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L’élection présidentielle vue par de jeunes Français

Nina Guérineau de Lamérie s'est lancée dans un projet fou : sillonner les quatre coins de la France pendant les six mois qui précèdent l'élection présidentielle pour recueillir les commentaires des 18-30 ans. Une ville par semaine, 24 villes en 6 mois.

Un texte de Sylvain Desjardins, correspondant en Europe

Gros plan sur un bol d'olives. Montage sommaire. Un bol de noix. Et puis un verre. On y verse une boisson fruitée. C'est l'heure de l'apéro. Une jeune femme apparaît, assise sur son divan. « Coucou, tout le monde, dit-elle. Bienvenue dans le Verre politique, l’émission où les jeunes de 18-30 ans s’expriment sur la politique actuelle et celle de demain. »

À chaque étape de sa tournée, Nina Guerineau de Lamérie anime des débats avec trois ou quatre jeunes, et elle les diffuse ensuite sur son site Internet.

Elle a commencé à sillonner la France en novembre dernier. Elle en est à mi-parcours, ayant déjà visité 13 villes. Elle a donc accumulé des tonnes d’impressions, de commentaires, de revendications.

Nous l’avons rencontrée au Havre, ville portuaire de Normandie.

Ce soir-là, Nina a invité trois jeunes femmes pour discuter des problèmes concernant les soins de santé. Un sujet que les jeunes abordent peu en général. Mais la journaliste a réussi à trouver, grâce à Facebook, deux jeunes infirmières et une étudiante dont le père a un handicap. Les trois s’entendent sur le fait que la privatisation du système de santé est une menace grandissante en France. Même si aucun candidat présidentiel, sauf peut-être celui de droite, François Fillon, ne propose une telle avenue pour améliorer la qualité des soins.

Elles s’entendent aussi pour dire qu’elles vont étudier plus sérieusement, plus tard, les programmes des candidats, avant de faire leur choix.

Les jeunes plus indécis que jamais

C’est une grande constante chez les jeunes actuellement, selon Nina. Qu’ils soient étudiants, travailleurs ou sans-emploi, les jeunes sont plus indécis que jamais face au scrutin présidentiel.

« Nous, notre génération, on est nés dans une défiance de la politique, qui fait qu’on n’a plus confiance, on est totalement déboussolés. Je m’inclus dans le lot, nous sommes totalement perdus face à l’orientation politique dominante et face à l’impunité de la classe politique », dit Nina.

Résultat : les camps politiques traditionnels n’ont plus de résonance pour bien des jeunes Français, selon la journaliste indépendante. « Hollande, il a bien déçu, il a fini d’enterrer les idéaux des jeunes de gauche. Les jeunes ne parlent plus de la gauche avec un grand G, mais plutôt de tendance, de sensibilité de gauche », ajoute-t-elle.

Elle estime que les déboires du candidat de droite François Fillon - dont l'épouse est accusée d’avoir bénéficié d’un emploi fictif - rebutent les jeunes qui votent à droite. « Finalement, on voit que les deux grands partis sont en train de se fissurer », souligne Nina.

Nina a commencé son périple français dans la région de Cannes, dans le sud du pays, là où le débat sur le burkini a fait surface l’été dernier. Elle a circulé dans plusieurs villes du sud, dont Béziers, bien connue à cause des positions d’extrême droite de son maire, Robert Ménard.

Elle est remontée à Poitiers, dans le centre, là où sont maintenant relogés de nombreux migrants du camp de Calais. Elle a poursuivi ses rencontres en Bretagne, puis en Normandie. Elle s’est arrêtée à Saint-Étienne-du-Rouvray, village tétanisé par l’assassinat violent d’un prêtre par des djihadistes, et à Saint-Denis, la banlieue parisienne actuellement bouleversée par les manifestations contre la police.

Sans les exclure, Nina n’a pas cherché à joindre les jeunes qui militent déjà pour un candidat présidentiel. Elle préfère donner une voix à ceux et à celles qui n’ont ni l’occasion ni l’habitude de se faire entendre. Et pour cause : 25 % des jeunes de France de 18 à 25 ans sont sans emploi. « Ils sont devant un mur et ils n’ont aucun outil pour l’escalader », dit-elle.

Les jeunes électeurs français paraissent plus fermés que jamais aux appels et aux promesses des candidats. Comme leurs parents, qui semblent de plus en plus désabusés face à la politique, ceux qui vont voter pour la première fois demandent une plus grande responsabilité de la part des élus.

Parmi des centaines de commentaires entendus, Nina Guérineau de Lamérie retient celui-ci : « Un jeune homme m’a dit : " On veut plus de contrôle! Le président élu, il faudrait qu’il soit évalué à mi-mandat, qu’on puisse lui demander : "Avez-vous respecté vos promesses?" »

De manière générale, les Français participent en grand nombre aux élections présidentielles, avec des taux qui frôlent 80 %. Mais les 18-30 ans, qui représentent environ 16 % de l’électorat, votent beaucoup moins que leurs aînés. Dans le contexte actuel de grande incertitude, ils pourraient être davantage motivés à participer.

C’est l’impression de la jeune journaliste. « Ceux que j’ai rencontrés vont se décider vraiment au dernier moment. Je crois que les débats télévisés vont vraiment compter à un point inimaginable. »

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