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Kurdes et Turcs rivalisent pour la conquête d’un bastion de l’EI

L'artillerie turque a bombardé le village de Jarablos, une position du groupe armé État islamique (EI) en Syrie, en réponse à des tirs de mortiers en provenance de cette même localité. Le bombardement survient au moment où des rebelles syriens, soutenus par Ankara, s'apprêtent à lancer une offensive, depuis la Turquie, contre les djihadistes de Jarablos.

La localité syrienne est le dernier point de passage entre les deux pays encore contrôlé par l'EI. Deux obus se sont abattus sur la municipalité turque de Karkamis, située à proximité de Jarablos, sans toutefois faire de blessé.

L'artillerie turque a répliqué en lançant une soixantaine d'obus qui ont frappé quatre positions de l'EI à Jarablos, selon l'antenne turque de la chaîne de télévision CNN.

Les bombardements turcs surviennent au moment où des centaines de rebelles syriens préparent, du côté turc de la frontière, une offensive pour prendre le contrôle de Jarablos, selon des sources rebelles et de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). 

Selon un rebelle qui s'apprête à prendre l'assaut de Jarablos, quelque 1500 hommes sont massés du côté turc de la frontière. « Le plan, c'est de prendre Jarablos et de poursuivre vers le sud [...] pour empêcher les Kurdes de faire mouvement vers le nord et de prendre d'autres villages », a-t-il ajouté.

La Turquie va apporter « toutes sortes de soutien » à l'opération en préparation l'EI ans la localité syrienne de Jarablos, a confirmé le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu. « Nous ne voulons pas de Daech [acronyme arabe de l'EI] en Irak ni en Syrie. Nous apporterons toutes sortes de soutien à l'opération [visant à chasser les djihadistes] de Jarablos », a-t-il poursuivi en conférence de presse.

Le gouvernement turc souhaite ainsi couper l'herbe sous le pied des milices kurdes qui pourraient s'emparer de la ville. Ankara veut également « ouvrir un corridor pour les rebelles modérés », a confié un responsable turc à l'AFP.

Les milices kurdes tiennent une bande de 400 km le long de la frontière turque, en sol syrien, de la frontière irakienne à l'Euphrate. Les Kurdes, qui ont remporté une importante victoire à Manbij le 12 août dernier, ont également pris la majeure partie de la ville d'Hassaka plus tôt dans la journée.

La Turquie craint que les succès des milices kurdes en Syrie n'attisent les velléités d'indépendance des Kurdes de Turquie. Ces derniers ont repris les armes en juillet 2015 à la suite de l'offensive des forces turques, dépêchées par le président Recep Tayyip Erdogan, lancée simultanément contre l'EI et les séparatistes.Le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, a précisé à l'AFP que le pilonnage turc visait à « empêcher l'avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS) de Manbij vers Jarablos », tout en empêchant les Kurdes de prendre position à la frontière turco-syrienne.

Les FDS constituent une alliance de combattants kurdes et de groupes armés arabes contre l'EI. L'artillerie turque avait déjà pilonné des positions des FDS, du Parti de l'union démocratique kurde (PYD) et de l'EI.

La Turquie considère l'EI et le PYD comme des groupes terroristes. Ankara s'inscrit ainsi en faux contre ses alliés américains qui s'appuient sur les Kurdes pour lutter contre l'EI dans la région.

La Turquie s'implique en Syrie

Le premier ministre turc, Binali Yildirim, exhorte les puissances mondiales engagées dans le conflit syrien - notamment la Russie, les États-Unis et l'Iran - à œuvrer de concert afin d'« ouvrir une nouvelle page » dans l'histoire syrienne. Son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, tente de convaincre la communauté internationale de la nécessité de « nettoyer » la frontière turco-syrienne, longue de 900 km, de la présence de djihadistes.

Le gouvernement turc s'active afin de prévenir le démembrement de la Syrie entre les différentes communautés sur le terrain. M. Yildirim a ainsi précisé que son pays s'impliquerait davantage dans le conflit au cours des six prochains mois.

Dans cette optique, Ankara reçoit le principal dirigeant de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani. Sur un autre front, le gouvernement turc continue de réclamer l'extradition de l'ancien imam Fethullah Gülen, qui vit maintenant aux États-Unis. Ankara estime que Gülen est le cerveau derrière la tentative de coup d'État du 15 juillet dernier. Le gouvernement turc souhaite aborder cette question avec le vice-président américain Joe Biden qui sera de passage à Ankara mercredi.

M. Biden doit visiter le parlement turc qui a été bombardé par l'aviation turque lors du coup d'État avorté. Le putsch raté a provoqué des tensions entre Washington et Ankara puisque les Américains font traîner le dossier de l'ancien imam, l'ennemi numéro un du président turc Recep Tayyip Erdogan.

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