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L'ex-président israélien et Nobel de la paix Shimon Peres est mort

Les principaux dirigeants du monde ont salué mercredi la mémoire de l'ancien président israélien Shimon Peres. Prix Nobel de la paix pour son rôle dans les accords d'Oslo entre Israéliens et Palestiniens, il s'est éteint à l'âge de 93 ans dès suites d'un accident vasculaire cérébral.

Ses funérailles se tiendront vendredi au cimetière du mont Herzl, à Jérusalem. De nombreux dirigeants étrangers, dont le président américain Barack Obama et le président français François Hollande, y assisteront.

« Il y avait beaucoup de choses sur lesquelles nous étions d'accord et il y en avait de plus en plus au fil du temps », a affirmé le premier ministre Benyamin Nétanyahou. Mais nous avions des désaccords, cela fait partie naturellement de la vie démocratique ».

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a quant à lui déploré « une grande perte pour l'humanité et pour la paix dans la région ». 

Les larmes aux yeux, une Israélienne dans la cinquantaine a confié à l'AFP se diriger vers le travail avec le cœur lourd. « C'était un des meilleurs », a confié Liora Levy au centre-ville de Tel-Aviv. « C'est un jour terrible, un jour de peine, un jour de deuil. »

Malgré leur peine, les Israéliens s'étaient préparés à la mort de M. Peres en raison de ses nombreuses hospitalisations. La radio et la télévision israélienne ont interrompu leur programmation régulière afin de diffuser des émissions spéciales et des images d'archives remontant jusqu'aux années 1950. 

« Je me sens très mal. C'était quelqu'un qui nous avait été envoyé du ciel, un très, très grand homme, qui nous faisait nous sentir grands aussi », confie un octogénaire Kalman Belhassan en traversant la place Rabin à Tel-Aviv. Un peu plus loin, toujours place Rabin, une enseignante accompagnant ses élèves dans une sortie scolaire improvise un cours sur Shimon Peres.

Professeur de yoga, Chemi Weber confie que M. Peres a constitué un « exemple de vie » pour lui. « Dans la vie j'ai eu deux exemples: mon père et Shimon Peres, c'était un héros », explique-t-il à l'AFP en ajoutant avoir l'intention de se rendre à Jérusalem où le cercueil de l'homme d'État sera exposé sur le parvis du parlement israélien.

En dépit du ressentiment qu'il a suscité de la part de la droite israélienne au cours de sa carrière politique, personne en Israël n'avait du mal à dire de M. Peres aujourd'hui.

« Je viens d'une famille de droite, donc d'un parti complètement différent du sien, mais je le respectais, affirme un citoyen de Tel-Aviv du nom d'Emmanuel Kipnisch. « C'est quelqu'un qui a fait beaucoup pour Israël, une personnalité hors du commun. »

Le concert d'éloges israéliens ne trouve toutefois pas d'écho dans les territoires palestiniens où l'évocation de la mémoire de l'ancien chef d'État suscite l'animosité.

« Il a laissé son empreinte dans de nombreux massacres, il a rendu des femmes veuves, des enfants orphelins », a laissé tomber un homme de 47 ans, Tamer Daraghmeh, devant un restaurant de Ramallah, en Cisjordanie.

Son concitoyen Saber Farraj, lui, est sous le choc qu'on présente Peres comme « un homme de paix ». « Comment un homme de paix pourrait-il tuer des enfants? Comment un homme de paix se doterait-il de l'arme nucléaire? Car c'est lui qui l'a amenée à Israël », s'emporte-t-il dans un café de Ramallah.

Au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, les islamistes du Hamas ont pour leur part salué la disparition de Peres. « Le peuple palestinien se réjouit de la disparition de ce criminel impliqué dans beaucoup d'exactions et de bains de sang commis aux dépens du peuple palestinien », a déclaré leur porte-parole, Sami Abou
Zouhri.

« Qu'il aille en enfer », lance Hossam al-Hajouj un citoyen de la Bande de Gaza ravagée par trois offensives israéliennes depuis 2008.

La mort d'un père fondateur

Shimon Peres avait reçu le prix Nobel de la paix en 1994 pour avoir été l'un des artisans, un an plus tôt, des accords de paix intérimaires d'Oslo sur l'autonomie dans les territoires palestiniens.

Shimon Peres était le dernier survivant des pères fondateurs de l'État d'Israël et également le dernier des trois hommes qui ont reçu le prix Nobel de la paix en même temps que lui à être encore en vie. L'Israélien Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995 et le Palestinien Yasser Arafat, l'un des fondateurs du Fatah, est mort en 2004.

Il a mené une carrière de près de sept décennies durant lesquelles il a dû essuyer de nombreux revers, ce qui lui avait valu une réputation d'éternel perdant.

M. Peres a aussi contribué à faire de son pays la seule puissance atomique militaire du Proche-Orient, avec notamment la conclusion d'un accord avec la France pour la construction d'un réacteur nucléaire, qui aurait permis à Israël de fabriquer des armes atomiques, bien que le pays ne l'ait jamais confirmé.

Shimon Peres était le vétéran de la politique israélienne et l'un des chefs les plus admirés de son pays.

Barack Obama se souvient d'un homme qui a changé « le cours de l'histoire »

« Il y a peu de gens avec qui nous partageons ce monde qui changent le cours de l'histoire de l'humanité, pas seulement à travers leur rôle dans les activités humaines, mais parce qu'ils élargissent notre imagination sur le plan moral et nous forcent à attendre plus de nous-mêmes. Mon ami Shimon était l'une de ces personnes », a déclaré le président américain Barack Obama..

Shimon Peres a dit un jour qu'il avait appris que le service public était un privilège qui devait être basé sur des fondations morales, se souvient le président Obama.

L'ancien président américain Bill Clinton et son épouse, la secrétaire d'État Hillary Clinton, candidate à l'élection présidentielle 2016, ont également réagi par voie de communiqué.

« Israël a perdu un leader qui a défendu sa sécurité, sa prospérité, et les possibilités sans limites depuis sa naissance [de l'État d'Israël] jusqu'à son dernier jour sur terre. Le Moyen-Orient a perdu un fervent défenseur de la paix et de la réconciliation et d'un avenir où tous les enfants d'Abraham construisent ensemble un lendemain meilleur. Hillary et moi avons perdu un ami précieux et véritable ».

François Hollande rend hommage à un « visionnaire »

À Paris, le président François Hollande n'a pas non plus tardé à réagir. « Avec la disparition de Shimon Peres, Israël perd un de ses hommes d'État les plus illustres, la paix, un de ses plus ardents défenseurs, et la France, un ami fidèle », a exprimé le président français dans un communiqué.

Il voyait « dans l'avènement d'un État palestinien la seule garantie d'un avenir pour Israël dans la sécurité », a-t-il ajouté.

Le président russe Vladimir Poutine a loué « le courage, le patriotisme, la sagesse et la vision à long terme », de M. Peres. Le qualifiant d'« homme merveilleux », M. Poutine a souligné les « relations amicales russo-israéliennes » développées par M. Peres.

L'ancien premier ministre britannique Tony Blair, qui a également été émissaire du Quartette pour le Moyen-Orient, estime que « Shimon Peres était un géant de la politique, un homme d'État qui restera comme l'un des plus grands de notre époque et de toutes les époques. »

Justin Trudeau salue un « homme de paix »

Le premier ministre Justin Trudeau a réagi par communiqué à la mort de M. Peres qu'il a apprise « avec grande tristesse ». « Shimon Peres était par-dessus tout un homme de paix et un homme dévoué au bien-être de la population juive », a dit M. Trudeau. Il a souligné la longue et remarquable vie de l'ex-premier ministre, qui a « grandement contribué à la fondation et à l'édification de l'État d'Israël ».

« M. Peres était un homme d'État respecté à travers le monde et un grand ami du Canada. Il est souvent venu au pays et a contribué à bâtir des liens qui demeurent solides encore aujourd'hui. Le premier ministre et son épouse Sophie offrent leurs sincères condoléances au nom de tous les Canadiens à la famille et aux amis de M. Peres, ainsi qu'au peuple d'Israël », poursuit le communiqué.

L'ancien premier ministre canadien, Stephen Harper, a publié un message sur Twitter dans lequel lui et sa femme, Laureen, se disent tristes d'apprendre la mort du « cher ami » Shimon Peres. L'ex-premier ministre a offert ses sincères condoléances à la famille de M. Peres et au peuple d'Israël.

L'ancien ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a également présenté ses condoléances sur Twitter, qualifiant Shimon Peres d'« être humain merveilleux », ajoutant que le monde avait perdu un grand homme d'État et que tant lui que le Canada avaient perdu un ami.

Les hommages des capitales occidentales contrastent avec l'absence de réactions officielles au Moyen-Orient, à l'image de l'Égypte, le premier pays arabe à avoir signé un accord de paix avec Israël.

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