(RIO DE JANEIRO) La photo de la joueuse américano-brésilienne Isadora Cerullo qui se fiance avec sa petite amie sur un terrain de rugby, publiée plus tôt cette semaine, a fait le tour du monde. Le nombre d'athlètes ouvertement gais (47) à des Jeux olympiques n'aura jamais été aussi élevé qu'à Rio de Janeiro. Assistons-nous à un tournant? Nous avons rencontré la joueuse de rugby pour discuter de la communauté LGBT, de sexisme et de sport.

Q: Vous attendiez-vous à être demandée en mariage?

Non! On m'a dit que j'allais être interviewée après la cérémonie de remise de médailles. Je suis allée sur le terrain au moment où les médaillés sortaient et le stade se vidait, et quelqu'un a donné un microphone à [ma fiancée] Marjorie. Elle m'a demandé si je voulais passer le reste de mes jours avec elle et j'ai dit oui. Tout le monde a commencé à applaudir et des ballons sont arrivés.

Q: Ces Jeux sont-ils ceux de la communauté LGBT?

Je pense que le monde évolue et les gens se sentent mieux d'être eux-mêmes. Rio est un grand contraste avec Sotchi, en Russie, où il y a des lois qui criminalisent l'activité homosexuelle. Le Comité international olympique a dit que l'homophobie n'a pas sa place aux JO. Cette année, les athlètes gais ont surtout plus de visibilité.

Q: Le Brésil est-il un bon endroit pour être gai?

Ça dépend. Je vis à Sao Paolo, où beaucoup de quartiers sont ouverts aux gais, comme à New York ou dans d'autres grandes villes. Je ne me suis donc jamais sentie personnellement discriminée. Mais à l'extérieur des grands centres, il y a souvent des problèmes d'homophobie. Mes parents vivent en Caroline du Nord, État qui a voté des lois régressives [la loi HB2 anti-transgenre], alors je dirais que vivre à Sao Paolo, c'est mieux.

Q: Vous recevez beaucoup de commentaires sexistes en tant qu'athlète?

Souvent au rugby, on reçoit des commentaires comme « Oh! Vous jouez à un jeu d'hommes », ou « Avez-vous peur de ressembler à un homme? », ou « Comment préservez-vous votre féminité en jouant au rugby? ». Mais dans un sport dans lequel tu dois être fort pour ne pas te blesser lors d'un contact, cela fait partie du jeu. Mon corps montre le dur travail que je mets pour être une athlète d'élite.

Au Brésil en particulier, les femmes ont une relation compliquée avec leur corps. Il y a une définition de ce qu'est la féminité. Avec le rugby, on tente de briser les frontières et les tabous. Et avec un peu de chance, les femmes réaliseront qu'avec le sport, elles peuvent avoir une relation plus saine avec leur corps. Si tu préfères une identité féminine, fais-le parce que tu veux, pas parce que quelqu'un le veut.

Ma propre relation avec mon corps a changé pendant mes deux années d'entraînement intensif. Et au final, je suis bien plus fière de mon corps, pas pour les muscles, mais parce j'ai pris conscience de ce que mon corps peut faire, et en prendre possession.

Q: Voulez-vous inspirer les jeunes filles à faire du sport?

Oui. Beaucoup de jeunes filles nous disent que ce qu'on fait est super. Une femme peut être forte et ne pas avoir peur sur le terrain et gagner un combat physique. On dit que ces JO sont ceux des femmes. C'est le temps que les gens reconnaissent que les femmes sont fortes et peuvent compétitionner.

Cet article a été publié le 12 août 2016.

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