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Juppé devant Sarkozy avant un premier débat de la primaire de la droite française

Les sept candidats à l'investiture de la droite française pour la présidentielle participent ce soir à un premier débat télévisé très attendu, que l'ancien premier ministre Alain Juppé aborde en favori face à l'ex-président Nicolas Sarkozy.

L'enjeu est de taille : étant donné la popularité anémique du président socialiste François Hollande et le bilan contesté de la gauche divisée, le vainqueur de la primaire de droite a de bonnes chances de faire son entrée à l'Élysée en mai prochain.

M. Juppé, 71 ans, brigue les suffrages en endossant le costume du vieux sage, expérimenté, pondéré et rassembleur. Le maire de Bordeaux courtise la droite modérée, séduit le centre et espère même convaincre des électeurs de gauche déçus par la performance de François Hollande.

Défendant un concept « d'identité heureuse », il refuse de « céder à la peur » et appelle à ne pas stigmatiser les musulmans, alors que la France se remet d'une série d'attentats terroristes sanglants.

Nicolas Sarkozy, 61 ans, mise sur son énergie et sa combativité. Il tente plutôt de récupérer une partie des électeurs tentés par le Front national de Marine Le Pen, qui est susceptible, selon les sondages, d'atteindre le second tour de la présidentielle.

Il fait campagne en misant sur la sécurité et l'identité, en évoquant la « peste noire » de l'islamisme, les « racailles » des banlieues, allant même jusqu'à évoquer les ancêtres « gaulois » des Français.

M. Sarkozy accuse son adversaire de « compromis avec la gauche »; M. Juppé dit s'interroger sur la volonté de son rival de « faire la courte échelle » au Front national, parti d'extrême droite.

Les frères ennemis

Engagés dans une course sans pitié, les deux grands rivaux de la course sont des frères ennemis de la droite dont les parcours ne cessent de se croiser depuis 40 ans.

Les deux hommes ont été repérés par Jacques Chirac dans les années 70, bien avant qu'il ne devienne président en 1995. Juppé, fonctionnaire brillant, deviendra sa plume et son conseiller de l'ombre, tandis que Sarkozy sera chargé de l'organisation des rassemblements politiques.

Après plusieurs batailles communes, les deux hommes empruntent des chemins différents lors de la présidentielle de 1995. M. Juppé y appuie son mentor, tandis que M. Sarkozy se range derrière Édouard Balladur.

Nommé premier ministre par Jacques Chirac, Alain Juppé bat vite des records d'impopularité, après avoir défendu bec et ongles des réformes sociales impopulaires, qui donneront lieu à des manifestations monstres.

Son règne se termine abruptement lorsque M. Chirac décide prématurément de dissoudre l'Assemblée nationale, pavant la voie à une cohabitation avec un gouvernement de gauche, dirigé par Lionel Jospin.

En 2004, M. Juppé est condamné à un an d'inéligibilité pour une affaire d'emplois fictifs à la maire de Paris. Il s'exile alors au Québec pour venir enseigner à l'École nationale d'administration publique (ENAP) avant de retourner en France.

Paradoxalement, il est remis en selle par Nicolas Sarkozy, après que ce dernier eut remporté la présidentielle de 2007. Il est nommé ministre de la Défense, puis ministre des Affaires étrangères.

L'heure n'est plus à la cohabitation aujourd'hui. Au cours des derniers jours, Nicolas Sarkozy, qui se présente comme le candidat du peuple, a accusé son adversaire de chercher la « bénédiction du petit Paris mondain » et a raillé son concept d'« identité heureuse ».

« Il y a parfois plus de vraie force dans la tranquillité que dans l'agitation », a rétorqué M. Juppé, en accusant son rival d'aborder les enjeux « par le petit bout de la lorgnette ».

Se moquant de la décision de M. Sarkozy de ramener sa condamnation judiciaire à l'avant-plan, il a soutenu « qu'en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu'un avenir ». Une référence à la mise en examen de l'ex-président dans l'affaire Bygmalion, qui porte sur des allégations de financement illégal lors de la campagne présidentielle de 2012.

Juppé favori

À six semaines du premier tour de scrutin, M. Juppé est clairement considéré comme le favori face à M. Sarkozy, seul candidat qui semble avoir toujours une chance de le coiffer au fil d'arrivée.

Selon un sondage OpinionWay pour Atlantico publié jeudi et effectué auprès de 700 personnes qui voteront à la primaire, Alain Juppé est crédité de 42 % des intentions de vote au premier tour, contre 28 % pour Nicolas Sarkozy.

Suivent l'ex-ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire (13 %) et l'ex-premier ministre de M. Sarkozy, François Fillon (11 %), devant trois candidats aux maigres appuis, Nathalie Kosciusko-Morizet (4 %), Jean-François Copé (2 %) et Jean-Frédéric Poisson (moins de 1 %).

Dans un second tour opposant théoriquement MM. Juppé et Sarkozy, le premier récolte 62 % des intentions de vote contre 38 % pour le second.

Le débat de deux heures, axé sur l'économie et les sujets régaliens, sera diffusé par TF1 et RTL, associés pour l'occasion au quotidien Le Figaro. Il se déroulera devant un public de 130 personnes, dont beaucoup de membres des différentes campagnes.

Soigneusement négocié, il permettra à tous les candidats de s'exprimer à tour de rôle, mais prévoit également des échanges avec droit de réplique.

« C'est la première grande vitrine de la primaire » a commenté le président du comité d'organisation, Thierry Solère. « Il faut éviter un pugilat comme aux États-Unis entre Donald Trump et Hillary Clinton, mais avoir un vrai débat démocratique, pas aseptisé, où chacun défend ses propositions. »

Selon l'institut de sondage Odexa, les Français sont essentiellement préoccupés à l'heure actuelle par le chômage (41 %), la lutte contre le terrorisme (29 %) et l'immigration (27 %), loin devant l'identité (4 %).

Deux autres débats entre les sept candidats sont prévus les 3 et 17 novembre. Un troisième, le 24 novembre, opposera les deux candidats qui auront passé le premier tour, le 20 novembre. Le deuxième et décisif tour de scrutin aura lieu le 27 novembre.

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