C'est un « Brexit » à la puissance 10. Une dérive continentale. La folle chevauchée de Donald Trump vers la présidence des États-Unis d'Amérique, après une campagne folle commencée en juin 2015, aura fait sans cesse reculer les limites de l'imaginable, du concevable, de la décence. C'est un choc immense, un changement de cap radical pour son pays. Un virage qui, bien au-delà des États-Unis, annonce un bouleversement des équilibres internationaux.

Une analyse de François Brousseau

Un saut dans l'inconnu pour le pays, mais aussi pour la planète.

C'est d'abord un bras d'honneur contre les fameuses « élites » conspuées par le magnat new-yorkais - comme si ce démagogue milliardaire, qui refusait les Noirs dans ses édifices, ne faisait pas lui-même partie d'une élite hautaine et coupée du peuple - jusqu'à ce qu'il découvre le « peuple » (comme slogan et comme électorat).

Un vote mâle

Son adversaire, une femme immensément plus compétente et plus expérimentée que lui, a pourtant dû s'incliner devant un individu grossier, qui a déconstruit tous les codes de la politique et de la bienséance. Comment ça? Pourquoi?

Parce que les critères de cette élection, pour une majorité d'électeurs en tout cas, n'étaient plus ceux de la politique traditionnelle. Un programme, un curriculum vitae, des idéaux? Vous n'y êtes pas, ce n'est plus ça! Faisons table rase! Insultons nos adversaires! Sortons les sortants! Blâmons les autres! Menaçons la planète de représailles commerciales!

En plus, facteur important, cet adversaire était une femme... Donald Trump a été élu avec une grosse majorité des votes masculins, contre une grosse majorité du vote féminin. Facteur crucial dans ce vote, à ne jamais oublier.

Le fameux « vote caché », non détecté par les sondeurs, s'était déjà manifesté le 23 juin dernier, lors du vote britannique sur la sortie de l'Europe. Tout un désaveu pour la classe politique, pour les « spécialistes »!

Le 8 novembre 2016, ces cachottiers de mâles américains nous préparaient toute une surprise : l'équivalent de 10, 20, 100 « Brexit »! Dans les mois qui viennent, on en verra sans doute d'autres, dans quelques pays. Au diable les sondeurs! Au diable les journalistes! Au diable les « élites »!

Cette ahurissante élection - on le verra bien, au cours des prochains mois et des prochaines années à la Chambre et au Sénat - est aussi un désaveu, une annulation, un plan de démantèlement en règle de tout l'héritage de Barack Obama. Un héritage dont Hillary Clinton se voulait explicitement la continuatrice et la consolidatrice. Adieu, soins de santé quasi gratuits pour les 30 millions de nouveaux assurés? Adieu accord de Paris sur les changements climatiques?

Un bon ami au Kremlin

L'homme du Kremlin vient de se trouver un allié, au minimum un excellent ami, à la Maison-Blanche. Poutine qui voit ce résultat inespéré suivre de quelques mois les incursions informatiques de ses services secrets dans les affaires internes du Parti démocrate : tout pour nuire à Hillary Clinton, objet de la détestation du maître du Kremlin. Mais jamais, jamais Poutine lui-même n'a-t-il sans doute cru que cela pouvait aller aussi loin.

Ailleurs dans le monde, voilà une inspiration et un extraordinaire encouragement pour les Marine Le Pen (France), Viktor Orban (Hongrie) et autres Geert Wilders (Pays-Bas). Aujourd'hui, plus que jamais, ces vitupérateurs populistes pourront clamer avec superbe qu'ils sont l'avenir du monde, que le vent de l'histoire souffle pour eux. Une forte logique de fragmentation, déjà embryonnaire, pourrait en découler sur le Vieux Continent.

Une désagrégation de l'Europe? Une guerre avec la Chine? Un mur à la frontière mexicaine? Une poussée séparatiste en Californie? Attendez voir...

Une élection de colère. Un cri de révolte du « peuple », dans un pays en déni devant son déclin. Un geste aux conséquences potentiellement incalculables.

Un séisme mondial.

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