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L’espoir prudent des Nord-Coréens réfugiés au sud

À quelques heures du sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-un, les Nord-Coréens séparés de leur famille par la guerre gardent espoir que le règlement de ce vieux conflit leur permettra de revoir enfin leurs proches.

Un reportage de Marie-Eve Bédard, envoyée spéciale à Singapour

Dans son appartement du quartier Seongbuk-gu, à Séoul, Huh Kap-Sum déplie et replie délicatement une lettre dont le papier est aussi marqué par le temps que ses mains frêles.

Cette lettre a été écrite par son neveu, un homme qu’elle ne connaît pas.

Huh Kap-Sum a quitté sa famille et son village en Corée du Nord en 1950 pour fuir les bombardements.

Des années plus tard, elle a soudoyé un couple chinois d’origine ethnique coréenne pour transmettre un message à sa famille. La réponse de son neveu, venue en 1997, était décevante.

La femme de 85 ans lit à voix haute des mots qui sont pourtant gravés dans sa mémoire :

Avec un soupçon de colère et une bonne dose de frustration qu’elle exprime dans un long soupir, Huh Kap-Sum admet que ce n’est pas la réponse qu’elle avait espérée.

« J’ai adressé ma lettre à ma maison, pas à mon neveu, qui n’avait qu’un an quand je suis partie. Mais il a refusé de me donner les coordonnées de mon frère [le père du neveu]. »

Huh Kap-Sum n’a pas choisi de quitter sa famille. Elle n’avait que 11 ans quand les bombardements ont gagné son village, dans la province de Hmagyeong Sud. Mais elle n’a rien oublié de sa fuite vers le sud.

« Ils m’ont amenée à une gare de train, où nous sommes montés à bord d’un train bondé de réfugiés. Le train était si plein que nous avons grimpé sur le toit. »

Une longue attente

Quelques années plus tard, elle a retrouvé un de ses frères, qui avait été fait prisonnier de guerre, puis libéré par les Américains. Comme elle, il a refait sa vie en Corée du Sud où il est mort à l’âge de 88 ans.

Huh Kap-Sum attend depuis plusieurs décennies de pouvoir bénéficier d’un programme de réunification des familles coréennes séparées par la guerre établi par la Croix-Rouge internationale au début des années 2000.

Une vingtaine de rencontres orchestrées par l’organisme se sont déroulées depuis, avant d’être suspendues avec un renouveau des tensions entre les deux Corées en 2015.

Mais l’appel tant souhaité lui annonçant qu’elle a été sélectionnée ne vient pas. Et, comme la vaste majorité de gens inscrits sur la liste de demande, Huh Kap-Sum sent que le temps va lui faire défaut.

Plus de 130 000 Coréens venus du nord vers le sud ont présenté des demandes au début du programme. Aujourd’hui, plus de la moitié sont morts.

Une lueur d'espoir

Huh Kap-Sum se permet de croire que le sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-un pourra peut-être lui permettre de revoir le pays et ceux qui n’ont jamais quitté son cœur et ses pensées. Mais son espoir est prudent.

« Je me demande si Kim Jong-un a décidé d’améliorer les conditions économiques pour son peuple plutôt que de faire avancer ses ambitions nucléaires », dit-elle. « J’ai ressenti l’espoir que cette fois-ci, il pourrait y avoir de véritables changements. Mais c’était avant que le président des États-Unis n’annule le sommet puis le remette en selle. »

Huh Kap-Sum n’a jamais renoncé à son rêve de rentrer chez elle. Malgré une carrière académique prestigieuse et accomplie qui l’a menée du Japon aux États-Unis à la poursuite de son doctorat en calligraphie, elle demeure en grande partie la fillette qui a été soudainement arrachée à son foyer il y a plus de 70 ans.

« Étudier m’a consolée et permis de continuer à vivre après être arrivée dans le sud », affirme-t-elle. « Mais l‘impression d’avoir un poignard logé dans mon cœur ne m’a jamais quittée. »

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