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L'héritage d'Obama en matière de réglementation financière menacé par Trump

Donald Trump a signé vendredi deux décrets soulignant sa volonté de modifier en profondeur une série de réformes en matière de réglementation financière adoptées par l'administration Obama dans la foulée de la crise financière de 2008, qui avait plongé les États-Unis dans une profonde récession.

Dans le premier décret, le président américain ordonne à son secrétaire désigné au Trésor, Steven Mnuchin – dont la nomination n’est toujours pas approuvée par le Sénat –, de proposer des changements pouvant être apportés à la loi Dodd-Frank, adoptée par un Congrès démocrate en 2010.

Dans le second, il ordonne au département du Travail de retarder de 90 jours l’entrée en vigueur d’une règle fiduciaire obligeant les conseillers financiers à agir dans l’intérêt de leurs clients. Cette règle, adoptée par l’administration Obama, devait entrer en vigueur en avril.

Le président a signé les décrets en début d'après-midi, après avoir rencontré en matinée des dirigeants de grandes firmes américaines, dont JPMorgan Chase, Blackstone, IBM et General Motors. Le patron d’Uber s’est retiré en raison de son opposition à la décision de la Maison-Blanche de bloquer l'entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

Ces deux décrets risquent fort de rencontrer une vive opposition chez les démocrates et d'autres partisans de ces réformes. Ceux-ci feront vraisemblablement valoir que tout recul sur ces questions est susceptible d’entraîner les États-Unis dans un nouveau désastre financier.

La crise de 2008 est survenue après que des produits financiers s’appuyant sur des prêts hypothécaires à risque se sont effondrés, ce qui a provoqué une onde de choc qui a fini par contaminer tout le système bancaire. Manquant de liquidités, les banques ont alors resserré le crédit, une mesure qui a plombé l’économie mondiale et fait chuter les marchés. Le déficit et la dette publique des États-Unis ont en outre explosé.

La loi Dodd-Frank a notamment créé une agence de protection des consommateurs et imposé aux banques de conserver plus de capitaux pour prévenir leur surendettement. Elle inclut aussi la « règle Volcker », qui freine certains investissements spéculatifs.

Elle a été décriée par les plus hauts dirigeants de Wall Street et par de nombreux élus républicains lors de la dernière campagne électorale. Des leaders républicains l'ont qualifiée « d'Obamacare pour les banques ».

En attendant le Congrès

Toute abrogation substantielle de la loi Dodd-Frank nécessite l’approbation du Congrès, dont les deux chambres sont contrôlées par les républicains. Le décret n’aura donc pas d’effet immédiat, sinon celui d’envoyer un signal clair que le président compte s’attaquer de front aux contraintes administratives que cette loi impose.

« Dodd-Frank est une catastrophe », a déclaré M. Trump plus tôt cette semaine, après une rencontre avec des propriétaires de petites entreprises. Elle a été « terrible pour les grandes entreprises, et encore plus pour les petites », a-t-il dit, en dénonçant le fait que cette loi limite l’accès au crédit.

Dans une entrevue publiée jeudi par le Wall Street Journal, le directeur du Conseil économique national à la Maison-Blanche, Gary Cohn, ex-numéro 2 de la banque d'affaires Goldman Sachs, a assuré que l'objectif de déréglementer les marchés financiers n'était pas une faveur accordée aux banques.

« Cela n'a rien à voir avec JPMorgan, Citigroup et Bank of America. Il s'agit d'être un acteur sur le marché mondial où nous devons, pouvons avoir et aurons une position dominante tant que nous ne nous mettrons pas nous-mêmes à l'écart par la réglementation », a-t-il dit.

Selon lui, les modifications feront en sorte que les banques seront « en mesure de fixer leurs prix plus efficacement et donc au mieux pour les consommateurs », ce qui encouragera du coup la croissance économique et la création d’emplois.

Les Américains auront de meilleurs choix et de meilleurs produits parce que nous n’allons pas alourdir les banques d’un fardeau de centaines de milliards de dollars en coûts réglementaires.

Gary Cohn

Un responsable de la Maison-Blanche a mentionné à CNN que la révision de la loi Dodd-Frank se penchera sur des gestes que M. Trump pourrait mettre en oeuvre par lui-même, sans intervention du Congrès.

Cela pourrait par exemple se traduire par le licenciement de certains responsables, a-t-il dit. Il a toutefois refusé de préciser si cela pourrait concerner le directeur de l’agence de protection des consommateurs, Richard Cordray.

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