Myou, une jeune haïtienne, a raconté son périple – depuis le Brésil jusqu'aux États-Unis – à notre correspondant Yanik Dumont Baron. Une histoire jonchée d'obstacles, mais aussi semée d'humanité.

Un texte de Yanik Dumont Baron

Myou a l'air perdue lorsque je la rencontre pour la première fois dans le gymnase d'une église de l'Arizona, près de la frontière mexicaine. Elle a de grands yeux et un sourire gêné... et dans ses bras un tout petit bébé, né la veille, une naissance qui aurait bien pu se produire dans un autobus.

« J'étais à omnibus [en autobus] pour rentrer en Floride retrouver ma famille, mon oncle. Je ne me sens pas bien. J'ai demandé à quelqu'un à côté de moi d'appeler l'ambulance. Tu es enceinte? J'ai dit "si". L'ambulance arrive, samedi à 11 h. Dieu m'a donné la belle créature. Je suis très contente et très fière. »

Une fillette née aux États-Unis, donc citoyenne américaine avec tous les privilèges que sa mère n'a pas. La recherche d'une vie meilleure a d'abord conduit la jeune haïtienne et son amoureux vers le Brésil, puis vers les États-Unis.

« En voiture, à pied. Combien de jours de forêt. C'est très compliqué : j'ai laissé Brésil depuis trois mois! C'est pas facile en route pour manger, [se] baigner, prendre [une] chambre [de] motel. En plus, on a beaucoup d'agressions, Et mon sac à dos, on l'a volé. Mon argent, mon sac à dos. C'est pour cela que le père de bébé n'est pas avec moi. »

Un long voyage

En Arizona, des bénévoles ont pris Myou sous leur aile pour quelques jours, le temps qu'elle reprenne son souffle. Puis, c'est la route qu'il fallait reprendre, joindre la Floride où habitent des proches.

« Maintenant, je suis à l'aéroport d'Atlanta. J'attends omnibus qui part à minuit trente, maintenant il est 10 h 35. »

Un trajet de 4000 kilomètres en autobus. Cinq jours à voir cet avenir meilleur se rapprocher doucement. Elle envoie de nombreux messages vocaux, un peu comme des cartes postales.

« C'était vraiment un voyage long, fatiguant, mais je peux dire que j'ai réussi. Merci aussi à la grâce de Dieu, j'ai réussi le voyage, encore merci. »

Neuf mois après avoir quitté Haïti, Myou arrive enfin à bon port. Mais le père de sa petite fille est toujours au Mexique. Ralenti par un changement des règles américaines visant les Haïtiens. Durant de longues semaines, Myou demeure sans nouvelle de son partenaire.

« À 10 h 08 je reçois l'appel. J'ai dis "allo mon amour, tout va bien?" Je dis merci mon Dieu, merci mon Dieu. »

L'appel vient d'un centre de détention américain. Son amoureux y est resté trois mois, avant d'être déporté vers Haïti.

C'est le premier d'une série de chocs. La vie en Floride n'est pas facile. Myou n'a plus d'argent et aucun permis de travail. Elle avait six mois pour régulariser sa situation, mais elle a eu de la difficulté à naviguer le système bureaucratique américain.

« Il m'a dit "ton mandat est terminé". Le dossier est closed. J'ai dit "what?". Je ne sais pas qu'est-ce qui m'arrive. J'ai des larmes aux yeux, je pleure. What happening, oh no! Je ne sais pas quoi faire! »

Venir au Canada?

Myou a retrouvé son sourire lorsque je la rencontre quelques jours plus tard en Floride. Elle habite chez une cousine et dort sur le plancher de céramique dans la chambre d'un des enfants.

« C'est pour cela que parfois je me sens vraiment découragée. J'ai des larmes aux yeux parce que j'ai toujours rêvé. Je dis : "Est-ce que je dois rester ici?" après tous les sacrifices, je pose des questions bizarres et je n'ai pas la réponse. En regardant ma fille, parfois je pleure, parce que ce n'est pas comme ça que j'avais rêvé. C'est comme ça la vie, on se résigne. »

Au printemps dernier, Myou ne pensait pas trop au Canada. Son espoir, c'était toujours de normaliser sa situation en Floride. Mais ses démarches ne mènent nulle part.

« C'est vraiment compliqué, il faut contacter un avocat pour aller expliquer au juge. C'est vraiment compliqué, c'est pour cela que, depuis lundi, je ne suis pas bien. je suis chez une amie. Je suis mal a l'aise. C'est pour cela que je fais silence. »

Depuis le printemps, Myou a vu quelques connaissances prendre la route du Canada.

Et maintenant, elle commence à y penser.

« Des fois, j'ai pensé aller. On me dit qu'on donne des refuges, et après beaucoup d'aide, mais je ne veux pas partir parce qu'ici j'ai déjà commencé une vie avec ma fille, j'ai beaucoup de famille ici. »

Myou n'a pas d'argent pour se rendre jusqu'au poste frontière de Lacolle. Elle n'a peut-être pas l'énergie non plus. Cela fait presque 20 mois qu'elle a quitté Haïti et n'a toujours pas trouvé d'endroit où poser ses valises.

« Alors, je n'ai pas travail tout ça. Je pense au Canada, puisqu'on m'a dit que, au Canada, on est ouvert pour les réfugiés. Dis-moi, que penses-tu, please? »

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