À mesure que l'avion s'approche, nous découvrons depuis le hublot la ville qui s'étend comme un vaste champ agricole. Ses rues et ses maisons sont ordonnées symétriquement, comme plantées dans des sillons parfaitement tracés, semés d'habitations et de gens.

Un texte de Martin MovillaTwitterCourriel

C'est la première impression que nous donne la ville de Guantanamo, capitale de la province cubaine qui porte le même nom. L'endroit est entouré de montagnes, de fleuves, de déserts, de plages, et même de la mer.

Au milieu de ces merveilles naturelles se trouve une baie magnifique qui est au centre de l'un des conflits géopolitiques les plus connus dans le monde : la présence d'une base militaire américaine installée sur plus de 100 kilomètres carrés, sur le territoire de l'un de ses ennemis jurés.

Dès l'arrivée à l'aéroport, nous constatons que les mesures de sécurité sont plus importantes que dans la majorité des villes cubaines. Ici, les gens disent que c'est une région frontalière et que cela justifie la présence d'une base militaire et de postes de contrôle, surtout sur les autoroutes qui mènent vers les deux petites villes voisines de la base militaire américaine : Caimanera et Boqueron.

Le soleil brûle la peau et devant nos yeux, que ce soit dans les rues de la ville ou sur les routes vers la campagne, l'humidité qui s'échappe du sol crée l'illusion d'une vaste superficie liquide qui ondule et se meut autour de nous.

La capitale compte 250 000 habitants, ce qui représente 40 % de la population totale de la région.

Dans cette région, les gens ne parlent pas beaucoup de la présence américaine. Ils s'y sont habitués et le sujet est devenu tellement banal qu'ils n'en font mention que lorsque des étrangers posent des questions.

« Ils sont là, mais nos vies continuent. Néanmoins, s'ils n'étaient pas là, tout serait meilleur pour tout le monde, affirme Raisa Martin, une blogueuse et journaliste locale. Nous aurions une économie plus prospère, une meilleure navigation, plus de pêche et un bon port, notamment. »

Elle écrit tous les jours sur sa ville et raconte des histoires sur ses habitants, sa culture, sa musique, sa gastronomie, son histoire et son avenir.

La journaliste ajoute qu'il faut toujours expliquer, même aux Cubains d'autres provinces du pays, que la ville est loin de la base militaire.

Un voyage au cœur de la discorde

Pour s'approcher de la base militaire américaine, il faut passer par plusieurs contrôles de sécurité et avoir un laissez-passer - ou permis de circulation - qui doit être approuvé par les autorités militaires, politiques et civiles de la région. Il faut aussi l'approbation du ministère cubain des Affaires étrangères.

Les contrôles sur la route sont renforcés par la base militaire cubaine qui occupe la zone frontalière avec les installations militaires américaines.

En arrivant à Caimanera, on peut voir un fronton sur lequel est écrit « Bienvenue à Caimanera, la première tranchée anti-impérialiste ». Les vestiges de plusieurs décennies de tensions semblent être restés gravés et le passé ressurgit facilement.

Le village a été témoin des histoires de ceux qui ont décidé de plonger dans la baie pour arriver jusqu'au territoire contrôlé par les États-Unis et y demander refuge. Ici, tout le monde connaît quelqu'un qui a essayé de partir ou des gens qui sont revenus à Cuba après avoir tout fait pour partir.

Parmi les habitants de Caimanera, il y a aussi ceux qui sont arrivés au début du XXe siècle pour se rapprocher de la présence américaine et des possibilités de travailler pour la base militaire.

Des milliers de Cubains y sont aussi venus, attirés par les perspectives de revenus. La présence étrangère, malgré les problèmes qu'elle pouvait générer, a permis à certains habitants de la région d'amasser une petite fortune. « Nous avons calculé que les Américains dépensaient environ 21 millions de dollars de l'époque, par année » explique Jose Sanchez Guerra, historien de Guantanamo.

« Tout cet argent ne rétribuait pas toujours de bonnes choses », dit-il.

Dans la mémoire collective des habitants de la zone, on se souvient d'histoires terribles à ce sujet. « Il y a eu des cas comme celui du Dr Dominguez, raconte Jose Sanchez Guerra. Il a dû se battre avec des marines américains qui voulaient violer sa fille. »

Les dommages écologiques causés par les essais militaires américains sont également au cœur des critiques des résidents de Guantanamo vis-à-vis de la base américaine. « La zone est un drainage naturel de la vallée de Guantanamo », dit l'historien Jose Sanchez Guerra. Et il ajoute que le stand de tir américain est placé à l'endroit le plus problématique pour la région.

Face à face

À Caimanera, il y a aussi le musée local où l'on peut découvrir notamment des histoires de soldats cubains tués par des soldats américains et de pêcheurs qui ont été attaqués par ces derniers.

Aujourd'hui, les tensions se sont dissipées. Et depuis quelques années, les chefs militaires des deux pays se rencontrent une fois par mois pour aborder des sujets importants pour les deux parties. Ils parlent de coopération en cas d'incendie ou de catastrophe naturelle, d'immigration et de sécurité.

Ces conversations, qui ont commencé dans les années 90, ont mené à un climat de relative entente et de paix, ce qui a permis d'accroître la confiance entre les deux parties. « Cela leur convient et nous convient », dit Jose Sanchez Guerra.

Pour pouvoir traverser de l'autre côté de la baie, vers Boqueron, il faut emprunter un bateau très surveillé et qui est toujours accompagné par un patrouilleur des forces cubaines.

« Sur notre droite, on voit une clôture, construite sur la frontière pour empêcher l'immigration illégale », souligne Leslie Lobaina, historienne du Parti communiste cubain.

Les Cubains, malgré le calme actuel, rêvent toujours du jour où les États-Unis abandonneront la base militaire et ils espèrent que ceux-ci y laisseront les infrastructures actuelles. Les habitants de l'île sont convaincus que cela pourrait donner un élan important au développement touristique de la zone.

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