Retour

L'administration Trump met fin au programme des « Dreamers »

L'administration Trump met fin au programme que son prédécesseur Barack Obama avait créé en 2012 pour régulariser la situation des « Dreamers », ces clandestins arrivés aux États-Unis avec leurs parents alors qu'ils n'étaient que des enfants. À moins que le Congrès n'intervienne d'ici six mois, quelque 800 000 personnes pourraient être expulsées du pays.

Lors d'une conférence de presse, le secrétaire à la Justice des États-Unis, Jeff Sessions, a argué que le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) devait être « annulé », parce que le président Obama avait tout simplement outrepassé son pouvoir exécutif en le mettant en oeuvre. De telles décisions, a-t-il plaidé, sont plutôt du ressort du Congrès.

M. Sessions a souligné que le programme DACA offrait, pour une période renouvelable de deux ans, un statut légal, un permis de travail et d'autres avantages, dont l'accès au programme de sécurité sociale, à quelque « 800 000 étrangers en situation illégale, principalement des adultes. » Le Congrès avait pourtant refusé d'appuyer le tout à l'époque.

Des responsables du département de la Sécurité intérieure, qui a la responsabilité de faire appliquer ces lois, ont fait savoir au même moment que les bénéficiaires du programme DACA dont les permis de travail viennent à échéance avant le 5 mars 2018 pourront les renouveler. Ils devront cependant présenter leur demande en ce sens avant le 5 octobre.

Tous ceux dont les permis de travail viennent à échéance à compter du 5 mars seront considérés comme étant aux États-Unis sans permission, et pourront être expulsés, ont dit les mêmes responsables à des journalistes qui assistaient à une séance d'information. Leur dossier ne sera toutefois pas considéré comme prioritaire, ont-ils fait valoir.

Ces précisions signifient que les deux chambres du Congrès, actuellement dominées par les républicains, disposent de six mois pour trouver une solution législative susceptible de régler le sort de ces immigrants.

Il est toutefois loin d’être certain que le Congrès y parvienne. Les démocrates sont opposés à la fin du programme DACA et leurs collègues républicains ont toujours été divisés à ce sujet. Leur incapacité à trouver une solution au programme d’assurance maladie Obamacare a récemment mis ces divisions en évidence.

Une politique nuisible, selon Sessions

Après avoir annoncé la décision de l'administration, Jeff Sessions a plaidé que le programme DACA a eu des « conséquences humanitaires terribles » à la frontière américano-mexicaine, puisqu'il a engendré une « hausse marquée du nombre de mineurs arrivant non accompagnés » dans le pays.

« Il a aussi privé d'emplois des centaines de milliers d'Américains en permettant que ces emplois soient occupés par des étrangers illégaux », a-t-il ajouté.

Le secrétaire à la Justice s'est ensuite porté à la défense de l'État de droit. Les sociétés qui chérissent leurs lois, a-t-il dit, « prospèrent et réussissent », tandis que celles qui ne le font pas tendent à être « minées par la corruption, la pauvreté et la souffrance humaine ».

Pour que les États-Unis aient un système d'immigration qui « sert l'intérêt national », a encore dit M. Sessions, il importe de « limiter le nombre d'immigrants admis chaque année. »

« Cela ne veut pas dire que ce sont de mauvaises personnes ou que notre pays leur manque de respect ou les rabaisse d'une quelconque manière. Cela veut dire que nous appliquons les lois telles qu'elles ont été adoptées par le Congrès », a déclaré M. Sessions.

Déception

Les réactions critiques à l'annonce du démantèlement du programme ne se sont pas fait attendre.

Nancy Pelosi, chef du groupe démocrate à la Chambre des représentants, a estimé que la décision sur le DACA relevait d'« un acte profondément honteux de lâcheté politique ».

Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat, a annoncé que les démocrates allaient s'employer à empêcher que cette « décision terriblement mauvaise de [Donald] Trump ne devienne réalité ». Quant au sénateur républicain John McCain, il ne mâche pas non plus ses mots, parlant d'une « mauvaise approche de la politique migratoire ».

« Je travaillerai avec mes collègues des deux côtés de la Chambre pour faire adopter une réforme en profondeur du système d'immigration », a-t-il ajouté.

Un autre sénateur républicain, Marco Rubio, dénonce le flou entourant l'annonce de la Maison-Blanche dans ce dossier.

« Il est important que la Maison-Blanche détaille clairement le genre de loi que le président serait prêt à signer. Nous n'avons pas de temps à perdre avec des idées qui n'entraîneront pas les votes nécessaires [pour être adoptées] ou que le président n'a pas l'intention d'avaliser », a-t-il fait savoir par communiqué.

À Mexico, on se dit « grandement déçu » de la décision de l'administration Trump.

Les Affaires étrangères mexicaines ont fait savoir par communiqué que « la détermination de la politique américaine en matière d'immigration était indéniablement une prérogative des États-Unis, mais que dans les circonstances actuelles, le Mexique n'avait pas le choix d'agir ».

Le ministère a ainsi fait savoir que Mexico offrirait des services juridiques à n'importe lequel de ses citoyens affectés par la décision de la Maison-Blanche.

On ajoute également que tous les « Dreamers » désirant rentrer au Mexique seraient reçus « à bras ouverts ».

Obama réagit

S'exprimant via Facebook, l'ex-président des États-Unis Barack Obama évoque, dans cette disparition progressive du programme DACA, un geste « superflu » fait pour des raisons politiques.

« Ultimement, c'est une question de décence humaine. Sommes-nous un peuple qui expulse ces jeunes gens remplis d'espoir? Ou traitons-nous ces derniers de la même façon dont nous voudrions que nos enfants soient traités? C'est une question de définir qui nous sommes - et qui nous voulons devenir », écrit-il.

Une réponse à un ultimatum

La décision de l’administration Trump constitue une réponse à un ultimatum lancé par 10 États américains qui avaient menacé de contester la légalité du programme devant les tribunaux si le président n'y mettait pas un terme d’ici le 5 septembre.

Selon Jeff Sessions, le département de la Justice en est venu à la conclusion que le programme DACA ne pouvait tout simplement pas être défendu devant les tribunaux, puisqu'il contrevient au principe de la séparation des pouvoirs.

Ces 10 États - Alabama, Arkansas, Caroline du Sud, Idaho, Kansas, Louisiane, Nebraska, Tennessee, Texas et Virginie-Occidentale – ont été remportés par M. Trump lors de la dernière présidentielle.

Le président de la Chambre des représentants, le républicain Paul Ryan, avait indiqué vendredi dernier qu’il souhaitait que le président Trump laisse le programme DACA en place le temps que le Congrès se penche sur la question.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine