capitale ont d'ailleurs fermé leurs portes de crainte que des violences n'éclatent.

Des forces de police supplémentaires ont été déployées à Caracas et de nombreux barrages routiers ont été installés sur les routes menant à la capitale, compliquant grandement la vie des manifestants qui s'y dirigeaient.

Les manifestations de jeudi n'ont cependant donné lieu qu'à quelques accrochages sporadiques jusqu'ici. Elles se déroulent tout de même sous haute tension, dans la foulée de déclarations incendiaires de M. Maduro.

Le président accuse ses adversaires de fomenter un « coup d'État », en évoquant non seulement celui mené en vain contre Hugo Chavez en 2002, mais également celui dirigé, selon lui, contre l'ex-présidente Dilma Rousseff au Brésil.

Depuis le début de la semaine, certains opposants accusés de préparer un putsch ont été incarcérés et M. Maduro a menacé d'emprisonner les dirigeants de l'opposition en cas de violence jeudi. Certains journalistes étrangers, dont ceux du Monde, ont été expulsés.

Frappé de plein fouet par la chute des prix du pétrole, le Venezuela connaît une situation économique difficile. Une récession est en cours depuis trois ans et l'inflation a grimpé en flèche, engendrant une baisse draconienne du pouvoir d'achat des citoyens.

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