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L’Europe se déchire une fois de plus sur la question des migrants

Une semaine après son entrée en fonction, le nouveau gouvernement italien formé de partis antisystème et d'extrême-droite se retrouve mercredi au cœur de nouvelles controverses engendrées par la crise des migrants. À couteaux tirés avec Paris, Rome vient de s'allier avec Vienne et Berlin pour lutter contre l'immigration illégale.

Le litige avec la France a éclaté au grand jour après que le président français Emmanuel Macron eut créé la polémique pour avoir critiqué le refus des autorités italiennes d’accueillir sur leur territoire les 629 migrants rescapés par le navire humanitaire Aquarius.

Lors d’un Conseil des ministres, M. Macron « a tenu à rappeler le droit international maritime qui veut que dans ces cas-là de détresse, ce soit la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l'accueil », a rapporté mardi le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Un porte-parole du parti du président, Gabriel Attal, en a rajouté en déclarant que la position italienne dans le dossier était « à vomir ».

Ces propos ont soulevé l’indignation du gouvernement Conte, entré en fonction il y a une semaine. « L’Italie ne peut accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d'immigration », a d'abord indiqué mardi le gouvernement dans une note interne rendue publique par les médias.

L’affaire a pris une tournure diplomatique mercredi, lorsque le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero a convoqué l’ambassadeur français à Rome pour le sermonner. Ce dernier étant à l’extérieur du pays, il a plutôt reçu la chargée d’affaires Claire Anne Raulin.

« Le ministre Moavero a précisé que de telles déclarations mettent en péril les relations entre l'Italie et la France. Le ton employé est injustifiable », indique le ministère italien des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Nous sommes parfaitement conscients de la charge que la pression migratoire fait peser sur l'Italie et des efforts que ce pays fournit », a répliqué un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, cherchant visiblement à calmer le jeu. « Aucun des propos tenus par les autorités françaises n'a bien entendu remis cela en cause ».

Salvini demandes des « excuses officielles » de Paris

Le ministre italien de l’Intérieur et chef de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, n’en a pas moins réclamé des « « excuses officielles » de la France. À défaut de les obtenir, a-t-il ajouté, « le premier ministre Conte fera une bonne chose en n’allant pas en France », où il doit rencontrer le président Macron vendredi.

La présidence française a indiqué quelques heures plus tard n'avoir reçu « aucune information de la présidence du Conseil (italien) sur une demande d'excuse ou sur une possible annulation de la visite de Giuseppe Conte ».

Lors d'un discours au Sénat italien, M. Salvini s’est plaint que la France n'a pris que 640 des 9816 migrants qu'elle s'était engagée à accueillir dans le cadre d'un plan de relocalisation de l'Union européenne en 2015 pour soulager les pays en première ligne, comme l'Italie et la Grèce.

Il a demandé « au président Macron de passer des paroles à l'action » en acceptant 9000 autres migrants « en signe de générosité concrète et pas seulement de paroles ».

Le rencontre entre MM. Macron et Conte demeure programmée jusqu’à nouvel ordre, mais le ministre italien de l’Économie Giovanni Tria a annulé celle qu'il devait avoir avec son homologue français, Bruno Le Maire, mercredi après-midi, à Paris.

Une source au ministère français de l'Économie a cependant déclaré à Reuters que ce n'était que partie remise. « Les deux ministres viennent de s'entretenir au téléphone. Ils ont convenu que M. Tria viendrait à Paris dans les prochains jours », a-t-elle précisé.

Dans une entrevue au quotidien Corriere della Sera, le ministre Salvini a par ailleurs expliqué que Rome ne changera pas de position sur les navires appartenant à des organisations non gouvernementales, comme l'Aquarius, qui est géré par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières.

« Les navires appartenant à des organisations étrangères et battant pavillon étranger ne peuvent pas dicter la politique d'immigration de l'Italie », a-t-il déclaré.

Cela explique pourquoi un bateau de la garde-côtière italienne, le Diciotti, a accosté mercredi au port de Catane, en Italie, avec 937 migrants à bord. Cela prouve que le gouvernement n'est « ni inhumain ni xénophobe », a commenté le ministre italiien des Transports, Danilo Toninelli.

Un « axe » contre l'immigration illégale rassemble Rome, Berlin et Vienne

Parallèlement à cette dégradation des rapports entre Paris et Rome, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a annoncé mercredi la création d’un « axe » réunissant les ministres autrichien, allemand et italien de l’Intérieur pour contrer l’immigration illégale.

Sebastien Kurz, qui a pris la chancelerie fin 2017 en s’alliant lui aussi avec l’extrême-droite, a déjà fait savoir que la lutte contre l'immigration illégale sera la priorité de sa présidence de l'Union européenne, qui s’ouvrira le 1er juillet.

À l'instar de l'Italien Salvini, le ministre autrichien de l’Intérieur, Herbet Kickl, est lui aussi issu de l’extrême-droite, tandis que leur homologue allemand, Horst Seehofer, est considéré comme un faucon sur les questions migratoires.

Il est d’ailleurs en conflit à ce sujet avec la chancelière allemande Angela Merkel, qui cherche plutôt à arracher un accord sur un système d’asile européen en vue du sommet de l’Union européenne qui doit avoir lieu fin juin.

L’Italie accuse régulièrement ses partenaires européens de l’avoir laissée gérer seule la crise migratoire et les quelque 700 000 migrants arrivés sur ses côtes depuis 2013. Les questions de migration et des relations avec l’Europe ont été au cœur de la campagne électorale italienne.

Plusieurs autres pays de l’Europe de l’Est, dont la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, ne veulent pas davantage d’une répartition européenne des réfugiés, et s'opposent au plan de la chancelière allemande.

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