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L'eldorado d'El Paso : le risque calculé d’une migrante du Guatemala

L'atteinte de la frontière américaine représente pour plusieurs migrants la fin d'un long et douloureux périple ainsi que d'énormes sacrifices pour protéger leur progéniture. Pour certains, le risque d'être séparé de son enfant une fois aux États-Unis est bien moindre que celui de vivre dans la peur.

C'est le pari qu'a fait une mère guatémaltèque. Elle a raconté sa poignante histoire à Sophie Langlois, notre envoyée spéciale à El Paso, au Texas.

Marisol, 21 ans, est mère de deux enfants. Elle a décidé de quitter le Guatemala à la mi-mai, accompagnée seulement de son fils, qui n’a pas encore 1 an.

La raison de son départ : les menaces et les dangers qui pèsent contre elle dans son pays d’origine.

Marisol travaillait dans une boutique lorsqu’un groupe de criminels s’y est engouffré et a commis un vol à main armée.

Depuis ce jour, elle était soumise sans relâche à des attaques de cette même bande.

Et ils ne s’en prenaient pas qu’à elle.

En allant chercher sa fille Genesis, âgée de 3 ans, à l’école, elle les a aperçus, tout près.

D’une voix brisée, Marisol explique qu’ils ont cassé le bras de son enfant.

Le voyage

Terrorisée, Marisol décide alors de fuir le Guatemala.

Elle entreprend son long périple vers le nord, vers la terre promise : les États-Unis d’Amérique.

Le voyage durera deux semaines. Deux longues semaines parsemées d’embûches.

Dans l’État du Chiapas, au Mexique, des voyous la prennent, son bébé et elle, en otage. Son calvaire durera trois jours.

Ses ravisseurs réclament de l’argent de sa mère, qui est restée au Guatemala avec sa fille de 3 ans.

Le 10 juin dernier, Marisol atteint enfin son objectif : la frontière américaine. La ville d’El Paso, au Texas, porteuse d’espoir, se dresse devant elle.

Elle connaît la suite des choses.

Elle sait fort bien qu’elle risque d’être séparée de son garçon.

Mais elle y voit un risque bien moins grand que celui de vivre constamment dans la peur d’être tuée ou de voir l’un de ses enfants attaqués dans son pays natal.

À la frontière

Lorsque Marisol traverse la frontière, elle est immédiatement mise en détention avec son petit garçon.

Elle raconte que pendant les 24 prochaines heures, des officiers la bombarderont de questions afin d’évaluer à quel point son bébé dépend de sa mère.

« Quand je suis arrivée, raconte-t-elle, ils m'ont demandé si le bébé était nourri au sein. J'ai répondu oui et ils m'ont demandé s'il pleurait beaucoup. J'ai dit oui, parce qu'il n'avait personne d'autre. Ils m'ont alors dit qu'il serait mieux avec moi et qu'on ne nous séparerait pas. »

Au bout du long interrogatoire, elle est finalement relâchée. On lui installe un bracelet électronique au pied.

Mais peu importe.

Le plus important est fait. Les États-Unis ont accepté de traiter sa demande d’asile.

Le refuge

Aujourd’hui, Marisol habite dans un refuge pour migrants illégaux en attendant de connaître son sort.

Lorsqu’on lui demande quel est son rêve, ses espérances en sol américain, de grosses larmes perlent sur ses joues.

« J’ai hâte d’avoir mon permis de travail pour faire venir Genesis [sa fille de 3 ans qui est au Guatemala]. »

« Je rêve qu’ils puissent aller à l’école, sans avoir toujours la peur au ventre comme moi. »

Notre journaliste a constaté que les refuges pour familles de migrants à El Paso sont débordés. Ils sont aussi extrêmement difficiles d’accès. La présence de caméras est interdite à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments. Nous devons donc protéger l’identité de Marisol et de son enfant en cachant leurs visages.

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