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L'Europe déchirée sur la façon de résoudre la crise migratoire

Le sommet extraordinaire qui réunit les 28 chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne à Bruxelles se poursuit au-delà des heures prévues, alors que les négociations n'ont pas encore permis de trouver des solutions consensuelles à la crise des migrants.

La Turquie, présente sur invitation de l'Union européenne, se retrouve au coeur des discussions. Les dirigeants européens espèrent que les autorités turques collaboreront aux efforts de contention du flux migratoire en échange d'un soutien financier et de mesures facilitant le déplacement des ressortissants turcs sur le territoire européen.

L'État turc a d'ailleurs soumis une nouvelle proposition pour aider à régler la crise migratoire sans toutefois en dévoiler les détails. Selon des informations obtenues par l'agence Reuters, un nouveau projet d'accord pourrait ainsi voir le jour. Celui-ci proposerait que la Turquie reprenne tous les migrants sur son territoire, y compris les Syriens, qui ont rallié les îles grecques de la mer Égée via les réseaux de passeurs. En échange, pour chaque Syrien réadmis en Turquie, l'Union européenne prendrait en charge un réfugié syrien sur le territoire turc pour limiter l'influence de ces réseaux. À cela s'ajouterait une compensation financière supplémentaire de 3 milliards d'euros.

Ankara cherchait à négocier un plan plus avantageux pour le pays. Les autorités turques soutiennent avoir dépensé plus de 10 milliards d'euros pour gérer la crise migratoire sur leur territoire jusqu'à présent. Elles accusent l'Union européenne de retarder le versement d'une première somme de 3 milliards de dollars, promise comme soutien financier à l'État turc en novembre dernier.

L'aide de la Turquie, précieuse pour l'Europe

Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a affirmé plus tôt ce matin qu'il était impératif que la Turquie consacre des efforts à la filtration des migrants qui passent par son territoire et qu'elle s'engage à renvoyer les personnes non syriennes vers leur pays d'origine. « Il est très important que la Turquie soit d'abord prête à reprendre tous les réfugiés non syriens », a-t-il soutenu.

Cette position inquiéterait toutefois les organisations non gouvernementales et l'ONU, qui craignent que les pays européens fassent fi du cadre légal qui régit les conventions internationales.

Chaque jour, ce sont plusieurs centaines de migrants qui arrivent par la mer Égée puis traversent le territoire turc dans l'espoir de se rendre dans le nord de l'Europe. Parmi eux se trouvent parfois des migrants économiques qui profitent de la crise actuelle pour tenter de s'installer en Europe.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s'est déjà montré ouvert à collaborer avec ses homologues européens selon un porte-parole du gouvernement: « Tout le monde sait à quoi ressemble la mer Égée et sait qu'il n'est pas possible à un pays d'empêcher complètement les migrants de passer. Mais cela ne signifie pas que nous ne ferons pas tout notre possible. »

Le pays, qui cherche aussi désespérément à relancer son processus d'adhésion à l'Union européenne, met les bouchées doubles pour séduire les dirigeants européens. Le gouvernement Erdogan se heurte cependant à plusieurs critiques depuis quelques jours, notamment en raison de la mise sous tutelle d'un des plus grands quotidiens du pays.

L'Allemagne, isolée

Parmi les autres solutions envisagées avant le début de la rencontre, il y avait la fermeture de la route des Balkans, initiative à laquelle s'opposerait la chancelière allemande, Angela Merkel.

Alors que la majorité des dirigeants européens sont de plus en plus pressés par leur électorat de trouver des façons de stopper l'arrivée des migrants sur leur territoire, l'Allemagne s'oppose à des mesures nationales pour limiter le flot migratoire.

Selon une première ébauche de la déclaration finale du sommet, les pays européens évaluaient la possibilité de fermer la route des Balkans, empruntée quotidiennement par des centaines de personnes.

Le porte-parole du ministère allemand de l'Intérieur, Tobias Plate, a laissé entendre lors d'un point de presse qu'il était difficile de décréter la fermeture de cette route dans la mesure où des réfugiés continuent à l'emprunter actuellement pour venir notamment en Allemagne.

« J'ai pris connaissance de ces informations qu'on spécule sur une fermeture de la route des Balkans. Mais je veux dire qu'à l'heure actuelle il s'agit de spéculations, les négociations, les discussions sont en cours et il faut attendre », a-t-il déclaré.

L'État allemand plaide plutôt pour une meilleure répartition des réfugiés et une lutte accrue contre les passeurs, sans toutefois complètement renier la nécessité de mieux protéger les frontières.

La chancelière allemande est de plus en plus critiquée dans son pays pour sa politique d'accueil des réfugiés, alors que 1,1 million de demandeurs d'asile y ont été enregistrés en 2015.

Depuis le début de 2016, on estime que près de 130 000 migrants ont transité par les Balkans. La décision récente de la Macédoine de fermer ses frontières à la manière de la Hongrie l'année dernière complique encore plus les passages en territoire européen.

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