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L'étiquette de capitale du terrorisme colle à la peau de Molenbeek

L'image lui a été donnée par les médias du monde entier : Molenbeek serait un nid de djihadistes. Une image que refusent des résidents, eux-mêmes touchés par le terrorisme.

Un texte de Frédéric Arnould

Abdelhamid Abaaoud, présumé organisateur des attaques de Paris, son logisticien Salah Abdeslam et Mohamed Abrini, suspect toujours en cavale, vivaient tous à Molenbeek.

Cette commune de la ville de Bruxelles avait déjà été associée au terrorisme à plusieurs reprises. L'un des assassins du commandant Massoud, en Afghanistan, y a longtemps habité. Tout comme l'un des organisateurs des attentats de Madrid.

Malgré tout, Ahmed El Khannouss, député et conseiller municipal de la commune, refuse l'étiquette qu'on colle à Molenbeek. « Nous avons vu certains de ces terroristes malheureusement naître à Molenbeek et se radicaliser à Molenbeek, c'est une réalité, les faits sont là. Néanmoins, toutes les accusations, les stigmatisations de la commune, le fait qu'on a montré la commune comme une arrière-garde du terrorisme est totalement faux et erroné. »

Toutefois, il ne nie pas que sa commune est le théâtre de maraudage du groupe État Islamique. « Il y a ce qu'on appelle chez nous les recruteurs, ce sont des gens qui ont rejoint la cause de Daesh et qui, ici, essaient de convaincre un maximum de personnes pour les faire adhérer à leur cause. »

Les musulmans touchés

La communauté musulmane a aussi été touchée par les attaques en sol bruxellois.

Parmi les victimes, Loubna Lafquiri, une Marocaine qui vivait à Molenbeek. Cette professeure de gymnastique de 35 ans, mère de trois garçons, est morte dans l'attentat terroriste à la station de métro Maalbeek.

Lors de ses funérailles à la mosquée de Bruxelles samedi, imam et lecteurs du Coran ont réitéré que « l'Islam n'interdit pas seulement le meurtre, mais interdit aussi d'effrayer son prochain. »

Un rappel à l'ordre visant leur propre population, mais que certains trouvent pourtant trop timide. Plusieurs se distancient haut et fort, en leur nom personnel, de ces horribles actes.

Au café du coin à Molenbeek, là où musulmans, juifs et catholiques échangent sur leur vie quotidienne, Adem Vardar, un musulman turc est bouleversé par ces attaques meurtrières. « J'ai les larmes aux yeux, que voulez-vous que je vous dise, c'est triste. Mais c'est pas parce qu'il y a quelques jeunes garçons qui ont dérapé que tous les musulmans qui sont ici à Molenbeek sont pareils. »

Ikram Zazou, jeune Marocaine de Molenbeek, qui a été à l'école avec Salah Abdeslam et qui connaissait Mohamed Abrini, se dit dévastée.

Des recruteurs dans les rues

Pour certains, la précarité des jeunes musulmans de Molenbeek alimenterait leurs frustrations. Ils deviendraient alors des proies faciles pour les recruteurs du groupe État Islamique.

Après tout, proportionnellement à la taille de sa population, la Belgique est le pays d'Europe qui fournit le plus de combattants étrangers en Syrie et en Irak.

Mais ce raisonnement est trop simpliste pour Ahmed El Khannouss : « Molenbeek est la commune parmi les 19 de Bruxelles qui a le deuxième taux de chômage le plus élevé, à 28 %, et nous avons un taux de chômage de 50 % chez les jeunes de moins de 26 ans. »

Et d'ajouter : « À Molenbeek, nous avons 13 000 demandeurs d'emploi sur une population de 100 000 habitants. Si ces 13 000 devaient se radicaliser, je crois qu'on serait face à des problèmes réels. Donc, ça démontre que ce n'est pas vraiment le cas. »

Des délinquants qui tournent mal?

Molenbeek, peuplée de 100 000 habitants, dont une forte présence marocaine musulmane déjà stigmatisée, est-elle pour autant la ville type du djihadisme?

Françoise Schepmans, bourgmestre de Molenbeek-St-Jean, en poste depuis deux ans et demi, relativise : « J'ai dit dès le lendemain des attentats du 13 novembre qu'il y avait un réseau de voyous qui étaient devenus des délinquants, qui se sont radicalisés très rapidement et qui sont tombés dans le terrorisme. Tous ces individus se connaissaient, ils habitaient le même périmètre de la commune. »

Des petits criminels devenus terroristes, des recruteurs dans les rues, une loi du silence et une absence de dénonciation claire du groupe État Islamique; difficile pour Molenbeek et ses environs de se débarrasser de son étiquette djihadiste.

Et certains craignent les risques d'amalgames et des réactions islamophobes, comme en témoigne Ikram Zazou.

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