Retour

L’insurrection islamiste aux Philippines prend des airs de guérilla

Après avoir pris contrôle d'une partie de la ville de Marawi, dans le sud des Philippines, les militants islamistes continuent d'affronter l'armée nationale, avec l'appui de djihadistes venus de nombreux pays. Selon une vidéo obtenue par Associated Press, ils planifieraient même d'y baser un nouveau califat en Asie du Sud-Est, mené et financé par l'État islamique (EI), à qui ils ont prêté allégeance.

Ils se cachent dans des tunnels à l'épreuve des bombes, dissimulent des armes dans les mosquées, n’hésitent pas à recourir à des boucliers humains et connaissent les passages et dédales de Marawi : les djihadistes retranchés sur l’île de Mindanao, où se trouve Marawi, sont pour l'armée philippine un adversaire redoutable.

Les autorités locales craignent désormais que la bataille s’éternise, alors que les combats entamés le 23 mai ont fait jusqu’ici près de 200 morts, dont 134 djihadistes et une trentaine de civils.

« L'avantage (de l'ennemi), c'est leur maîtrise du terrain. Ils savent où mènent les allées les plus petites et sont libres de circuler », a dit cette semaine à la presse le major philippin Rowan Rimas, ajoutant qu’ils « savent d'où viennent les forces gouvernementales et où elles s'abritent. Ils ont des tireurs embusqués et leurs positions sont bien défendues. »

Pour l’heure, les militants islamistes contrôlent environ 10% de Marawi. Leurs caves leur permettent de résister aux frappes aériennes de l’armée, et « même les mosquées ont des tunnels », ce qui leur permet de cacher leurs armes, a expliqué le porte-parole de l’armée philippine, le colonel Joar Herrera.

Il souligne que le règlement de l'armée lui interdit de frapper les mosquées et les écoles islamiques, des failles exploitées par les combattants.

Des combattants issus de nombreux pays

Le ministre philippin de la Défense, Delfin Lorenzana, avait reconnu au début du conflit que les forces de sécurité avaient été prises par surprise par l’opposition des militants islamistes.

Au départ, les autorités philippines estimaient à une centaine le nombre de combattants islamistes postés à Marawi. Ce chiffre a depuis été révisé à 500, dont des étrangers venus de Tchétchénie, d'Arabie saoudite, de Malaisie ou du Yémen pour rejoindre l’insurrection.

L’armée indique que les islamistes disposent d'un arsenal imposant, dont des lance-roquettes et un nombre important de munitions pour leurs puissants fusils d'assaut.

Leurs finances seraient également en santé. Selon Delfin Lorenzana, l’EI aurait versé deux millions de dollars à la faction islamiste des Philippines, menée par Isnilon Hapilon, chef présumé de l’EI en Asie du Sud-Est et soupçonné de se terrer à Marawi. Lundi, les autorités philippines ont aussi découvert 52,2 millions de pesos (un million de dollars) en liquide dans une de leurs caches.

Prise d’un territoire

Toute cette organisation alimente la puissance de l’insurrection islamiste, qui viserait à prendre Marawi pour démontrer que l’EI est en mesure de gagner un territoire aux Philippines.

Mercredi, une vidéo obtenue par l’Associated Press montre les dirigeants de l’insurrection, dont Isnilon Hapilon, planifier la prise de certains secteurs de la ville. Ces informations ont été confirmées par le chef de l’état-major philippin, le général Eduardo Ano.

Avec un calme désarmant, on peut y voir les djihadistes discuter de prises d’otages dans une école, de barrer l’accès aux routes et de capturer une autoroute « pour effrayer la population ».

La vidéo a été découverte sur un appareil cellulaire saisi durant un raid contre une cache islamiste à Marawi, le 23 mai, où l’armée soupçonnait Isnilon Hapilon de se cacher.

Le général Eduardo Ano a aussi précisé à l’Associated Press que l’insurrection « a l’intention de non seulement faire rébellion, mais de démembrer une portion du territoire philippin et d’établir leur propre califat islamique mené par l’EI ».

De plus en plus, les autorités philippines craignent un conflit de longue durée, capable de faire de Marawi la nouvelle base mondiale de l’EI, alors qu’il perd du territoire au Moyen-Orient.

Le président philippin, Rodrigo Duterte, a déjà imposé la loi martiale à toute la région de Mindanao, où vivent 20 millions d'habitants, dans une tentative pour écraser rapidement la menace représentée par l'EI.

Il avait fixé un délai de 10 jours - désormais écoulé - pour débarrasser la ville de ses djihadistes. Maintenant, il somme l'armée de prendre tous les moyens nécessaires pour y parvenir.

Rodrigo Duterte a aussi déclaré que le gouvernement philippin n’allait jamais permettre aux militants islamistes de démembrer le pays.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine